Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for juin 2009

Hugo for ever

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kq8ouev7Ecrivains, lecteurs, éditeurs, journalistes, libraires, bibliothécaires, tous sont des passeurs, et c’est ce qui lie ces êtres dissemblables, cet amour du livre, qu’il faut partager dans une admiration impérative.

Ainsi, peu importe que « Olympio ou la vie de Victor Hugo » ait paru en 1954 et que son auteur, André Maurois, ne soit plus à la mode, puisque que c’est un ami précieux qui me l’a offert, que la somme en est admirable, et que de passeurs il est ici question ; j’exécute cet office à mon tour.

Le portrait de ce monstre de littérature est un chef-d’œuvre du genre. Car c’est en romancier que Maurois nous guide, nous fait aimer le maître, comprendre ce qui le hante, toucher du doigt son œuvre. On suit l’amant infatigable, le mari aimant, le poète épris d’absolu et dont le talent est au service de l’ambition. Et puis c’est la mort de Léopoldine, la folie d’Adèle, la mort de Charles. Trois enfants. Et Hugo, toujours debout, que la littérature et la politique animent malgré le malheur.

On ne compte plus, au fil de cette vie qui nous saisit, les moments jubilatoires. Les dessous de la Comédie-Française accueillant Hernani, ces servantes qui dorment dans la chambre attenante pour les plaisirs du maître, l’amitié avec Sainte-Beuve dont s’est éprise la femme d’Hugo, la centaine d’ouvrages que lit le poète pour composer Cromwell.

On ne lâche pas ces 500 pages, on s’y engouffre, et puis vient un sentiment irrépressible, partager son plaisir. C’est chose faite.

« Olympio ou la vie de Victor Hugo », Hachette Littérature, 1985.

Google rend-il stupide ?

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C’est un article paru, il y a un an, dans The Atlantic, sous la plume de Nicholas Carr, qui a mis le feu aux poudres. Google rendrait notre cerveau paresseux. Et c’est le fonctionnement du Net dans son ensemble qui nous entraînerait à penser différemment. La thèse de Carr a fait le tour de la planète.

Le mensuel Books, merveille d’intelligence et de pertinence, qui traite de l’actualité à travers les livres du monde, accompagne son septième numéro d’un dossier de quarante pages consacrées à un sujet complexe et explosif : « Internet rend-il encore plus bête ? » C’est donc supposer que nous l’étions déjà et que surfer sur le net n’aurait fait qu’accentuer les choses.

La grande question est ici de savoir si Internet est en train de tirer un trait sur la culture humaniste fondée sur la réflexion et le livre au profit du partage virtuel entre le plus grand nombre et de la gestion rapide des connaissances.

Books passe en revue des questions d’un intérêt remarquable avec une acuité qui ne faiblit pas à mesure que l’on avance dans le dossier. Tout est éclairant et jamais manichéen. Car de réponse, il n’y en a pas.

Oui, la lecture est en berne, Internet favorise l’amateurisme et l’à-peu-près, le cerveau devient paresseux, la toile laisse la place à tous les égocentrismes. Mais les auteurs du dossier de constater que la culture grecque était avant tout orale, que l’écrit y était synonyme de paresse intellectuelle, que les jeux sur ordinateur favorisent chez les jeunes le développement de compétences complexes et que la baisse du niveau culturel n’est pas due à Internet, mais au système scolaire. Que croire, alors ? Rien, si ce n’est que le monde change, qu’il sera différent demain, que l’on perdra d’une main ce que l’on gagnera de l’autre.

Les déchaînements autour de la loi Hadopi sur le téléchargement illégal permettent de mesurer l’écart entre les interlocuteurs. C’est l’affrontement de deux cultures, de deux âges, de deux conceptions du monde, et ce débat nous rappelle que les batailles entre Anciens et Modernes sont veilles comme le monde.

Alors deux conseils utiles : achetez Books (ou abonnez-vous !) pour vous faire une opinion et vous sentir moins bêtes ! Et n’oubliez pas qu’Internet n’est qu’un outil au service de la pensée et que célébrer un tube cathodique, une puce électronique ou du papier vous fera paraître définitivement stupide.

Written by Renaud Meyer

juin 28, 2009 at 6:50

La mort de ma mère, de Xavier Houssin

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imagesLe texte simple et magnifique de Xavier Houssin paru récemment chez Buchet-Chastel nous invite, avec la pudeur propre à son auteur, aux heures douloureuses de l’adieu à la mère.

Une centaine de pages d’une force incroyable où les souvenirs d’enfance se mêlent au drame trop proche.

Il y a cette main de la mère, comme un motif permanent, qu’il ne faut pas lâcher, tenir, soutenir, blottie dans celles du fils, l’ultime lien entre ces deux êtres. Partout des souvenirs, des questions, un inéluctable vers lequel on court.

Et puis ce sentiment puissant de la vie et des rôles qu’elle nous assigne : « Je suis tout près, Maman. Dis, tu m’entends un peu… J’aimerais tellement tu sais. On est comme au début. En inversant les rôles. Ces deux premiers moments de notre vie à deux. Toute seule avec moi. Tu m’avais mis au monde. Ces souvenirs de nous, c’est toi qui les emportes. Je n’ai vu que des photos. C’était à la clinique de la rue Ducouédic. Sur la table de nuit était posé un livre. Titre impossible à lire. Tu me tenais si près dans le creux de tes bras. Combien de jours sommes-nous restés ? Et pourquoi cet endroit ? … Je n’ai que des questions. Pardon, je te fatigue. Je reprends doucement. J’ai envie de te dire. De remonter les pas. Une dernière fois. Avec toi. Avec toi. »

Une beauté minuscule et fragile à tenir entre ses doigts à l’ombre d’une terrasse en ce début d’été.

Written by Renaud Meyer

juin 26, 2009 at 2:25

Ecrire

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les-lieux-de-marguerite-duras_referenceVoilà la grande question de la littérature.

Je me suis longtemps posé le comment.

Construire le roman, avec classicisme ou renouveau, d’un seul trait ou comme un patchwork, à tous les temps, ailleurs et ici, raconté par moi, par la femme, l’homme, l’enfant, irréel, historique, long, court.

Et puis le théâtre, à deux ou à dix, hier chez les autres ou bien aujourd’hui chez moi, avec des tirades ou des répliques courtes, dans le silence ou la logorrhée, et puis les acteurs, en tête pendant l’écriture ou bien oubliés.

Comment écrire la radio, aussi. Et le scénario. Penser en images. Penser en voix. Penser au temps. Aux modes.

Longtemps hanté par la forme, et cette phrase de Valéry en incipit de mon blog.

Il y a des ouvrages magnifiques sur le comment. « Lettres à un jeune romancier » de Vargas Llosa, chez Gallimard. Véritable boîte à outils intelligente du romancier.

Il y a l’essai de Kundera, « Le rideau », toujours chez Gallimard, pour comprendre ce qu’est un vrai romancier.

Et puis cet article paru dans le Monde des Livres du 25 mai 2007, signé Hédi Kaddour : « Romancier, un métier de pointe ». Qu’on en juge : « Le roman a horreur de l’éditorial, cette plaie de la prose… Un vrai romancier, ça ferme sa gueule, pour que quelque chose puisse enfin parler : le montage… Le roman est un lancer. Et, pour tendre la trajectoire, il y faut l’invention d’une langue. Le simulacre d’une langue, paroles sur des feuilles. Ne pas écrire comme on parle, ne pas parler comme un livre, aller de l’avant. »

J’ai longtemps médité ces phrases qui parlaient de ma solitude.

Et puis, il y a quelques jours, j’ai découvert « Ecrire », de Marguerite Duras, paru en 1993 chez Gallimard, tandis que je lisais « l’Amant » pour la première fois. Je me suis senti fils, de Duras et de sa solitude, immédiatement, irrémédiablement.

La question du comment n’existe pas en écriture.

Me serais-je égaré, depuis sept ans que l’écriture m’a capturé ?

Duras nous livre l’écriture dans la chair. Je ne résiste pas : « Je crois que c’est ça que je reproche aux livres, en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. On le voit à travers l’écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. Une fonction de révision que l’écrivain a très souvent envers lui-même. L’écrivain, alors il devient son propre flic. J’entends pas là la recherche de la bonne forme, c’est-à-dire de la forme la plus courante, la plus claire, la plus inoffensive. Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres charmants, sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. »

Avancer dans l’inconnu de cette nuit de l’écrire, il faudra s’y résoudre, désormais.

Mitterrand est mort, vive Mitterrand

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Enfin un ministre de la culture qui va ciseler son show,images

ça n’est pas Malraux, bien sûr, mais on retrouve un peu du Langisme de notre  adolescence, ça fleure bon la coupe de champagne, l’éclat de rire exalté.

Il va chanter les mots, Fredo, balancer des paillettes à qui voudra. Il saura nous parler de Madame Butterfly comme personne, du cinéma américain des années 50, citera Aragon au 20 H. Comme la perspective est séduisante.

Bien sûr, il s’est emmêlé les pinceaux aux Molières, a confondu un peu les noms, mais sa voix nous ramène tellement dans un arrière temps douillet, à ces soirées où nous étions calés dans le canapé du salon, bercés par ses lamentos inimitables, tellement trop écrits, tellement littéraires, tellement recouverts d’irréalité qu’ils en étaient enivrants.

On lui pardonnera tout à Fredo ; parce que sa nouvelle charge est à son image, baroque, évanescente, vocale, purement vocale, la voix des soirs cocooning des années 80.

Celui qui a choisi de nous redonner cette voix a des dons inimitables de prestidigitation. Faire de la Gauche un spectre, une voix, près de lui, pour lui obéir et nous bercer, comme avant.

Allez, BONSOIR !

Written by Renaud Meyer

juin 24, 2009 at 5:06

Le théâtre au centre du monde

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Le bac n’avait rien de romanesque, en L comme en S.

L’acteur crée-t-il le personnage ?

La Fontaine avait la réponse avec son bœuf et sa grenouille.

Le Très-Haut Nicolas S. voulait être Dom Juan, mais le geste et l’habit de Feydeau lui vont tellement mieux. Voilà l’acteur trop petit pour se hisser vers son personnage. Comment croire à la pièce ?

La fervente Royale manque de conviction dans la réplique. Elle joue une autre pièce, un autre auteur.

Le Modeste, quant à lui, est descendu dans la salle pour dénoncer le jeu des autres acteurs.

La vieille fureur est cachée dans la coulisse, où seule passe encore sa voix qui beugle un texte vieux comme la haine.

« Scène nationale cherche auteur de talent pour personnages à la merci des acteurs ».

Allez, passons à des questions plus estivales ; dès demain. Vacances pour tous !

Written by Renaud Meyer

juin 22, 2009 at 6:46

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La littérature comme épreuve

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Demain, Bac de français.

La littérature est-elle une épreuve ? Suer sang et eau à penser la langue, sans la connaître encore, afin de gagner la liberté pour quelques mois de vacances ; suer durant deux ou trois ans pour écrire une oeuvre. Pour qui ? Qu’est-ce que le roman ? Des mots écrits seul dans son coin pour un autre seul dans son coin ? Un monde pour échapper au monde ?

Faites de cet extrait de roman une courte scène de théâtre. Jouez au mécano sans savoir à quoi servent les pièces. Inventez la suite. Remplacez Proust pour deux heures. Epousez son style.

Le théâtre est-il une tribune pour son auteur ? Le roman est-il une représentation de la société ? Je pense à vous très chères têtes blondes qui allez passer l’épreuve. J’en ai vu me répondre que le texte était d’un style magnifique, que le mode romanesque était original et le thème bouleversant, mais qu’il y manquait un crescendo.

La note est partout, l’épreuve se cache, même en littérature. Le roman est un cri. Le théâtre un songe. La poésie une bouffée de chaleur. Voilà l’épreuve. Je pense à vous.

Written by Renaud Meyer

juin 21, 2009 at 2:26

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