Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Procès en sorcellerie

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swisstxt20091008_11325051_6La vindicte médiatico-populaire qui se déchaîne sur Frédéric Mitterrand est révélatrice à bien des égards des bouleversements profonds qui secouent notre société.

Sur le fond, on retrouve ce que j’avais dénoncé dans « Tabloïds », roman paru au Mercure de France en 2006. La désignation par la presse d’une victime expiatoire chargée de purger la société de toutes les mauvaises pensées qu’elle peine à s’accorder. Et voilà le bon peuple emporté par cette vengeance venue du fond des âges, renouant avec la tragédie antique, prêt à tout pour apaiser ses frustrations. J’ai suffisamment dit dans cette œuvre de fiction tout ce que je pensais de cette presse faisant ses choux gras de la misère humaine et de la place désormais accordée à l’enfant dans notre société. Le parricide et le génocide, crimes autrefois ultimes, sont remplacés par l’infanticide, faisant ainsi de la pédophilie la plus abominable des dérives intérieures.

Ce déplacement des valeurs communes a créé des amalgames auxquels nous assistons un peu partout. En Angleterre, avec la création d’une liste de dix millions de personnes amenées à s’occuper de jeunes enfants… En France, avec ce détestable amalgame entre homosexualité et pédophilie, et le postulat selon lequel un majeur ayant une relation sexuelle avec un mineur est un pédophile. Alors combien de pédophiles, qui comme moi, ont couché à 20 ans avec des jeunes filles de 17 ans ? Je me revois accueilli par des parents bourgeois qui encourageaient et louaient les relations que j’entretenais avec leurs filles mineures. Complicité donc, par personnes ascendantes ayant autorité. Et nous étions légions parmi mes congénères… Tous pédophiles ! Passons.

Sur la forme, cette succession de mises au ban, allant de Polanski à Mitterrand, n’est que la cristallisation d’un phénomène plus grave : celui de la mise à mort de notre démocratie via Internet, de l’éclatement des valeurs de la République et de la remise en cause de la place de l’intellectuel dans notre société.

Frédéric Mitterrand a fait œuvre de littérature, il a ouvert cette faille humaine qui nous guette tous, cette part sombre dont nous sommes faits et qui nous hante, celle des interdits. En parler, c’est déjà la combattre. Et c’est le devoir de l’artiste et de l’intellectuel que de la révéler. On veut, dans cette guerre souterraine, la peau de ceux qui pensent, comme dans tout bon régime totalitaire. Fi donc de la liberté d’expression, de l’égalité entre les individus et de la fraternité qui fondent nos relations. Voici la foule, que j’avais tellement crainte dans Tabloïds, de retour sur la Toile, seul juge à bord de ce nouveau vaisseau virtuel dans lequel nous sommes tous embarqués et qui voudrait nous imposer ses règles. Tous juges des événements, tous égaux, tous libres de refonder un monde à part.

Finkielkraut, invité à se prononcer sur France Inter concernant les affaires Mitterrand et Polanski, a eu cette phrase ô combien remarquable : « Avec Internet, l’art est désormais comme un outrage à l’égalité ». C’est que l’on ne sait plus ce que recouvre cette notion juridique d’égalité qui veut qu’à situation différente s’applique un régime différent. Elle qui a été le socle de notre République et du progrès social.

Ces métamorphoses ont précipité l’éclatement des valeurs mais aussi celui du paysage politique. La gauche est morte depuis de nombreux mois. Et les soubresauts staliniens des quelques survivants sont trop nauséabonds pour que l’on s’y attarde. Voilà le retour des chantres de la morale rouge, jusque dans la presse, avec l’ahurissante parade de Laurent Joffrin, patron de Libération, trahissant son amitié avec Julien Dray au nom de la vérité journalistique : « Ne pas confondre l’ami et le journaliste, Julien. » Camarade, fais ton autocritique…

Le siècle des Lumières s’éteint à petit feu, la Renaissance est déjà loin, et nous voici de retour au temps des territoires, des seigneuries, de l’art primitif et de la vulgarité.

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