Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for novembre 2009

Comédie slave

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Formidable Radu Mihaileanu qui nous avait émerveillés avec « Va, vis et deviens », où une mère chrétienne, profitant de l’exode des milliers de Juifs éthiopiens vers Israël en 1984,
poussait son fils de neuf ans à se déclarer juif pour le sauver de la famine et de la mort.

Le talent de Mihaileanu est de remettre en marche une machine à créer du rêve avec « trois bouts de ficelles », une intrigue romanesque et des acteurs dont l’humanité crève l’écran.

« Le concert », déjà en tête du box-office, ressuscite la comédie italienne des années 60 en lui glissant sur le bout de la langue un goût slave légèrement acidulé. Berléand en directeur du Châtelet est souriant de vérité. Mélanie Laurent laisse planer sa beauté diaphane et son talent grandissant sur une intrigue profonde.

Mais c’est certainement l’intensité humaine des acteurs russes de Mihaileanu qui demeure au fond de notre coeur après la projection. Les mots, les regards, plus vrais que l’histoire de ces « bras cassés » emportés par l’énergie du désespoir à Paris, où ils vont usurper la place du véritable orchestre du Bolchoï.

Ce cinéma se niche là où plus personne n’ose plus s’aventurer, réalisateurs, producteurs, distributeurs et parfois même acteurs. Et il y trouve sa place, loin de la pâleur des gesticulations dubosco-dujardninesques.

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Written by Renaud Meyer

novembre 18, 2009 at 7:43

De la nécessité des prix littéraires

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article_goncourtMaintenant qu’ils ont tous été décernés, on peut en parler avec distance et discernement, avant de les oublier complètement et se dire d’ici quelques années « c’est vrai que machin a eu le Renaudot ».

Que dire des lauréats ? Rien, si ce n’est que les prévisions que je m’étais amusé à faire fin septembre, ici-même, n’étaient pas très éloignées de la réalité qui s’est dessinée début novembre. Marie Ndiaye a bien reçu le Goncourt, son outsider Guenassia le Goncourt des Lycéens, Ovaldé, bonne prétendante du Renaudot a obtenu le Renaudot des lycéens, Beigbeder a osé le Flore pour Liberati, Gwenaëlle Aubry a bien eu le Femina et Yannick Haenel l’Interallié comme prévu, il y a quelques semaines.

La vraie question qui concerne les prix est non pas l’attendu des résultats, mais la conséquence objective de leur obtention au-delà de la jubilation certaine pour le lauréat. Car soit le prix est là pour lancer un livre et en doper les ventes, soit il est là pour récompenser un talent. Dans les deux cas, le public ne doit pas être passé par là avant le jury, faute pour le jury d’être redondant et donc inopérant. Et c’est bien là le problème. Car, sauf exception, les lauréats en question étaient déjà sur la liste des meilleures ventes avant d’obtenir leur prix.

On se plait ainsi à rêver à de vraies surprises, de vrais prix et à un monde littéraire moins parfait, moins prévisible, plus audacieux dans ses choix, emporté par une nouvelle vague qui tarde à venir et que l’édition repousse inlassablement.

Written by Renaud Meyer

novembre 14, 2009 at 5:09

Vers un statut pour les auteurs…

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Le sentiment qui nous animait avec Laurence Tardieu et Xavier Houssin lorsque nous avons écrit cette lettre ouverte à Frédéric Mitterrand était certainement intense et juste. Car cette voix commune était celle de tous les auteurs. Le ministre a su nous entendre, comme tous ceux qui nous ont témoigné depuis leur soutien, auteurs, éditeurs, libraires, journalistes, amis et bien d’autres.

Nous irons donc rencontrer, le 25 novembre prochain, le cabinet du ministre et le directeur du Centre National du Livre. L’occasion d’ouvrir pleinement le débat et de faire des propositions concernant le métier d’écrivain et sa rémunération.

Nous poursuivrons notre route pour un entretien avec Hervé Gaymard, auteur du rapport sur le Livre, qui souhaite évoquer la question avec nous.

Nombreux sont ceux qui désirent nous rejoindre.

Ces premiers pas sont exaltants et prometteurs.

« Wanted » spectacle jeune public

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wantedpetula.JPGVoilà un certain temps déjà que le théâtre « subventionné » s’est emparé du jeune public, allant jusqu’à créer des Centre Dramatiques Nationaux à Strasbourg, Lille ou Lyon, dont la vocation était entièrement vouée aux enfants. Je connais bien ces structures pour avoir participé à des créations d’une grande qualité. C’est qu’il est question, lorsque le théâtre subventionné décide de monter un spectacle pour les plus jeunes, de déployer la même énergie que pour leurs aînés. « Faisons pour nos chères têtes blondes ce que nous ferions pour leurs parents : Texte solide, comédiens impliqués, mise en scène précise et surtout moyens financiers ».

Je me souviens de cette « Chasse au Snark », d’après Lewis Carroll, que nous avions montée avec le Théâtre des Jeunes Années de Lyon. Sept acteurs chanteurs, univers scénographique remarquable, co-production avec les opéras de Saint-Étienne et de Tours. Une véritable invitation à aimer le théâtre pour les 8-12 ans.

Ces derniers temps, les très grosses machines à théâtre du secteur public se sont mises au diapason. La Comédie-Française, qui avait fait une première incursion dans le jeune public avec Bouli Miro de Fabrice Melquiot, y revient ce mois-ci avec « Le loup » de Marcel Aymé, mis en scène par Véronique Vella au Studio-Théâtre.

Le théâtre de la Ville a, quant à lui, présenté en octobre la suite des aventures de Bouli Miro, avec « Wanted Petula ». Seule mise en scène cette saison de son directeur Emmanuel Demarcy-Mota. Le spectacle est remarquable de finesse, de folie, d’invention, de prise en charge du monde de l’enfance que l’on quitte pour entrer dans l’adolescence et des questionnements qui en découlent.

Bouli décide de quitter ses parents divorcés et remariés pour partir dans l’espace à la recherche de sa cousine Petula, dont il veut un baiser. Quête existentielle où l’on croise un « faux » Petit Prince, Neil Amstrong, des aïeux disparus et finalement Petula.

Il ne faut pas rater « Wanted Petula », en tournée à la Comédie de Reims du 10 au 14 novembre et de retour à Paris au 104 (104, rue d’Aubervilliers Paris 19e) du 19 au 23 décembre.