Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for décembre 2009

Les fictions de France Inter

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A l’heure où l’image domine et où la fiction télé est réduite à n’être qu’une importation de ce qui marche ailleurs ou une mise en scène de romans champêtres du XIXe siècle, il faut se féliciter de voir la radio investir son temps et son argent dans des oeuvres originales.

France Inter et France Culture diffusent ainsi chaque semaine de nombreux programmes – polars, comédies, fictions historiques -, d’une durée allant de vingt minutes à une heure, et dont le but est de saisir les auditeurs pour les accompagner après le repas dominical ou lorsque la ville dort. Et cette façon artisanale de créer un théâtre de l’écoute redonne certainement ses lettres de noblesse à un art qui repose avant tout sur un texte à faire entendre par des acteurs qui lui prêtent leurs voix.

Cette démarche nous autorise à nous réapproprier un sens qui se perd dans le bruit et de la fureur de nos sociétés. Et c’est tant mieux. L’écoute radiophonique est une expérience unique et précieuse pour l’auditeur autant que pour l’auteur et les comédiens qui le servent.

Tous les samedis à une heure du matin sur France Inter, Patrick Liégibel propose deux fictions dans le programme « Nuit noire – Nuit blanche », dont un polar et une comédie. Ce samedi 2 janvier 2010, la Nuit noire sera l’une des fictions que j’ai écrites récemment : « Le scénario ». L’occasion pour les couche-tard et les curieux de tendre l’oreille et de tenter l’expérience pour la nouvelle année…

Written by Renaud Meyer

décembre 25, 2009 at 9:06

Clavier chez Molière

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Christian Clavier est à Molière ce que le Beaujolais nouveau est à l’œnologie, un breuvage populaire qui n’enchante ni n’étonne à force de le voir revenir sur la table. Autant dire que le simple énoncé de Clavier, l’acteur d’ « Opération corned-beef » et des « Bronzés », en Monsieur Jourdain a provoqué chez moi agacement et consternation annoncés. C’était sans compter sur le désert télévisuel du samedi soir qui m’a conduit aux premières minutes de ce programme diffusé sur France 3 et réalisé par Christian de Chalonge (« L’argent des autres », « Docteur Petiot »).

Je connais tellement le « Bourgeois Gentilhomme » pour l’avoir entendu plus de cent fois à la Comédie-Française dans la mise en scène de Jean-Louis Benoît avec Michel Robin dans le rôle-titre. J’y chantais alors les intermèdes de Lully et dansais la gigue. J’en ai les répliques à l’intérieur.

Après l’affliction, qui m’a retourné les tripes devant la première scène où maître de musique et maître de danse mêlaient le verbe faux à l’incrédulité de la situation qui les occupait, a succédé l’étonnement. Clavier en Monsieur Jourdain ! Il y avait, bien entendu, la mine que l’on connaît, les « heu » qui terminent les répliques, et cette énergie à ressorts qui lui est propre. Mais quelle justesse incroyable. J’étais stupéfait de voir dans chacune de ses intentions la vérité, pleine, pensée, conforme à la situation, au personnage, au sentiment. Molière comme je ne l’attendais pas.

Pourtant quel mauvais théâtre autour de lui. Michèle Bernier (Madame Jourdain), malmenant Molière comme on trie des patates dans un hangar, Pierre-Louis Calixte (Covielle et pensionnaire de la Comédie-Française, un comble !) marmonnant ses répliques et jouant tout à contresens, Constance Rousseau (Lucille) qui mâchonne son texte comme un chewing-gum qu’elle se refuse à cracher, François Vincentelli (Dorante) qui prend Molière pour une version costumée de « Plus belle la vie »… Seule Constance Dollé, juste, authentique et drôle dans le rôle de Nicole parvenait à tenir la dragée haute à Clavier que l’on redécouvrait. Son sens de la situation et de ce qui se cache derrière chaque réplique est étonnant. Une grande leçon sur les préjugés et les ressorts du théâtre. J’étais presque heureux de retrouver par hasard le talent rare qui avait germé sous le maquillage du travesti du « Père-noël est une ordure ».

Molière m’a joué une belle farce, samedi soir.

Sauver le Livre

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Les propositions que nous avons faites courant novembre avec Xavier Houssin et Laurence Tardieu sur le statut des auteurs de l’écrit et l’évolution du Livre dans un univers numérique ne semblent pas avoir reçu un écho suffisant. Pas plus dans la presse que dans le milieu de l’édition. Et même si le politique n’a pas fait la sourde oreille, rien de concret ne semble se dessiner en la matière.

Je demeure persuadé qu’éditeurs et politiques feraient bien de prendre en considération les propositions les plus innovantes, quand bien même viendraient-elles des auteurs, s’ils ne veulent pas que le Livre suive le sort de la Musique. Vouloir sauver l’économie du Livre par une simple baisse de la TVA sur le numérique nous prépare des lendemains douloureux.

Il n’est ainsi pas inutile de revenir en détail sur les trois propositions que nous avons faites au Ministère de la Culture et à Hervé Gaymard.

La première mesure serait l’instauration d’une chronologie du Livre adaptée au numérique. Inspirée de la chronologie des médias, elle instituerait une période d’exclusivité pour les libraires durant laquelle les ouvrages ne seraient pas disponibles autrement qu’en format original papier relié. Une seconde période s’ouvrirait avec la vente d’occasion, puis la distribution en ligne sous forme de fichiers électroniques, avant une sortie en poche. Ces décalages dans le temps éviteraient une mise en concurrence par les prix entre les différents supports et donneraient ainsi davantage de visibilité aux acteurs qui s’investissent le plus dans la promotion des livres. Il apparaît ainsi évident qu’une sortie numérique concomitante à une sortie papier d’un même livre se ferait au détriment de l’ouvrage le plus cher et pénaliserait toute la chaîne du livre, ce que beaucoup ne semblent pas avoir réalisé.

Il serait souhaitable ensuite d’opérer une revalorisation et une meilleure répartition des sommes issues de la copie privée au bénéfice de l’écrit. L’importance croissante des usages numériques (iPod, clés USB, CD, Kindel, PC) ne doit pas s’opérer au détriment des auteurs de l’écrit. Conformément aux dispositions relatives à la copie privée, cette revalorisation devrait aussi servir à financer des actions d’aide à la création.

Enfin, un droit de suite perçu sur les livres d’occasion revendus sur Internet serait de nature à rééquilibrer le marché du Livre. Un pourcentage non-dissuasif du prix de revente serait versé aux différents ayants droits, auteurs et éditeurs, selon un mécanisme d’affectation spécifique à chaque bénéficiaire et non suivant une perception globale.

Christine Albanel vient de recevoir une mission relative au Livre numérique. Nos propositions pourraient se révéler innovantes et décisives en la matière. Qu’on les entende enfin à leur juste mesure.

Grands Prix SACEM

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La Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique remet depuis plus de trente ans ses Grands Prix à des artistes liés au monde musical et membres, bien entendu, de cette société de perception de droits. C’était hier, au théâtre du Rond-Point, sous la présidence de Claude Lemesle, accompagné d’Isabelle Giordano et de Claudy Siar à la présentation.

Jean-Michel Ribes rappelle que son théâtre engagé et militant est toujours rempli jusque sur les marches.

On goûte la décontraction d’Ivan Jullien, Grand Prix du Jazz.

On se souvient des années 90 avec Lionel Florence, Grand Prix de la création et auteurs des méga-tubes de Pagny, Obispo, Calogero, Christophe Maé.

On rit avec Jean-Louis Cap, Grand Prix de la réalisation audiovisuelle, qui nous a concocté un montage de ses émissions : « Les Guignols », « Les Nuls », « L’école des fans », « Les Césars ».

On est ému par l’humanité joueuse d’un Claude Bolling, Grand Prix de la musique pour l’audiovisuel, qui nous rejoue ses « Brigades du Tigre » et son « Borsalino ».

Plus tard, Allain Leprest, Grand Prix des Poètes, Anne Roumanoff, celui de l’humour, qui nous gratifie d’un sketch sur les cocktails mondains (très drôle), Manu Dibango, fidèle à lui-même.

Arrive David Guetta de retour des States, dégaine adolescente, répliques simples et innocentes de celui qui n’a rien vu grandir, ni son allure, ni sa musique, ni son compte en banque. « La SACEM, c’est un chiffre en bas à droite de ma feuille de relevés de droits ». Cathy se lève dans le public pour dire à son mari qu’elle l’aime, comme une mère à son fils chéri qui a si bien réussi là-bas. Et lui s’étonne que sa musique passe en boucle sur les radios américaines. Il sourit timidement, regarde le sol, sans bien réaliser. « Je ne suis qu’un D.J. » ça on l’avait compris, David.

Il y aura Bruno Mantovani, prodige de la composition symphonique, et Halit Uman, Grand Prix de l’édition musicale, avant que le plateau ne s’enflamme avec Higelin, clown lunaire et magnifique, grand enfant qui ose tout, qui dit tout, l’essentiel et l’artistique, avec un allant que l’on aimerait posséder, une grâce humaine hors normes. Grand Prix de la chanson française, il mériterait tous les autres. Celui de l’humour, de la création et de l’humanité. Il termine la soirée d’un « Champagne » offert comme dans un salon après une fête entre amis, simple, improvisé, inoubliable.

La petite Catherine de Heilbronn, reprise

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Dans un décor crépusculaire composé de bâtisses inachevées, peut-être détruites par la guerre et le temps, magnifiques ruines gothiques, évoluent les personnages de « La petite Catherine de Heilbronn », drame de Kleist.

Catherine quitte son père pour suivre le Comte Wetter von Strahl. Quête des origines, mystère de l’amour, puissance des songes, c’est dans cet immense puzzle où s’associent les images et les mots qu’avance ce conte fantasmatique assez rarement monté.

On comprend que l’Odéon ait programmé cette reprise jusqu’à la fin décembre aux Ateliers Berthier. Il ne faut pas hésiter. La mise en scène intelligente d’André Engel et la scénographie inspirante de Nicky Rieti donnent toute sa profondeur au texte. Les acteurs n’ont plus qu’à se laisser porter par leur talent pour nous enchanter. La force de Jérôme Kircher (le Comte), qui tient entre ses bras le spectacle pendant deux heures quinze, et la limpidité naturelle qui s’échappe de la bouche de Julie-Marie Parmentier (Catherine) comme un filet d’or pur, sont un ravissement. Ils incarnent à eux deux la grandeur et la vérité.

Le théâtre devrait toujours s’incarner ainsi, dans cette alliance du verbe et de l’humanité.

Written by Renaud Meyer

décembre 13, 2009 at 2:17

Les charrettes de la Comédie-Française

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Les charrettes suivent les saisons à la Comédie-Française, et les acteurs qui, hier encore, faisaient régner l’ordre et la terreur sont aujourd’hui sur le pavé de la place Colette, tout ahuris de leur triste sort. Et cette frénésie qui gagne les uns après la peur de toutes ces années où ils ont craint les foudres du Comité est excessivement humaine et ô combien prévisible chez des êtres dont les sentiments sont souvent maîtres de la raison.

Dans cette vénérable maison, c’est le comité, composé de quelques sociétaires et de l’administrateur, qui décide chaque année de l’avenir des comédiens de la troupe. On passe en revue sociétaires et pensionnaires. Et quand vient le tour d’un membre du comité, il sort de la pièce afin que ses congénères puissent exposer librement leur point de vue sur leur camarade.

Cette année, Catherine Hiegel, Isabelle Gardien, Michel Robin et Pierre Vial sont montés dans la charrette et cela fait grand bruit. Virer Mademoiselle Hiegel, doyen, c’est fort. Et la valse accroît sa cadence. A ce rythme-là, Benjamin Junger sera doyen avant deux ans…

C’est que la règle non écrite de la maison est « dis-moi qui tu aimes, je te dirai où est la sortie ». Jeux de pouvoir, jeux de poids et de contrepoids, jeux de mains et de vilains. Le vrai-faux-semblant-je t’aime-moi-non-plus est de mise dans la maison de Molière.

Mais le problème n’est pas là. La politique et le pouvoir sont partout. Avidité, cruauté, trahison sont le lot de tout groupe. Ce sont les raisons qui motivent ces licenciements déguisés qui sont désolantes. On entend ainsi dans les Comités qui se succèdent chaque fin d’année.

–      Non, non, décidément, je ne l’aime pas. Et puis, il a un gros nez.

–      Ton mari aussi a un gros nez. Ça ne l’a pas empêché de faire carrière dans la maison.

–      Bon, bon, suivant.

Presque du Feydeau.

Written by Renaud Meyer

décembre 11, 2009 at 5:03

Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand, suite.

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Après la lettre ouverte adressée au ministre de la Culture en octobre sur la précarité des auteurs et parue dans Livres Hebdo, Marianne et Rue 89 (23 et 31/10/2009), nous avons été reçus avec Xavier Houssin et Laurence Tardieu, le 25 novembre 2009, par le conseiller Livre, Pierre Lungheretti, Nicolas Georges, directeur du Livre et Geoffroy Pelletier, chef du département de l’économie du Livre.

Les nombreux soutiens d’auteurs reçus confirment que notre désarroi est à la conjonction d’une réalité économique âpre et d’une absence de statut.

Nous avons donc demandé que puisse être mise en place une réflexion autour du statut de l’auteur, statut qui permettrait une meilleure prise en compte fiscale et l’ouverture facilitée de droits à la protection sociale.

Il semble, malgré l’apparente bonne volonté de nos interlocuteurs, que ce débat sur le statut ne soit pas à l’ordre du jour. Pas davantage que la recherche d’une baisse significative du montant minimum des droits d’auteurs nécessaires à l’affiliation à l’AGESSA, qui, pour l’instant, exclut du bénéfice de la protection nombre d’auteurs de la littérature.

Par contre, une série de discussions positives sont en cours, notamment en matière fiscale, et un relèvement du plafond des revenus dits « accessoires » pour le maintien de l’affiliation à l’AGESSA est à l’étude.

Ces aménagements de la condition d’auteur, ne peuvent se concevoir sans la prise en compte du nouvel environnement numérique qui décidera certainement de notre rémunération dans l’avenir.

Nous avons insisté sur la nécessité d’une revalorisation et d’une meilleure répartition des sommes issues de la copie privée au bénéfice de l’écrit.

Un droit de suite, également, perçu sur les livres d’occasion revendus sur Internet et versé aux ayants droits pourrait être établi.

L’instauration, aussi, d’une chronologie du Livre adaptée au numérique, inspirée de la chronologie des médias.

Les usages contractuels apparaissant pour le moins disparates, nous avons évoqué enfin la création d’une commission de médiation de l’écrit, composée d’écrivains et d’éditeurs et présidée par un magistrat dans le but d’établir des règles communes à l’ensemble des parties.

Les propositions relatives à l’environnement numérique du Livre semblent avoir été entendues par nos interlocuteurs.

A suivre…