Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Les charrettes de la Comédie-Française

with one comment

Les charrettes suivent les saisons à la Comédie-Française, et les acteurs qui, hier encore, faisaient régner l’ordre et la terreur sont aujourd’hui sur le pavé de la place Colette, tout ahuris de leur triste sort. Et cette frénésie qui gagne les uns après la peur de toutes ces années où ils ont craint les foudres du Comité est excessivement humaine et ô combien prévisible chez des êtres dont les sentiments sont souvent maîtres de la raison.

Dans cette vénérable maison, c’est le comité, composé de quelques sociétaires et de l’administrateur, qui décide chaque année de l’avenir des comédiens de la troupe. On passe en revue sociétaires et pensionnaires. Et quand vient le tour d’un membre du comité, il sort de la pièce afin que ses congénères puissent exposer librement leur point de vue sur leur camarade.

Cette année, Catherine Hiegel, Isabelle Gardien, Michel Robin et Pierre Vial sont montés dans la charrette et cela fait grand bruit. Virer Mademoiselle Hiegel, doyen, c’est fort. Et la valse accroît sa cadence. A ce rythme-là, Benjamin Junger sera doyen avant deux ans…

C’est que la règle non écrite de la maison est « dis-moi qui tu aimes, je te dirai où est la sortie ». Jeux de pouvoir, jeux de poids et de contrepoids, jeux de mains et de vilains. Le vrai-faux-semblant-je t’aime-moi-non-plus est de mise dans la maison de Molière.

Mais le problème n’est pas là. La politique et le pouvoir sont partout. Avidité, cruauté, trahison sont le lot de tout groupe. Ce sont les raisons qui motivent ces licenciements déguisés qui sont désolantes. On entend ainsi dans les Comités qui se succèdent chaque fin d’année.

–      Non, non, décidément, je ne l’aime pas. Et puis, il a un gros nez.

–      Ton mari aussi a un gros nez. Ça ne l’a pas empêché de faire carrière dans la maison.

–      Bon, bon, suivant.

Presque du Feydeau.

Publicités

Written by Renaud Meyer

décembre 11, 2009 à 5:03

Une Réponse

Subscribe to comments with RSS.

  1. Juste un autre regret, celui que le « Français » soit passé à côté du talent, de la générosité et de la rigueur de Mlle Gardien Isabelle.
    Fidèle, travailleuse, discrète… trop discrète probablement.

    Paule

    Paule

    décembre 13, 2009 at 2:21


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :