Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Clavier chez Molière

leave a comment »

Christian Clavier est à Molière ce que le Beaujolais nouveau est à l’œnologie, un breuvage populaire qui n’enchante ni n’étonne à force de le voir revenir sur la table. Autant dire que le simple énoncé de Clavier, l’acteur d’ « Opération corned-beef » et des « Bronzés », en Monsieur Jourdain a provoqué chez moi agacement et consternation annoncés. C’était sans compter sur le désert télévisuel du samedi soir qui m’a conduit aux premières minutes de ce programme diffusé sur France 3 et réalisé par Christian de Chalonge (« L’argent des autres », « Docteur Petiot »).

Je connais tellement le « Bourgeois Gentilhomme » pour l’avoir entendu plus de cent fois à la Comédie-Française dans la mise en scène de Jean-Louis Benoît avec Michel Robin dans le rôle-titre. J’y chantais alors les intermèdes de Lully et dansais la gigue. J’en ai les répliques à l’intérieur.

Après l’affliction, qui m’a retourné les tripes devant la première scène où maître de musique et maître de danse mêlaient le verbe faux à l’incrédulité de la situation qui les occupait, a succédé l’étonnement. Clavier en Monsieur Jourdain ! Il y avait, bien entendu, la mine que l’on connaît, les « heu » qui terminent les répliques, et cette énergie à ressorts qui lui est propre. Mais quelle justesse incroyable. J’étais stupéfait de voir dans chacune de ses intentions la vérité, pleine, pensée, conforme à la situation, au personnage, au sentiment. Molière comme je ne l’attendais pas.

Pourtant quel mauvais théâtre autour de lui. Michèle Bernier (Madame Jourdain), malmenant Molière comme on trie des patates dans un hangar, Pierre-Louis Calixte (Covielle et pensionnaire de la Comédie-Française, un comble !) marmonnant ses répliques et jouant tout à contresens, Constance Rousseau (Lucille) qui mâchonne son texte comme un chewing-gum qu’elle se refuse à cracher, François Vincentelli (Dorante) qui prend Molière pour une version costumée de « Plus belle la vie »… Seule Constance Dollé, juste, authentique et drôle dans le rôle de Nicole parvenait à tenir la dragée haute à Clavier que l’on redécouvrait. Son sens de la situation et de ce qui se cache derrière chaque réplique est étonnant. Une grande leçon sur les préjugés et les ressorts du théâtre. J’étais presque heureux de retrouver par hasard le talent rare qui avait germé sous le maquillage du travesti du « Père-noël est une ordure ».

Molière m’a joué une belle farce, samedi soir.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :