Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for mars 2010

Charcot, au fil de l’Histoire

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Chaque dimanche à 13 heures 30, Patrick Liégibel propose sur France Inter un programme consacré à un personnage ou un moment clé de notre histoire. Une narratrice nous guide à travers les siècles, tandis que surgissent au fil du récit des scènes de fiction redonnant vie à de grands hommes. C’est souvent bien joué, toujours instructif et parfois tout à fait captivant.

Je me suis attelé à cet exercice d’écriture pour Patrick Liégibel faisant de Machiavel et Golda Meir des voix d’aujourd’hui.

Ce dimanche, à 13 h 30, sera diffusé « Charcot, magicien de la Salpêtrière », nouvelle aventure que j’ai tenté de rendre ludique et intelligente. Peut-être y suis-je arrivé avec le concours subtil de Patrick Liégibel à la production et de Christine Bernard-Sugy à la réalisation.

Charcot est un personnage fascinant et son parcours vaut d’être écouté. Lorsqu’il hérite, en 1872, du service des hystéro-épileptiques de la Salpêtrière, Jean-Martin Charcot a 47 ans. Il a déjà accompli ce dont rêvent tous les médecins de son époque. Professeur agrégé, secrétaire de la société de biologie, membre de l’Académie de médecine ; en vingt ans, la plupart de ses grandes découvertes neurologiques ont été reconnues. La carrière de Charcot a été marquée par des étapes d’excellence qui ont fait de lui une référence dans le monde entier en matière de neurologie.

Ce qui va pourtant fasciner le monde scientifique comme le grand public, et apporter à Charcot une notoriété internationale, il ne l’a pas encore entrepris. Et cette renommée va venir de ses malades, les hystériques de la Salpêtrière, ces femmes qu’il exhibe dans ses leçons du mardi et lui obéissent sous hypnose, créant le spectacle sous les imprécations du maître. L’occasion pour Charcot de croiser Freud, Sarah Bernhardt, Alphonse Daudet, Gambetta…

En consacrant son antenne à des programmes exigeants, la radio publique relève le pari d’une culture populaire, ce que nombre de médias ont abandonné depuis longtemps.

Internet contre la démocratie

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Le magazine Books organisait hier un débat à Sciences po sur le thème « Internet contre la démocratie ». Une problématique incandescente à dimension internationale dont Books a fait le cœur de son numéro de mars-avril. On sait désormais la qualité des articles qui paraissent dans Books. Intelligents, novateurs, pointus.

On s’attendait donc à voir émerger de ce débat la quintessence d’une pensée dont la hauteur de vue et la modernité ne manqueraient pas d’être impressionnants. On fut un peu déçus. Auditeurs et intervenants. Par le manque de débat, l’absence de dialogue. Et puis de synthèse, car il n’y en eut point.

Les cas de la Russie, de l’Iran et de la Chine ont été passés au peigne fin. Les régimes totalitaires font d’Internet une arme au service du pouvoir, la censure se double souvent d’une autocensure des Internautes qui s’interdisent d’aborder certains sujets. Quant au cas Russe, il est particulier en cela qu’Internet est le seul médium libre tandis que la presse et la télé sont muselées. Ainsi, Internet ne joue pas contre la démocratie, mais la démocratie permet à Internet de fonctionner librement. De manière moins manichéenne, à chaque régime son Internet.

Ce qui a cependant échappé aux intervenants – à l’exception peut-être de Pierre Assouline, pour qui le Savoir ne saurait être bradé sous couvert de démagogie démocratique et d’Olivier Bomsel, excellent analyste des mécanismes économiques engendrés par le Net et grand défenseur du droit d’auteur -, c’est le nécessaire glissement sémantique qu’il fallait opérer des valeurs démocratiques à celles de la République pour être pertinent face à la question posée.

En effet, la démocratie n’a rien à craindre d’Internet puisque l’essence même du rêve démocratique est la création d’un lien direct entre les hommes sans institutions ni représentativité, ce que revendiquent tous les internautes.

Internet ne menace pas la démocratie, mais les valeurs de la République. L’internaute est dans la jouissance immédiate d’une liberté de tout dire, d’une égalité des savoirs (qu’ils émanent du savant comme du néophyte) et d’une fraternité virtuelle où tout est possible. Cette jouissance sans foi ni loi, et donc sans désir, sans prise en compte de l’autre et du réel, ne peut que saper les valeurs de la République tout en les revendiquant. Et cette jouissance sans limites ni désir est bien au cœur des tensions qui secouent notre société.

Written by Renaud Meyer

mars 17, 2010 at 5:36