Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Shakespeare in France

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Il y avait dans la salle du théâtre Marigny Sophie Marceau accompagnée de Christophe Lambert, tous deux très en vogue, très amoureux, très anglophones par la carrière et l’intérêt porté à ce qui se fait outre-manche. Derrière eux, un Jean-Michel Ribes affable et jovial comme à son habitude. Et puis d’autres encore, connus ou inconnus, venus applaudir la troupe du très londonien Old Vic, dirigée par Kevin Spacey. Aux manettes, un Sam Mendes, star tout aussi internationale des planches et des salles obscures. L’attente était donc à la hauteur des protagonistes. Shakespeare in France, en anglais, par une troupe mi-britannique mi-américaine, sous la baguette de Mendes.

Le résultat est assurément marquant. « As you like it », comédie qui précède Hamlet, fait penser à « Peines d’amour perdues ». Chassés-croisés amoureux, travestissements, situations fortes et drôles. Mendes place ses acteurs dans un univers à la fois réel et féerique, où la neutralité des costumes laisse toute sa place au jeu et à la beauté du texte. Il y a quelque chose de nostalgique, dans cette vision de Shakespeare par Mendes, qui nous renvoie à Tchekhov. La comédie de la vie et de l’amour comme un chant qui s’élève d’une clairière pour mourir dans la nuit.

Les comédiens de la troupe sont remarquables d’engagement subtil, Jullet Rylance en tête qui joue Rosalinde. Ils jonglent avec cette langue qui est la leur. Mendes les faits danser, chanter à merveille et jouer avec une délectation séduisante.

Trop tard pour ce « Comme il vous plaira », mais les curieux pourront applaudir une très certainement magnifique « Tempest » du 20 au 25 avril, toujours au Marigny, avec la même troupe.

La leçon de cette visite du théâtre anglais à Paris donne à réfléchir. Aucun théâtre privé parisien n’ose monter des spectacles d’une telle ambition. Vingt acteurs, deux musiciens, une scénographie splendide, pas de vedette, et un texte difficile mais accessible. Le Old Vic réussit le tour de force de réunir sur scène ce que le théâtre public et le théâtre privé français s’envient et se jalousent : remplir des salles avec un spectacle populaire où tout repose sur l’art ; celui des acteurs, de l’auteur, du metteur en scène et de son équipe.

Seul bémol, les places sont chères, trop chères, alors qu’elles sont meilleur marché à Londres pour les mêmes spectacles… Qui en croque au passage ?

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Written by Renaud Meyer

avril 17, 2010 à 6:37

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