Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for mai 2010

L’iPad et ses croyants.

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La semaine à peine écoulée qu’une autre est déjà en marche. La précédente était pourtant riche d’événements. Et parmi ceux que les médias ont le plus célébré, l’iPad, ce nouveau dieu que des cohortes de fidèles vénèrent à travers le monde comme un nouveau messie.

De New-York à Paris, les geeks – ces jeunes esprit épris de liberté et soumis comme personne aux géants capitalistes du microprocesseur -, ont passé des nuits blanches dans les files d’attente des Apple store pour toucher les premiers le fameux iPad.

Il faut dire que l’écran offre à ces païens d’un nouveau genre tout ce que le Veau d’or présageait déjà, Luxure en format MPEG, Vol en format MP3, Meurtre en format Xbox, faisant même disparaître ce que la civilisation passée a inventé de mieux pour transmettre, éduquer, cultiver, fédérer : le Livre.

Et tandis que l’on s’émouvait devant le premier acheteur français de l’iPad – voyageur de l’extrême qui a triomphé de cette folle aventure rue de Rivoli en cette nuit de mai devant l’entrée d’un magasin spécialisé en informatique, épuisé mais soulagé d’y être arrivé -, on apprenait que l’usine chinoise qui fabrique les iPad avait compté plus de quatre suicides ce même mois et plus de six tentatives avortées.

La liberté du geek n’a pas de prix et son amour pour ses idoles est sans limites.

Written by Renaud Meyer

mai 31, 2010 at 4:11

Publié dans Actualite, Internet

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Ce que je sais de Véronique Ovaldé

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Ce que je sais de Véronique Ovaldé se résume en peu de mots…

Je sais qu’elle est née en 1972, je sais que c’est une petite brune aux cheveux courts et au sourire intelligent, je sais qu’elle est maman, je sais qu’elle habite dans le dix-huitième arrondissement de Paris, je sais qu’elle aime lire ses textes à voix haute pour en goûter le suc, je sais qu’elle a écrit six romans au seuil, puis chez Actes Sud et à l’Olivier, je sais qu’elle est éditrice chez Albin-Michel, je sais qu’elle est partie d’un nom de lieu (Vatapuna) et d’un nom de personnage (Vera Candida) pour commencer son dernier roman, je sais aussi qu’elle a reçu plusieurs prix littéraires dont le prix Télérama, le prix France Télévision et le Renaudot des Lycéens. Je sais enfin depuis aujourd’hui qu’elle a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle. Vous n’en saurez pas plus. Parce moi-même, je suis à court d’infos sur le personnage, que j’ai pourtant rencontré et trouvé sympathique.

Véronique Ovaldé, dont je sais peu de choses, en sait par contre pas mal sur Vera Candida, dont elle savait peu au départ, si ce n’était son nom et le lieu où sa mère et sa grand-mère avaient vécu, Vatapuna. Et ce que son esprit d’écrivaine en éveil lui a révélé donne un roman captivant.

Ce conte foisonnant nous plonge dans une Amérique du Sud imaginaire où les femmes sont autant les reines que les esclaves d’un royaume tropical sans espoir. Ainsi suit-on l’histoire de Vera Candida et de sa fille, comme le prolongement du destin de Violette, sa mère, et de Rose, sa grand-mère. Des femmes pêcheuses de poissons volants, prostituées, violées, abusées qui se battent et se débattent avec l’amour et la vie, la mort et les souvenirs qui tiennent dans une malle. On pense certainement à Cent ans de solitude, l’un des plus beaux romans jamais écrits, on est pris dès le premier chapitre, on s’ennuie parfois un peu, comme dans toute bonne histoire, et puis la fin nous emporte, sans très bien savoir ce que l’on sait au juste de Vera Candida, certainement comme Ovaldé avant nous.

Le vin, le ténor et Alagna

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Il est des soirs où l’on traîne nonchalamment sur les chaînes du service public à la recherche d’un temps perdu. D’une douce époque où les débats nourrissaient ceux qui les écoutaient, où le cinéma était en technicolor et où les ténors savaient chanter. On a beau zapper sur tous les canaux, le désert avance à pas de géant, nous poursuivant de ses aridités.

Il faut se contenter d’experts à Miami, d’habitants du vieux port plus très hauts en couleur et de joutes verbales sur la burqa entre Zemmour et Camélia Jordana. Alors quand on tombe subitement sur Roberto Alagna, on se dit que la chance est peut-être de notre côté. Surtout si le hasard a posé sur notre table un Nero d’Avola qui dépose dans notre gorge les largesses de la Sicile.

Hélas, hier soir, le vin n’a pas suffi à sauver Alagna.

Etait-ce là le retour de la fable immuable du « ténor qui voulait se faire plus gros qu’une pop star » ? (le ténor, ayant chanté tout l’été dans les arènes de Nîmes en se prenant pour un chanteur des rues de Naples, finit par exploser sous les yeux des spectateurs médusés).

Voilà Alagna désormais affublé de l’incontournable Yvan Cassar au piano, à la flûte, à la harpe, au cor de chasse…., de danseurs aux portés langoureux et d’un micro sur pied qu’il prend, quitte et reprend tel un crooneur qui oublie que tout le monde voit son micro portatif…

Cette quincaillerie de bazar ne masquait pas la misère artistique.

Alagna a gagné son pari. Le voilà totalement populaire, fondu dans la masse des chanteurs de pizzerias à la voix morte, dépouillée de toute musicalité, et au regard creux. Adieu ténor !

Written by Renaud Meyer

mai 25, 2010 at 12:56

Les contes d’Hoffmann

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Plus que quelques jours pour aller voir cette reprise grandiose des « Contes d’Hoffmann » d’Offenbach à l’Opéra Bastille. Pas besoin d’être au parterre pour apprécier la magie qui opère grâce à la maîtrise scénique de Robert Carsen. Le metteur en scène canadien, habitué des opéras du monde entier, nous offre une plongée dans l’univers du théâtre dont on ressort bluffé. Au fil des trois actes, le spectateur est ainsi successivement en coulisses, dans la fosse d’orchestre et sur scène.

Il faut bien sûr des moyens gigantesques pour se payer le luxe de reconstruire sur un plateau toute une salle de fauteuils de velours rouge, où s’animent un chœur de cinquante chanteurs, jouant avec nous comme devant un miroir. Ce seul plaisir pourrait suffire. Il y a pourtant quelques voix remarquables (Hoffmann et Olympia) et la compréhension d’Offenbach, son humour et sa joie. Quel délice que l’air d’Olympia, poupée récalcitrante et nymphomane, télécommandée par son inventeur fou.

Seul opéra sérieux de l’auteur de « La vie parisienne », cette œuvre inachevée l’a consacré comme l’un des grands compositeurs de son temps. Et son univers fantastique n’a pas pris une ride.

Written by Renaud Meyer

mai 21, 2010 at 6:29

Ça piaille au Français

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Déjà un petit mois que « Les oiseaux » d’Aristophane battent des ailes dans leur volière dorée de la Comédie-Française. Critiques assassines pour cette entrée au répertoire d’Aristophane, auteur grec de comédies féroces et sociales concoctées avant Jésus-Christ.

Alfredo Arias a choisi de mettre en scène ces oiseaux dans les décors de la place Colette, où s’élève la figure imposante du théâtre français. Les volatils sont chez lui des comédiens et l’intrigue tend un fil aussi simple que fin, construire une cité entre ciel et terre où les oiseaux seront rois.

Costumes élégants et emplumés, comédiens drôlissimes, tant ils maîtrisent cette distance amusée vis à vis de leur propre art (en tête l’excellent Loïc Corbery, au tragique émouvant et à la grâce rare), décors étonnants de réalisme (on croirait n’avoir pas quitté la place Colette) et intermèdes comiques plutôt frais.

Alors pourquoi tant de reproches critiques ? Il est certain qu’Arias aurait pu aller plus loin, réunir tous les acteurs de la Comédie-Française sur la scène afin de porter son idée au plus haut, engager des chanteurs en nombre pour les parties chantées, bref nous éblouir un peu plus. La raison de cette pâleur est certainement financière. Mais ce spectacle préserve une chose essentielle : son auteur. Car c’est cela Aristophane : une grosse farce sociale et grinçante chargée de nous divertir.

J’avais à côté de moi un jeune garçon qui entre dans l’adolescence. Il n’a cessé de rire de cet enchantement. Alors un conseil, courez-y et n’écoutez pas les langues chagrines et trop orthodoxes.

Written by Renaud Meyer

mai 13, 2010 at 7:17

Danse et théâtre en herbe

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La pluridisciplinarité du spectacle vivant est une tendance qui s’affirme au fil du temps. Parce que les créations lui font une place grandissante ; mais aussi parce que les écoles ont pris conscience de cette nécessité pour les artistes de demain d’acquérir toutes les dimensions d’un art devenu protéiforme.

Cette vision nouvelle, largement ancrée dans les pays anglo-saxons, ferait des artistes de scène des êtres capables de danser, chanter, jouer et pratiquer un instrument avec une dextérité égale. Nous n’en sommes pas encore là, mais les manifestations publiques données par les écoles d’art dramatique, de danse et de musique donnent la température. La danse contemporaine se rapproche du théâtre, le théâtre s’ouvre à la danse et les musiciens se joignent aux acteurs. Une bonne occasion de découvrir, sans frais, de jeunes pousses.

Il faut bien sûr réserver, mais les entrées sont libres…

On pense à « Retour à Bilbao », Atelier Danse-Théâtre
du CNSAD, dirigé par Caroline Marcadé. Les mardi 11 mai 2010 à 20h30
et mercredi 12 mai 2010 à 20h30. Espace Pierre Cardin, 1-3 avenue Gabriel 75008 Paris. Avec 
Joris Avodo,
Julien Barret,
Julien Bouanich,
Hadrien Bouvier,
Ludmilla Dabo,
Delphine Hecquet,
Gaël Kamilindi,
Jean-René Oudot,
Fannie Outeiro,
Laure-Lucile Simon,
Manon Vincent.

Chez les danseurs, le mardi 18 mai 2010 à 16h00 et 19h30. Spectacle de danse classique, contemporaine et jazz donné par les élèves et étudiants du CRR de Paris. Chorégraphies de Sophie Ardillon, Roxana Barbacaru, Olivier Chanut, Ariane Delarbre, Sabine Ricou et Catherine Vesque. Au MPAA- Auditorium Saint-Germain. 4 rue Félicien. 75006 Paris. (Résa au CRR de Paris).

Et si vous êtes en Corse le jeudi 27 mai, le spectacle du Junior ballet du CNSM de Paris se donnera à Ajaccio, Espace Diamant (Réservations : 04 95 50 40 80). Egalement le 29 mai à Saint Etienne, Opéra Théâtre, Grand Théâtre Massenet

(Réservations : 04 77 47 83 40).

Vitez et ses enfants

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Vingt ans qu’Antoine Vitez a disparu. Le dernier engagé. Le dernier enragé. Du théâtre, de la cause, du texte et des acteurs. Il faut se souvenir de lui. Se souvenir que le théâtre peut être liberté de faire et de penser, un art en mutation permanente, parce que vivant. C’est certainement un truisme. Mais combien de spectacles morts avant la première ?

Les lieux de mémoire vitézienne s’offrent à vous cette année (*). Et pourquoi pas un retour à Avignon ou Chaillot, là où le maître a laissé son empreinte ? Le parcours de Vitez est, en effet, exemplaire. On en retiendra l’échec à l’entrée du Conservatoire (quel espoir pour les impétrants malheureux), la création du « soulier de Satin » dans la Cour d’Honneur, la direction de la Comédie-Française. Et tant de créations importantes. Il y eut l’homme aussi. « Antoine », disaient ses acteurs du Français et d’ailleurs. Restent une certaine image de lui, et quelques héritiers comme Aurélien Recoing, l’ange du Soulier de Satin, tout juste engagé à la Comédie-Française. On ne put rêver meilleur hommage…

* Jusqu’au 28 mai 2010 du lundi au vendredi de 9 heures à 17 h 30

Antoine Vitez, photographe, exposition Portraits au miroir

Théâre du Vieux-Colombier • 21, rue du Vieux-Colombier • 75006 Paris

Lecture-hommage autour de l’École, au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, le 14 mai 2010, par des professeurs et des élèves du Conservatoire.

Le 15 mai 2010, de 15 heures à 22 heures, Vitez par la voix, vestiges des mises en scènes les Cloches de Bâle, la Célestine et Électre d’Antoine Vitez, mises en voix par des anciens de l’École de Chaillot, sous la direction de Robert Cantarella et projection du film Antoine Vitez : Journal intime de théâtre, réalisé par Fabienne Pascaud.

Written by Renaud Meyer

mai 5, 2010 at 12:28