Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Théâtre à l’anglaise

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N’y aurait-il de philosophie qu’allemande, de roman que français, de chant qu’italien et de théâtre qu’anglais ? Ce que l’on peut affirmer au-delà de ce lieu commun pas si stupide, c’est que Shakespeare est certainement le seul auteur de théâtre à avoir concilié l’infiniment grand et l’infiniment petit et tiré tout le jus de ce qu’est le théâtre. A voir les spectacles montés par les metteurs en scène anglais ces derniers temps, on se dit que le grand Will leur a certainement légué quelque chose de ce nectar.

Si vous l’avez manquée au théâtre Marigny cette année, « La tempête » montée par Sam Mendes vient de reprendre au théâtre Old Vic de Londres. Il y a bien sûr deux heures d’Eurostar, mais l’aventure vaut la peine. Pure merveille d’intelligence et de beauté, où évoluent des acteurs habités par une langue des plus sublimes. Mendes a tout compris au théâtre et en particulier à cette pièce maîtresse. Un rond central couvert de sable figure l’île de Prospero, et puis au lointain, une étendue d’eau sur laquelle sont posées des chaises qui accueillent les naufragés. Pas d’esbroufe, rien que du théâtre, qui rappelle Brook, et s’inscrit dans l’histoire de cette vénérable maison où trônent les portraits de Laurence Olivier et Richard Burton, acteurs shakespeariens du siècle passé.

Quand ils ne sont pas en jeu, les acteurs se posent dans le lointain. Mécanique très anglo-saxonne que l’on retrouve dans le « Donneur de bain » toujours à l’affiche du Marigny jusqu’au 17 juillet. On passera sur un texte qui s’étire sur deux heures. Une bonne idée dans laquelle souffle l’auteur tant et si bien qu’elle éclate assez vite nous laissant un léger goût de pas grand-chose. Il ne faut cependant pas s’arrêter à ce pécher d’orgueil et tenter là aussi l’aventure (le voyage est plus court…) pour la mise en scène d’abord, bluffante, inventive, plus forte que le texte, faisant de cette histoire simple une ronde infernale et entêtante. Dan Jemmett sait y faire et donner l’énergie nécessaire aux acteurs qui le suivent. Barbara Schulz est une bombe de talent et d’énergie, Bruno Wolkowitch étonnant de composition, Charles Berling n’est pas au mieux, mais il ne gâche pas notre plaisir.

Il faut s’inspirer de ce théâtre-là, de ce savoir-faire, où domine l’intelligence de l’illusion.

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