Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Le droit à l’enfant

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Profitons de cette Gay Pride 2010 pour revenir sur un sujet qui occupe les esprits depuis quelque temps : l’homoparentalité.

La question de savoir si des couples homosexuels peuvent adopter ou se faire faire un enfant avec l’aide d’un tiers est au centre d’interrogations à la fois politiques, éthiques, biologiques, juridiques, psychanalytiques et sociales.

La plupart des gens n’ont pas vraiment d’avis sur la question. Ils ne sont pas contre, mais un léger quelque chose les gêne sans savoir vraiment quoi. Ils voudraient bien se laisser convaincre, pourtant…

Quant aux partisans de la cause homoparentale, ils revendiquent une égalité de droits entre homos et hétéros, l’idée qu’un enfant a besoin avant tout d’amour (qu’ils sont capables de donner autant qu’un couple hétéro) et que l’éducation d’un enfant n’a pas de sexe. La chose est claire et entendue.

Remarquons au passage qu’homosexualité ne rime pas nécessairement avec homoparentalité puisque Karl Lagersfeld him-self s’en défendait récemment en arguant que les gays ne s’étaient pas battus durant toutes ces années pour un droit à la différence à seule fin de tomber dans le cliché bourgeois de la famille avec enfants.

Le psychanalyste Jean-Pierre Winter s’est penché sur cette question qui flotte dans l’air avec son regard de thérapeute (« Homoparenté » chez Albin Michel) ; et le résultat est prodigieux d’à-propos et d’intelligence.

Tout d’abord, parce qu’il ne tombe pas dans le politiquement correct. Winter décortique chacun des arguments avancés par les partisans de la cause homoparentale et pointe ensuite l’ensemble des problèmes juridiques, éthiques et psychologiques posés par l’homoparentalité. Chacun pourra ou non se laisser convaincre, mais ne sera pas à court d’idées…

Ensuite, parce que Winter va au-delà de la simple question de l’homoparentalité. Il nous offre au fil de son livre une véritable lecture des rapports parents-enfants et du rôle que doit tenir chacun. On passe alors au peigne fin sa propre expérience de la famille et le résultat donne envie de poursuivre la réflexion.

De façon plus concrète, que raconte Winter ?

Que l’argument de l’amour ne suffit pas à justifier l’homoparenté, car que de crimes ne commet-on pas au nom de l’amour ? Le pédophile, lui-même, adore les enfants… Quant à l’éducatif, il est certain que les couples homos peuvent faire aussi mal que les hétéros. Le débat doit donc se placer ailleurs…

Sur le terrain du droit pour commencer, nous dit Winter. Et au premier chef parce que les homos, en tant qu’individus, ont les mêmes droits que les hétéros. Rien ne les empêche ainsi de faire des enfants avec un individu de l’autre sexe. Et de conclure finement que l’homosexualité n’est en rien une identité (comme le nom, le prénom, la nationalité font partie de notre identité). Vouloir le contraire serait mettre le doigt dans l’engrenage du totalitarisme et d’une période bien sombre…

Winter nous met en garde, car accéder à la demande des homoparentaux octroierait ainsi des droits spécifiques à une communauté en fonction de ses préférences sexuelles, ce qui serait la porte ouverte à toutes les revendications communautaires de nature justement à rompre l’égalité des droits entre les citoyens et faire de la loi non pas une limite à la jouissance mais un fourre-tout à pulsions.

La question juridique centrale est donc de savoir si la loi doit construire en droit de la famille de véritables fictions (un enfant fruit de l’union de deux hommes ou de deux femmes) sans rapport avec la réalité. Comment d’ailleurs la loi naturelle (faire des enfants demande un homme et une femme) peut-elle être contraire au droit positif ?

Sur le terrain de la psychanalyse, les arguments de Winter s’appuient sur la nécessaire concordance entre le réel et le symbolique dans la construction psychique de l’enfant. Comment, en effet, comprendre que deux hommes sont couchés dans le lit parental, qu’ils ne peuvent faire d’enfants, (voilà donc le réel), et qu’ils sont papa et maman (voilà le symbolique) ? L’enfant va ainsi se construire sur un impossible (réel) possible (symboliquement). Aïe…

La revendication du droit à l’enfant (et non « de l’enfant », dont il n’est jamais question) est ainsi en phase avec l’individualisme social ambiant, où le « ça » réclame tout, et tout de suite, au nom d’un état, social ou religieux, quitte à tordre la Loi pour parvenir à la jouissance.

Les arguments sont nombreux et les pistes d’une richesse peu commune. Il faut lire ce livre, parce qu’il offre, au-delà de sa question centrale, une véritable réflexion sur les êtres sans limites que nous sommes devenus.

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Written by Renaud Meyer

juin 26, 2010 à 5:22

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