Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for août 2010

Audition

leave a comment »

« Audition », pièce de Jean-Claude Carrière, a subi la saison dernière un accueil plutôt mitigé au théâtre Edouard VII. Beaucoup semblaient dire qu’ils s’y étaient ennuyés, que le texte était indigne, lourd, sans odeur ni saveur. Bref, quelle mouche avait piqué l’auteur ? Quant à Jean-Pierre Marielle et Manu Payet, qu’étaient-ils allés faire dans cette galère ? J’avoue que je ne m’étais pas précipité, l’affiche n’étant pas du meilleur goût et le titre pas très heureux.

Pourtant, il faut lire « Audition », le texte, qui a paru chez Actes Sud – Papiers. J’ai décortiqué quelques pièces depuis que le théâtre m’a pris. Celle-là m’a provoqué plus d’un fou rire, dans le bus ou dans mon lit, en imaginant Marielle dans le rôle de ce vieil acteur un peu ringard, qu’il a déjà éprouvé dans « Les Grands Ducs » de Leconte. Et cette partition écrite pour lui sonne merveilleusement à nos oreilles, pourvu qu’on se figure l’acteur. S’échappent alors des répliques cultes.

Marielle : C’est vrai que ce système de fourreau est épouvantable. Quand on joue Cyrano, c’est un cauchemar.

Payet : Vous avez joué Cyrano ?

Marielle : Mais oui. J’y tenais même plusieurs rôles.

L’ensemble donne un moment où rien d’essentiel ne se passe, mais où tout est dit sur le théâtre et sa représentation. Une mise en abyme qui s’interroge sur le lien entre les spectateurs et les acteurs, tirant ainsi le fil fragile de la convention du théâtre. Pourquoi ce moment si particulier où tout est faux, où tout devient vrai, où le faux devient plus important que le vrai ?

Jean-Claude Carrière, qui sait le théâtre et ses secrets, ne donne pas de réponse et réussit là une pièce maîtresse.

Crime d’amour

with one comment

Avant de se lancer dans le bain de la rentrée littéraire, théâtrale et cinématographique, où se débattent petits et grands et dont les tendances fortes se dégagent déjà, on pourra aller déguster en cette fin d’été un bon millésime signé Alain Corneau.

« Crime d’amour » nous offre les affres du pouvoir, du sexe dans le business et du crime que l’on ne voulait pas commettre. Ou comment une jeune femme intelligente, obéissante et promise à une brillante carrière est amenée à brûler ses idoles.

Ludivine Sagnier est intense de fragilité, Kristin Scott Thomas crédible ce qu’il faut et Patrick Mille nous promet de devenir un bel acteur de sa génération.

Corneau sait faire et défaire les intrigues. Cette fois la note est donnée : « Ce n’est pas parce que tout vous accuse que vous êtes innocente ». Méditons et laissons-nous entraîner par ce polar qui ne taquine jamais du côté des clichés. Un monde où l’adultère n’est pas celui qu’on croit, où la Belle peut penser, où qui perd gagne et inversement. « Je te tiens, tu me tiens… », et voilà le monde de l’entreprise.

Written by Renaud Meyer

août 26, 2010 at 4:36