Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for janvier 2011

Jean-Pierre Vincent, prix « plaisir du théâtre »

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La SACD a remis, lundi dernier, le prix « Plaisir du théâtre » à Jean-Pierre Vincent. René de Obaldia a joué une nouvelle fois le maître de cérémonie. L’œil toujours pétillant, il a vanté la carrière exceptionnelle du lauréat, metteur en scène exigeant qui n’a jamais oublié le plaisir du spectateur et celui des acteurs qu’il dirigeait, propulseur d’auteurs naissants, administrateur des plus prestigieuses institutions (Comédie-Française et TNS), et tant d’autres chemins encore en cinquante années de théâtre.

Jean-Pierre Vincent a la voix claire et assurée, le verbe juste, l’humour à portée de main. Comme lorsqu’il nous gratifie de ses relations tumultueuses avec la Légion d’Honneur, quatre fois refusée. Et quand à la cinquième, il accepte enfin pour faire plaisir à Catherine Tasca, voilà qu’il oublie d’aller la chercher… Rejet des obligations du discours, très certainement. Ultime recule qui le prive de la distinction. Le revers de son veston demeure donc immaculé.

La médaille de ce Prix SACD est belle, mais que faire de la dotation ? Jean-Pierre Vincent joue à Reims, la semaine prochaine. Il transformera donc l’enveloppe en champagne à boire avec la troupe qui le suit. Voilà bien le Plaisir du théâtre…

Written by Renaud Meyer

janvier 27, 2011 at 8:53

Aller au théâtre

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Pascal Greggory et Valérie Bruni-Tedeschi

Je croise souvent des gens qui me disent : « Qu’est-ce qu’il faut voir au théâtre en ce moment ? » Je suis toujours un peu saisi par cette question curieuse, comme si cela n’allait pas de soi, ce qu’il faut voir, ce qui est beau, juste, fort, comme une évidence qui s’impose par un texte, un nom, un lieu. Ethnocentrisme dont il est difficile de se dégager quand on est tombé dans la marmite du théâtre. Ecouter le goût de l’autre en le guidant. Pas simple.

Alors, ce qu’il faut voir en cette rentrée de janvier 2011…

Il faut tenter les expériences comparatives. Aller voir « Un fil à la patte » de Feydeau à la Comédie-Française dans une mise en scène désopilante de Jérôme Deschamps et « Du mariage au divorce », montage de quatre pièces du même auteur dans une mise en scène d’Alain Françon avec Eric Elmosnino (très remarqué Gainsbourg de Jonathan Sfar) au théâtre Marigny. On peut rester dans le même théâtre, pour rire encore, avec « L’amour, la mort, les fringues » sous la baguette de Danièle Thomson qui nous propose elle aussi une expérience : changer la distribution du spectacle tous les mois en ne mettant sur scène que des stars de cinéma. Vous pourrez ainsi voir Karin Viard et Bernadette Lafont en janvier, Miou Miou, Sylvie Testud, Ariane Ascaride en février, Sylvie Vartan, Mathilde Seigner, Tonie Marshall en mars. Et pour ceux que les larmes et l’émotion ravissent, ils se presseront au théâtre de la ville applaudir le « Rêve d’automne » de Jon Fosse mis en scène par Patrice Chéreau avec Pascal Greggory et Valéria Bruni-Tesdeschi (la sœur de). Il reste des places jusqu’au 25 janvier.

Tout cela vous évitera Alain Delon et sa fille, Laspalès et Chevalier dans le « Dîner de cons » et Clavier dans « La cage aux folles ». Enfin, le Bien et le Beau se discutant…

 

 

Contrepoint

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« Contrepoint » ne fait pas le poids. Ce roman bref et parfois séduisant d’Anna Enquist, sorti chez Actes Sud en septembre 2010, avait pourtant tout pour plaire. A commencer par son titre, inspiré de cette figure musicale, dont Bach s’est fait le maître. Il est donc question ici de Bach et de ses « Variations Goldberg », que travaille la narratrice. De Glenn Gould, interprète sublime et inspiré des Variations. Et de Bach lui-même, dont les malheurs résonnent comme un contrepoint de la vie de la narratrice. On pressent un drame, que la quatrième de couverture nous a déjà maladroitement dévoilé et que l’auteur finira par surmonter grâce à la musique.

Cela donne indéniablement envie. L’idée de ce contrepoint tressé, décliné, transposé à la littérature est immanquablement originale. Les éléments de la vie de Bach sont prenants et la complexité des Variations assez fascinante. Mais l’ensemble ennuie. Anna Enquist ne parvient pas à nous emporter dans ce quotidien avec sa fille. La faute peut-être à la construction, trop intelligente. Une phrase, vers la fin du roman nous donne la clé de cet échec partiel : « Bach lui avait donné accès à sa mémoire : chaque variation évoquait des souvenirs de l’enfant, qu’elle notait dans le cahier. » Peut-être eût-il fallu commencer par là, et reconstruire à l’envers, emporter le lecteur avec soi, et avec le cœur, simplement.

J’avais déjà eu ce genre de regret : la déception face à un projet intelligent. Avec « Blanche et Marie » de Per Olov Enquist. Décidemment…

On pourra quand même se plonger dans ce court roman, accompagné de Gould interprétant les Variations. L’expérience peut être belle.

Written by Renaud Meyer

janvier 9, 2011 at 4:49

Le jeu des éditeurs

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Les éditeurs jouent parfois avec le feu. Un jeu dangereux qui risque de consumer un métier fragile et précieux. Car à trop vouloir dénicher le talent et faire de l’argent sans le moindre risque, les éditeurs finiront par trébucher et disparaître dans le trou noir de la facilité.

Internet a vu fleurir de nombreuses initiatives visant à se substituer aux maisons de disques. « My major compagny » a mis ainsi en place un système permettant aux internautes de miser sur des inconnus dont ils peuvent entendre le travail, afin de contribuer à la production de leur futur album et d’en être les co-producteurs. Une architecture pas idiote, mais pas vraiment innocente, puisque qu’elle révèle in fine que les créateurs de cette start-up ne rêvent que d’une chose : diriger une major et transformer de facto les internautes en petits porteurs capitalistes. Rien de bien neuf…

Ce qui l’est, en revanche, c’est l’entrée dans cette danse contemporaine d’un partenaire qui s’invite à pas de loup pour mieux récolter les fruits d’un champ qu’il n’a pas cultivé. « My major compagny books » propose ainsi à ceux qui le désirent de financer un futur grand écrivain auquel ils croient après lecture de leur manuscrit. On passe de l’édition à compte d’auteur à l’édition à compte de lecteurs. Pourquoi pas. Mais dans le cas de My major compagny, c’est une grande maison d’édition, XO, qui prend le relais, imprime et distribue l’ouvrage, faisant reposer sur le lecteur l’essentiel du métier d’éditeur : le choix de l’auteur. On sait que de ce chapeau sortira plus certainement un Marc Levy qu’un Jean Echenoz. Pourtant, ce n’est pas le plus regrettable.

Faire reposer sur le lecteur le choix artistique, c’est gommer ce qui fait le cœur du métier d’éditeur, c’est faire croire que ce choix est à la portée de tout le monde, qu’il ne s’apprend pas, ne se travaille pas, s’improvise à coups de dizaines d’euros misés sur un auteur comme sur un cheval à Longchamp.

Notre société se construit là-dessus, désormais. La croyance en la simplicité. La photo ne s’apprend plus, elle se prend, en numérique, par milliers, que l’on range dans des dossiers sans même les regarder. C’est le revers de la technique, qui a tué l’art et les artistes au profit des industriels et des amateurs.

 

Written by Renaud Meyer

janvier 5, 2011 at 3:05

Et pourquoi pas un opéra sous la neige de Copenhague ?

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Il faut d’abord souhaiter à ceux qui nous sont chers, comme à ceux que l’on croise sans les connaître, une année 2011 pleine de douceur et de joie, car ils n’en vivront que mieux, et nous aussi. Ensuite, pourquoi ne pas commencer celle-ci sous le signe de la beauté en allant à Copenhague écouter un opéra.

Le Kongelige teater offre jusqu’en avril une « Madame Butterfly » de Puccini tout à fait délicieuse. Dans un bâtiment à la modernité gracieuse qui se dresse face à la mer gelée du vieux port, le public se presse avec une simplicité feutrée. On déguste un verre de vin, un gâteau au chocolat, un sandwich au saumon, après avoir abandonné son manteau sur les cintres sans surveillance du grand hall, habitude locale que l’on retrouve çà et là comme une insouciance bien enviable teintée de responsabilité collective. L’acoustique de la salle est bonne, l’orchestre clair, droit, musical et la scénographie du spectacle ingénieuse. Petite maison japonaise en forme de lanterne magique, immense lampe de papier qui descend pour envahir tout le plateau, on joue sur la beauté magique du papillon pris dans la lumière. Cela reste légèrement inégal vocalement, mais l’essentiel y est avec une Cio-Cio San puissante dans ses aigus et un Pinkerton à l’assise vocale remarquable. Antonello Palombi se laisse aller à des débordements dramatiques que l’on n’eût pas pardonnés à un comédien, mais que la qualité du chanteur fait oublier. Sa voix nous transporte, nous emporte, nous séduit.

Copenhague est à une heure trente de Paris. Air France propose des tarifs aller-retour à moins de cent euros. Et l’on trouvera bien d’autres plaisirs que celui du chant sur ce chemin neigeux du Danemark. Les canaux glacés sont superbes, les musées sont gratuits et le vin chaud aux épices inoubliable.

Written by Renaud Meyer

janvier 2, 2011 at 4:08