Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for février 2011

Le rêve américain brisé

leave a comment »

June Anderson dans "Norma" (DR : Christian Dresse)

Belle initiative de la Cité de la musique. Un cycle consacré au « Rêve américain » propose ainsi jusqu’au mercredi 2 mars des concerts célébrant ce répertoire trop peu joué qui, de Samuel Barber à Leonard Bernstein, a tant inspiré le cinéma outre-atlantique.

On s’attendait donc samedi dernier à un grand moment en compagnie de June Anderson, soprano américaine à la carrière impressionnante (interprète de Verdi aux côtés de Pavarotti, de Milan à Paris, Londres et Chicago sous la baguette des meilleurs : Bernstein him-self, Maazel, Muti, Levine…). On se régalait d’avance de son « Dream with me » tiré du Peter Pan de Bernstein, elle qui fut récompensée d’un Grammy Award pour son interprétation dans Candide.

L’immense cantatrice n’a rien perdu de son éclat. Elle est intense, précise et adapte sa voix au répertoire avec une conscience aigue de la musique. Seulement voilà, il y avait Joseph Swensen, chef invité de l’Ensemble Orchestral de Paris. Une catastrophe que June Anderson a si bien comprise, qu’elle a quitté le plateau, légèrement vexée de cette mise à mal de son talent. Elle, si attentive aux nuances et à la musicalité, subir les assauts d’un chef taillé pour diriger un troupeau de bovidés. Adieu pianissimo, forte et legato. Il n’y avait qu’un son, vague et sans âme, pas de mordant, pas de musique, rien. Même l’Agnus Dei de Barber, cette œuvre poignante qui servit si bien le film « Platoon », fut une déception.

Il reste les mardi 1er et mercredi 2 mars pour rattraper ce « Rêve américain », puisque Swensen ne sera pas de la partie. Au programme : « Les pionniers américains » avec John Cage et Charles Ives et « Eldorado » où l’on retrouvera les musiques d’Alexandre Desplat, Miles Davis, Philip Glass, Bernard Herrmann et Ennio Morricone. Ces gens-là ont inventé le cinéma. Et la musique qui va avec. On peut tenter…

 

Publicités

Written by Renaud Meyer

février 28, 2011 at 12:02

Même la pluie

leave a comment »

« Même la pluie », long-métrage excellentissime de la réalisatrice espagnole Icíar Bollaín, est toujours à l’affiche. Il faut s’y ruer. L’antithèse de cet ovni vieillot de « Tron », dont je relatais le naufrage annoncé, il y a quelques jours. Voilà du cinéma qui croit en son histoire et s’appuie sur un scénario, qui mise sur la profondeur des sentiments humains et n’hésite pas s’enfoncer dans la forêt touffue des mémoires collectives. Quelle aventure que ce film dans le film, cette histoire qui retrace l’Histoire, s’y plonge, s’y perd et se regarde pour se comprendre enfin. Le jeu des acteurs est remarquable, Gael García Bernal, en tête. Mais l’étonnant Carlos Aduviri, en victime sacrificielle du régime bolivien, nous laisse un souvenir profond.

Le script est plutôt grand public : « Sebastian, jeune réalisateur passionné et son producteur arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Ce combat pour la justice va bouleverser leur existence. »

La presse s’est ainsi parfois laissé aller sur la pente douce de la critique pour ne voir ici que bons sentiments et prêchi-prêcha alter mondialisme. Il y a cependant, au-delà de cette fresque grand public sélectionnée pour l’Oscar du meilleur film étranger, un cinéma d’auteur d’une intelligence remarquable. Icíar Bollaín est dans la mise en abîmes permanente. Formidable scène où une fillette bolivienne regarde les rushs de la sequence de massacre qu’elle vient de tourner, incarnant ses ancêtres pour le compte de cinéastes espagnols, dont les ancêtres, eux-mêmes… Le regard de l’enfant est saisissant. Le nôtre est impressionné.

 

 

Written by Renaud Meyer

février 14, 2011 at 2:48

« TRON », mon grand-père ce héros

leave a comment »

De jeunes têtes blondes m’y ont entraîné. Je me suis laissé faire, avec des lunettes 3D et des odeurs de pop corn. « Tron, l’héritage », produit par Disney. Une suite, un léger remake, du film presque culte des années 80.

Voilà une nostalgie que l’on pût pourtant éviter. Surtout venant d’un jeune réalisateur, Joseph Kosinski, dont c’est le premier film. Car ce qui faisait certainement l’attrait de l’œuvre originale, à savoir l’éclosion d’un monde nouveau peuplé de jeux vidéos, est devenu un ordinaire qui ne fascine plus. Le cinéma devient lentement l’œuvre de techniciens épris d’artifices technologiques dont les films respirent la mièvrerie.

L’absence de scénario grille tous les fusibles de cette course-poursuite sans queue ni tête dans un jeu vidéo digne d’une série B désuette. Tout y est manichéen, à commencer par l’apologie du logiciel libre contre le méchant géant de l’informatique. On saute et se lance des disques lasers à la manière de Sankukaï. On regarde sa montre, la tête des enfants à côté de soi, le temps qui traîne. Il faudrait sortir de ce cauchemar. « Vite, Flynn, rejoint le portail électronique et sort de ce jeu, même sans ton père, qu’on en finisse. » Ouf !

 

 

Written by Renaud Meyer

février 11, 2011 at 10:01

Publié dans Cinéma

Tagged with , , ,

Sublime Barenboim

leave a comment »

Il est des concerts qui se réservent longtemps à l’avance, se prévoient, s’imaginent. On se bat pour avoir des places, on exulte de les recevoir et on s’y précipite, fébrile et fier, le jour venu. Et puis, il y a ceux que rien ne laissait augurer. Le coup de fil amical, l’invitation du matin pour le concert de 16 heures, le « vous êtes libres, on a deux places ? ». Bonheur furtif et pas vraiment prémédité, mélange d’amitié et de musique, qui montre la vie sous son meilleur jour. Plus encore lorsqu’il s’agit de Daniel Barenboim à la salle Pleyel. Le concert de l’année.

Extraordinaire Barenboim, en ce dimanche de février, qui prit le très réputé Staatskapelle berlinois dans ses bras, l’apprivoisa, le fit danser, tournoyer, virevolter sous sa baguette, ses gestes tendres et ses pas de deux. Energie folle du maître pour incarner le Concerto pour piano n°2 de Bartòk et la Symphonie n°6 de Tchaïkovski. Quatre-vingts musiciens, dont quarante violons et altos, et un immense pianiste, Yefim Bronfman, virtuose extrême, qui nous offrit un quatre mains avec cet autre prodige du piano qu’est Barenboim.

Imaginer un rendez-vous auquel on n’assistera jamais est toujours un peu curieux. C’est pourtant l’occasion de se dire qu’il n’est jamais trop tard et que la prochaine fois….

Barenboim avait déjà honoré Pleyel en 2010 avec Beethoven. 2012 sera peut-être à nouveau mozartien sous la baguette du maestro. On peut en rêver…

 

Written by Renaud Meyer

février 7, 2011 at 1:04