Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for the ‘musique’ Category

Le rêve américain brisé

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June Anderson dans "Norma" (DR : Christian Dresse)

Belle initiative de la Cité de la musique. Un cycle consacré au « Rêve américain » propose ainsi jusqu’au mercredi 2 mars des concerts célébrant ce répertoire trop peu joué qui, de Samuel Barber à Leonard Bernstein, a tant inspiré le cinéma outre-atlantique.

On s’attendait donc samedi dernier à un grand moment en compagnie de June Anderson, soprano américaine à la carrière impressionnante (interprète de Verdi aux côtés de Pavarotti, de Milan à Paris, Londres et Chicago sous la baguette des meilleurs : Bernstein him-self, Maazel, Muti, Levine…). On se régalait d’avance de son « Dream with me » tiré du Peter Pan de Bernstein, elle qui fut récompensée d’un Grammy Award pour son interprétation dans Candide.

L’immense cantatrice n’a rien perdu de son éclat. Elle est intense, précise et adapte sa voix au répertoire avec une conscience aigue de la musique. Seulement voilà, il y avait Joseph Swensen, chef invité de l’Ensemble Orchestral de Paris. Une catastrophe que June Anderson a si bien comprise, qu’elle a quitté le plateau, légèrement vexée de cette mise à mal de son talent. Elle, si attentive aux nuances et à la musicalité, subir les assauts d’un chef taillé pour diriger un troupeau de bovidés. Adieu pianissimo, forte et legato. Il n’y avait qu’un son, vague et sans âme, pas de mordant, pas de musique, rien. Même l’Agnus Dei de Barber, cette œuvre poignante qui servit si bien le film « Platoon », fut une déception.

Il reste les mardi 1er et mercredi 2 mars pour rattraper ce « Rêve américain », puisque Swensen ne sera pas de la partie. Au programme : « Les pionniers américains » avec John Cage et Charles Ives et « Eldorado » où l’on retrouvera les musiques d’Alexandre Desplat, Miles Davis, Philip Glass, Bernard Herrmann et Ennio Morricone. Ces gens-là ont inventé le cinéma. Et la musique qui va avec. On peut tenter…

 

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Written by Renaud Meyer

février 28, 2011 at 12:02

Sublime Barenboim

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Il est des concerts qui se réservent longtemps à l’avance, se prévoient, s’imaginent. On se bat pour avoir des places, on exulte de les recevoir et on s’y précipite, fébrile et fier, le jour venu. Et puis, il y a ceux que rien ne laissait augurer. Le coup de fil amical, l’invitation du matin pour le concert de 16 heures, le « vous êtes libres, on a deux places ? ». Bonheur furtif et pas vraiment prémédité, mélange d’amitié et de musique, qui montre la vie sous son meilleur jour. Plus encore lorsqu’il s’agit de Daniel Barenboim à la salle Pleyel. Le concert de l’année.

Extraordinaire Barenboim, en ce dimanche de février, qui prit le très réputé Staatskapelle berlinois dans ses bras, l’apprivoisa, le fit danser, tournoyer, virevolter sous sa baguette, ses gestes tendres et ses pas de deux. Energie folle du maître pour incarner le Concerto pour piano n°2 de Bartòk et la Symphonie n°6 de Tchaïkovski. Quatre-vingts musiciens, dont quarante violons et altos, et un immense pianiste, Yefim Bronfman, virtuose extrême, qui nous offrit un quatre mains avec cet autre prodige du piano qu’est Barenboim.

Imaginer un rendez-vous auquel on n’assistera jamais est toujours un peu curieux. C’est pourtant l’occasion de se dire qu’il n’est jamais trop tard et que la prochaine fois….

Barenboim avait déjà honoré Pleyel en 2010 avec Beethoven. 2012 sera peut-être à nouveau mozartien sous la baguette du maestro. On peut en rêver…

 

Written by Renaud Meyer

février 7, 2011 at 1:04

Dernier post avant l’oubli

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Emporté par la fête et le vin, je n’aurai plus les idées claires en 2010, alors profitons d’un dernier post avant l’oubli pour évoquer quelles formes l’art et la littérature peuvent prendre sous le sapin. Car au-delà des consoles, peignoirs et autres grilles pains, il est permis d’atteindre la profondeur dans la légèreté, et ainsi de séduire sans se tromper, d’élever sans ennuyer.

Des livres, d’abord. Avec Mathias Enard et son « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » chez Actes Sud. Roman français érudit, poétique et court qui a su flatter l’imagination des jeunes et de leurs aînés (Prix Goncourt des lycéens). La « Purge » de Sofi Oksanen chez Stock est assurément le roman étranger qu’il faut lire, donc offrir. Moins tendre, mais tout aussi séduisant. Et pour ceux qui veulent lier réflexion et simplicité, les « Impromptus » d’André Comte Sponville, parus aux PUF, il y a un moment déjà, seront une redécouverte éclairante. De la simple joie de vivre à l’amour pour Mozart, ce doux chant platonicien est un apaisement réjouissant.

S’il n’est qu’un CD à déposer parmi les paquets, c’est celui d’Hélène Grimaud jouant Bach. Parue en 2008 chez Deutsche Grammophon, cette perle nous ferait presque verser des larmes tant l’on entend Dieu s’exprimer sous les doigts ensorcelés de la pianiste.

Pures merveilles que le Prélude #2 In C Minor et l’allegro du Concerto #1 In D Minor.

La tenue mélodique est superbe, le sentiment d’une puissance fragile.

A en oublier parfois Gould.

 

Et puis, pourquoi pas des places de théâtre dans une petite enveloppe, là, sur un gros paquet doré.

« Un fil à la patte » de Feydeau à la Comédie-Française dans une mise en scène de Jérôme Deschamps, avec Guillaume Gallienne, Thierry Hancisse, Céline Samie, Claude Mathieu et Dominique Constanza.

La profondeur de Feydeau et l’humour de Deschamps, ou l’inverse, peut-être.Un cadeau, certainement.

Une dernière idée… Un abonnement à BOOKS. Le numéro de décembre est remarquable. Un spécial Noël au dossier original : « Jésus, Marie et Judas : qui étaient-ils vraiment ? » Sans compter l’article fondamental de Vargas Llosa sur la Culture et les sous-cultures qui saisit le cœur du problème.

Allez, bye, bonnes fêtes et à l’année prochaine…

Les personnalités culturelles 2010

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Mélanie Laurent et Jérôme Kircher

Le Figaro a demandé à ses lecteurs internautes de voter pour les personnalités culturelles qui ont marqué cette année 2010. Belle initiative, d’autant que le panel des candidats, établi par le journal, était plutôt bien vu, entre figures installées et jeunes surdoués.

Les résultats dessinent une préférence forte des votants pour la jeunesse, les vainqueurs étant Laurent Delahousse pour la télé, Guillaume Canet pour le cinéma, Jérôme Kircher pour le théâtre, Jonas Kaufmann pour la musique, Raphaël pour la chanson et le photographe JR pour les arts.

On ne peut que se féliciter de ces choix – notamment concernant Jérôme Kircher dont le talent rare s’est imposé sur les scènes publiques autant que privées -, même si Raphaël, Canet, Delahousse sonnent un peu consensuels… Enfin, cela vaut mieux que Dany Boon, Drucker et Johnny.

Ce qui saute aux yeux pourtant, c’est l’absence de femmes dans ce palmarès. Les hasards du vote, me direz-vous. Question de panel, pourrait-on répondre. Il faudra y penser en 2011…

 

 

Written by Renaud Meyer

décembre 7, 2010 at 7:46

Grands Prix Sacem 2010

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La SACEM a remis ses Prix, lundi 29 novembre, au théâtre Marigny. Salle comble pour cette représentation d’un jour, éclectique et joyeuse, orchestrée par Isabelle Giordano, douce et réservée, et Ariel Wizman, un brin joueur mais toujours très politiquement correct. Si bien que l’on s’ennuyât un peu sans vraiment trouver le temps long. Une soirée finalement assez proche de ce que nous offre la télé. Quoi de plus normal, en somme, puisque ces deux-là y font profession d’animateurs, et plutôt dignement.

On aura malheureusement retenu peu de choses de ces Grands Prix. Et cela certainement à cause des lauréats, tous englués dans les années 70 dont ils sont issus. On enchaîna les récompenses : Jean-Claude Petit, presque suffisant de recevoir un prix de ses copains de la Sacem (« Trop facile »…), Jean-Michel Jarre (Grand Prix des Musiques électro… Que du neuf !), Christophe, Grand Prix de la chanson, qui nous gratifia de trois titres (On le sentirait presque étonné d’être arrivé jusque-là avec des chansons mièvres et une voix revival pour bobos nostalgiques), Françoise Boulain, Grand Prix de la réalisation (Champs-Elysées, c’est elle…). Même les jeunes avaient un goût de vieux. Benoît Dorémus, Prix Francis Lemarque, est un héritier de Renaud. Et en digne héritier, il chante Paris, mais comme on bidouille une chanson pour la balancer aux voyageurs du métro. Sans voix, sans texte, sans talent.

Florence Foresti sauva la soirée. Grand Prix de l’humour, elle nous fit une parodie de Marion Cotillard recevant son César pour La Môme. Tout y était : la voix de Cotillard, le texte de Cotillard et le talent de Foresti.

En sortant, je me suis souvenu des Grands Prix Sacem 2009 avec Higelin, Grand Prix de la Chanson, qui avait mis le feu au théâtre. Une bulle d’humanité increvable. Vivement l’année prochaine.

Prix Constantin 2010

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Le Prix Constantin 2010 de la révélation musicale a été remis, hier soir, à … l’Olympia. Pour connaître le nom du gagnant, il vous faudra patienter jusqu’à la fin de ce petit papier. Pas sûr d’ailleurs que le nom du lauréat(e) soit la chose la plus remarquable de cette soirée qui n’en finissait pas (quatre heures), mais où jamais l’on ne s’ennuya.

Et tout d’abord, grâce au talent incroyable de Thomas VDB, showman et improvisateur surprenant, chargé d’animer la soirée. Résolument insolent, vif, intelligent, et drôle, il parvient même à nous faire rire en citant l’interminable liste des sponsors. Véritable surprise de cette soirée, Thomas VDB est un Monsieur Loyal qui dit tout haut ce que chacun voudrait crier, faisant de ses intermèdes le moment le plus attendu… Ainsi de demander à Arnaud Fleurent-Didier comment se passent les castings pour recruter ses musiciennes décidément sexy, à Camelia Jordana, avec une moue paternelle, si elle trouve vraiment drôle de ne pas avoir passé son bac, à Gush pourquoi ils sont venus à quatre pour l’interview alors qu’un seul aurait suffi tellement ces quatre-là semblent clonés. Impossible de tout retenir. Alors pour ceux que cela amuse, je ne saurais trop leur conseiller la diffusion de cette soirée sur France 4 le 22 novembre à 22 h 40. Le sommet du talent de VDB étant atteint avec l’interview de Zaz, jeune chanteuse qui s’est hissée en tête des charts avec sa chanson « Je veux », vendue à 300 000 ex. cette année. Car c’est tout l’art de VDB que de poser le doigt où il ne faut pas.

A la jeune rebelle qui revendique l’ouverture, la générosité et le rejet des valeurs d’argent, il pose la question. Celle qu’il fallait. « Que vas-tu faire faire de tout cet argent ? » C’est l’insolent au service de la vérité. Voilà Zaz qui se tortille sur son tabouret. On la sent agacée, puis énervée, elle le giflerait bien ce VDB. De quoi il se mêle ? « Pourquoi, c’est sale de gagner de l’argent ? lance Zaz. C’est pas un métier chanteuse ? Il faut que je dorme dans la rue, c’est ça ? » Je ne sais pas, semble répondre VDB. « Moi, je pense que c’est pas bien de gagner de l’argent », répond la jeune fille. En fait, elle ne sait plus si c’est bien ou pas. Ce qu’il faut penser d’elle-même. Elle a dénoncé le Grand Capital, et la voilà à la tête d’une petite fortune. VDB est un miroir impitoyable qui révèle Zaz à elle-même, et à nous par la même occasion. La rebelle n’est qu’une petite bourgeoise qui se dégoûte. Comme si l’argent pouvait changer les êtres. Zaz n’est rien qu’une apparence. La fin de soirée nous le confirmera. Alors qu’elle a chanté ses deux titres dans une petite robe bien sage, bourgeoise et moderne, VDB lui demande où sont passés son foulard grunge et son pantalon hippie. « Tu ne t’intéresses qu’aux apparences », lui répond-elle. Mais quand elle viendra saluer, à minuit, perdante et étonnée, elle aura quitté sa robe trop bourgeoise et remis son pantalon grunge. Zaz avait pourtant tout dit dans sa chanson : « Je veux ». On l’avait comprise…

Le Prix Constantin est bien sûr une soirée musicale. Plutôt réussie. On aura goûté les duos Marc Lavoine (président cette année) avec Carla Bruni (femme d’un autre président) et avec Raphaël (un très réussi « Marilou sous la neige » de Gainsbourg). Et puis, les candidats en lice cette année, Stromae (dont la fougue et le talent apportent un souffle décidemment neuf à la chanson française), Ben l’Oncle Soul (à l’énergie 60’s contagieuse) et Féfé (ce « jeune à la retraite » qui fait bien de travailler comme il le fait). Belle surprise aussi avec Camelia Jordana et son « Lettera », complainte réaliste empreinte de modernité. Moins séduisants les poses dandy de Fleurent-Didier, le trash de Carmen Maria Vega, la pop vue et revue de Gush et le Folk-jazz d’Hindi Zahra, pourtant gagnante du Prix cette année. Voilà, c’est dit, c’est elle.

Eh bien, chantez maintenant

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Photo : Alain Martin

Irène Jacob offre sa fraîcheur, son naturel et sa fragilité depuis quelques années déjà au cinéma aussi bien qu’au théâtre. Elle a été l’héroïne des films de Kieslowski (« La double vie de Véronique » et « Rouge ») qui lui ont valu un Prix d’interprétation à Cannes et une nomination pour le César de la meilleure actrice, avant de se lancer dans une carrière internationale avec Wenders, Antonioni, Auster et Angelopoulos.

Mais comme rien ne plaît autant à Irène Jacob que les défis et le fil sur lequel elle peut être funambule, la voilà lancée, ignorant les hauteurs et la force des vents qui y soufflent. Qu’importe, elle ose, compose et s’impose de toute sa personne.

Irène Jacob chante, les chansons qu’elle a créées avec son frère Francis, compositeur et guitariste, d’une voix légère et fragile. Les textes sont de petites histoires de tous les jours qui lui ressemblent bien et nous font sourire parce qu’on les a un peu vécues. Irène rejoue ces moments de vie avec la sensibilité de l’instant. Elle est charmante, touchante et douce sur ces airs un peu jazzy et world qui lui vont bien.

Après un premier passage aux Trois Baudets à Paris en cette fin juin, elle sera en tournée. Il faut être à l’affût de ses passages ici ou là tant le spectacle est unique.

Written by Renaud Meyer

juin 30, 2010 at 3:01