Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for the ‘prix littéraires’ Category

Mathias Enard, Goncourt des lycéens

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Il y a bien une vie après le Goncourt, quand on n’est pas lauréat. Et cette seconde chance d’entrer dans l’histoire de la littérature, ce sont des lycéens qui l’offrent à un auteur malheureux le jour des résultats du Goncourt, mais heureux dès le lendemain.

Ainsi le Goncourt des lycéens, prix littéraire devenu prestigieux, vient d’être attribué à Mathias Enard. Ce temps, qu’hier encore je proposais de laisser à l’œuvre de Mathias afin qu’elle prenne sa pleine mesure, les lycéens du Goncourt viennent de le dévorer. Une jeunesse qui aurait tort de se priver d’un tel privilège, celui de faire émerger des talents rares.

« Parle-le leur de batailles, de rois et d’éléphants » chez Actes-Sud.

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Written by Renaud Meyer

novembre 9, 2010 at 3:33

De la modernité chez Houellebecq

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Le Goncourt à Houellebecq et le Renaudot à Despentes. Les jurés des prix littéraires ont décidé de ne pas se laisser gagner par la ringardise et d’être de leur temps.

Bien sûr, j’eusse aimé voir Mathias Enard remporter le Goncourt, ce qui n’était pas exclu puisqu’il faisait partie des quatre finalistes. Quelle surprise c’eût été. Nous avons sorti notre premier roman ensemble avec Mathias, suivi les mêmes salons et les premières courses aux petits prix littéraires. Il est brillant, simple, ouvert. De son temps, lui aussi, voyageur, rêveur. « Zone », son précédent roman, étonnant pavé, eût-il eu plus de chance face à Houellebecq ? Pas sûr… Laissons du temps au temps, à l’œuvre de Mathias Enard.

Houellebecq et Despentes sont représentatifs d’une littérature à l’affût de la société qui les entoure. Mais il leur a fallu mettre du sirop dans leur vodka pour séduire les jurés en question. En poliçant une prose trop râpeuse (on pense à « Baise-moi » et « Plateforme »), nos deux auteurs ont fait un pas vers des jurés qui ont pu engager le leur et passer pour les bienfaiteurs d’un avant-gardisme respectable. On est vieux, mais pas has been.

Houellebecq réussit avec « La carte et le territoire » à tracer la route à suivre, laissant son empreinte à qui veut comprendre le siècle, dressant ainsi les arcanes d’une auto-fiction d’anticipation qui n’en est pas une. Là se tient certainement la modernité.

Vargas Llosa, maître à penser

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Voilà Mario Vargas Llosa Prix Nobel de Littérature contre toute attente, la sienne et celle des autres, qu’ils soient bookmakers ou bien admirateurs du maître. C’est le Pérou pour cet écrivain sud-américain qui s’inscrit désormais dans la lignée des Garcia Marquez.

Les curieux vont se ruer sur l’œuvre d’une figure taillée dans le marbre de la littérature et dévorer ses romans, à commencer par son « Tante Julia et le scribouillard ».

Ils feraient bien pourtant de se procurer sans attendre ses « Lettres à un jeune romancier » (Arcades Gallimard), où le maître nous révèle les secrets de l’art du roman, comme Rilke le fit naguère avec la poésie. Somptueuse plongée dans cette usine à imaginaire que l’on croit inviolable, mais dont Vargas Llosa nous offre une visite guidée aussi originale qu’intelligente.

On découvre, dans la boîte à outils du romancier, les instruments qui lui permettent de glisser le lecteur dans sa poche. Le style, l’espace, le temps, le pouvoir de persuasion, les mutations et les sauts qualitatifs apparaissent comme les moyens nécessaires pour que l’histoire devienne une réalité fictionnelle.

Il faut lire et relire ce petit livre. Car ce que réussit divinement Vargas Llosa, c’est donner au lecteur l’envie de devenir un petit horloger de la littérature, comme Flaubert et Cervantès avant lui.

 

Ce que je sais de Véronique Ovaldé

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Ce que je sais de Véronique Ovaldé se résume en peu de mots…

Je sais qu’elle est née en 1972, je sais que c’est une petite brune aux cheveux courts et au sourire intelligent, je sais qu’elle est maman, je sais qu’elle habite dans le dix-huitième arrondissement de Paris, je sais qu’elle aime lire ses textes à voix haute pour en goûter le suc, je sais qu’elle a écrit six romans au seuil, puis chez Actes Sud et à l’Olivier, je sais qu’elle est éditrice chez Albin-Michel, je sais qu’elle est partie d’un nom de lieu (Vatapuna) et d’un nom de personnage (Vera Candida) pour commencer son dernier roman, je sais aussi qu’elle a reçu plusieurs prix littéraires dont le prix Télérama, le prix France Télévision et le Renaudot des Lycéens. Je sais enfin depuis aujourd’hui qu’elle a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle. Vous n’en saurez pas plus. Parce moi-même, je suis à court d’infos sur le personnage, que j’ai pourtant rencontré et trouvé sympathique.

Véronique Ovaldé, dont je sais peu de choses, en sait par contre pas mal sur Vera Candida, dont elle savait peu au départ, si ce n’était son nom et le lieu où sa mère et sa grand-mère avaient vécu, Vatapuna. Et ce que son esprit d’écrivaine en éveil lui a révélé donne un roman captivant.

Ce conte foisonnant nous plonge dans une Amérique du Sud imaginaire où les femmes sont autant les reines que les esclaves d’un royaume tropical sans espoir. Ainsi suit-on l’histoire de Vera Candida et de sa fille, comme le prolongement du destin de Violette, sa mère, et de Rose, sa grand-mère. Des femmes pêcheuses de poissons volants, prostituées, violées, abusées qui se battent et se débattent avec l’amour et la vie, la mort et les souvenirs qui tiennent dans une malle. On pense certainement à Cent ans de solitude, l’un des plus beaux romans jamais écrits, on est pris dès le premier chapitre, on s’ennuie parfois un peu, comme dans toute bonne histoire, et puis la fin nous emporte, sans très bien savoir ce que l’on sait au juste de Vera Candida, certainement comme Ovaldé avant nous.

A quel Toussaint se vouer ?

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Difficile de connaître la vérité sur Toussaint. Pas facile de répondre, de se décider, à l’aimer parce que sa prose est franchement exaltante ou le détester parce que ses histoires sont définitivement sans intérêt.

J’avais abandonné, il y a quelques années, cette « Salle de bain » grâce à laquelle il était entré dans le cénacle des auteurs qui comptent, mais où je m’étais senti furieusement à l’étroit après quarante pages, tellement que j’avais fui avant la fin, pourtant proche, de ce court récit de cent vingt pages.

C’est donc un peu à reculons que je suis entré dans cette « vérité sur Marie », paru chez Minuit, sur les conseils d’une Marie, qui n’est pas ma femme, qui elle aussi s’appelle Marie. Et le hasard (?) veut qu’il y ait deux Marie dans cette histoire…

Toussaint pose implicitement une question essentielle relative au roman, à son art : L’histoire est-elle le nerf de la guerre ou bien un prétexte à déployer un style capable de saisir le lecteur ? Pas de réponse à cela, bien sûr. Car du style, il y en a chez Toussaint, simple et flamboyant, mais trop souvent pour nous égarer, faire de l’auteur un démiurge qui nous promène à sa guise, tandis que les chemins qu’il propose, et nous séduisent d’emblée (le début du roman), il les abandonne à la vitesse de l’éclair, pour nous perdre, trop longtemps, le temps d’un roman, dont la fin pourtant nous emballe.

De la nécessité des prix littéraires

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article_goncourtMaintenant qu’ils ont tous été décernés, on peut en parler avec distance et discernement, avant de les oublier complètement et se dire d’ici quelques années « c’est vrai que machin a eu le Renaudot ».

Que dire des lauréats ? Rien, si ce n’est que les prévisions que je m’étais amusé à faire fin septembre, ici-même, n’étaient pas très éloignées de la réalité qui s’est dessinée début novembre. Marie Ndiaye a bien reçu le Goncourt, son outsider Guenassia le Goncourt des Lycéens, Ovaldé, bonne prétendante du Renaudot a obtenu le Renaudot des lycéens, Beigbeder a osé le Flore pour Liberati, Gwenaëlle Aubry a bien eu le Femina et Yannick Haenel l’Interallié comme prévu, il y a quelques semaines.

La vraie question qui concerne les prix est non pas l’attendu des résultats, mais la conséquence objective de leur obtention au-delà de la jubilation certaine pour le lauréat. Car soit le prix est là pour lancer un livre et en doper les ventes, soit il est là pour récompenser un talent. Dans les deux cas, le public ne doit pas être passé par là avant le jury, faute pour le jury d’être redondant et donc inopérant. Et c’est bien là le problème. Car, sauf exception, les lauréats en question étaient déjà sur la liste des meilleures ventes avant d’obtenir leur prix.

On se plait ainsi à rêver à de vraies surprises, de vrais prix et à un monde littéraire moins parfait, moins prévisible, plus audacieux dans ses choix, emporté par une nouvelle vague qui tarde à venir et que l’édition repousse inlassablement.

Written by Renaud Meyer

novembre 14, 2009 at 5:09