Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Posts Tagged ‘Books

Dernier post avant l’oubli

leave a comment »

Emporté par la fête et le vin, je n’aurai plus les idées claires en 2010, alors profitons d’un dernier post avant l’oubli pour évoquer quelles formes l’art et la littérature peuvent prendre sous le sapin. Car au-delà des consoles, peignoirs et autres grilles pains, il est permis d’atteindre la profondeur dans la légèreté, et ainsi de séduire sans se tromper, d’élever sans ennuyer.

Des livres, d’abord. Avec Mathias Enard et son « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » chez Actes Sud. Roman français érudit, poétique et court qui a su flatter l’imagination des jeunes et de leurs aînés (Prix Goncourt des lycéens). La « Purge » de Sofi Oksanen chez Stock est assurément le roman étranger qu’il faut lire, donc offrir. Moins tendre, mais tout aussi séduisant. Et pour ceux qui veulent lier réflexion et simplicité, les « Impromptus » d’André Comte Sponville, parus aux PUF, il y a un moment déjà, seront une redécouverte éclairante. De la simple joie de vivre à l’amour pour Mozart, ce doux chant platonicien est un apaisement réjouissant.

S’il n’est qu’un CD à déposer parmi les paquets, c’est celui d’Hélène Grimaud jouant Bach. Parue en 2008 chez Deutsche Grammophon, cette perle nous ferait presque verser des larmes tant l’on entend Dieu s’exprimer sous les doigts ensorcelés de la pianiste.

Pures merveilles que le Prélude #2 In C Minor et l’allegro du Concerto #1 In D Minor.

La tenue mélodique est superbe, le sentiment d’une puissance fragile.

A en oublier parfois Gould.

 

Et puis, pourquoi pas des places de théâtre dans une petite enveloppe, là, sur un gros paquet doré.

« Un fil à la patte » de Feydeau à la Comédie-Française dans une mise en scène de Jérôme Deschamps, avec Guillaume Gallienne, Thierry Hancisse, Céline Samie, Claude Mathieu et Dominique Constanza.

La profondeur de Feydeau et l’humour de Deschamps, ou l’inverse, peut-être.Un cadeau, certainement.

Une dernière idée… Un abonnement à BOOKS. Le numéro de décembre est remarquable. Un spécial Noël au dossier original : « Jésus, Marie et Judas : qui étaient-ils vraiment ? » Sans compter l’article fondamental de Vargas Llosa sur la Culture et les sous-cultures qui saisit le cœur du problème.

Allez, bye, bonnes fêtes et à l’année prochaine…

Publicités

Ce mois-ci dans Books

leave a comment »

Le magazine Books ne brade pas sa qualité dans la tempête qui menace sa survie. Difficile de s’imposer dans un paysage dominé par une information brève, éphémère, souvent virtuelle et dont n’importe qui peut désormais être l’auteur.

Books prend le contre-pied en balayant l’actualité du monde par les livres à l’aide de spécialistes qui nous servent des textes denses.

Le numéro de septembre est foisonnant. A côté du dossier du mois sur la dépénalisation des drogues, on sera bien inspiré de lire quelques articles éclairants sur notre monde.

A commencer par la montée en puissance du religieux dans l’armée israélienne, où de jeunes soldats refusent de participer à l’évacuation des colonies. Cette montée de l’insoumission dans une démocratie laïque change la donne. Elle n’est pourtant que le reflet de la société. Durant de nombreuses années, l’armée a constitué un symbole de réussite sociale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, les jeunes élites laïques préférant se tourner vers les professions libérales. C’est ainsi que les religieux se sont rués vers l’armée.

On ne saurait trop recommander par ailleurs les thèses défendues par Harmut Rosa dans un long entretien sur la vitesse qui domine nos sociétés. On y apprend que la vitesse a rendu nos identités instables, que l’on voyage plus vite mais aussi plus loin (et que le gain de temps pour faire autre chose est nul), que nous parlons plus vite (deux fois plus de mots à la minute depuis 1945) mais certainement pas mieux et que la politique n’est plus un facteur d’accélération sociale (les hommes politiques ne servant plus qu’à éteindre les feux). Il ressort donc que tout s’accélère (la technique, le changement social et le rythme de vie), mais que les bienfaits ne sont pas toujours au rendez-vous. Le progrès technique aurait dû permettre aux hommes de dégager du temps pour faire autre chose. On constate cependant que ce temps est octroyé à l’utilisation de ces mêmes machines. Chacun pourra songer au temps qu’il passe à triturer son ordinateur…

Books regorge de sujets comme celui-ci. On les lit, on y revient, on s’en inspire, on en teste les idées autour de soi… Une source de richesse à entretenir.

Written by Renaud Meyer

septembre 10, 2010 at 2:32

Internet contre la démocratie

leave a comment »

Le magazine Books organisait hier un débat à Sciences po sur le thème « Internet contre la démocratie ». Une problématique incandescente à dimension internationale dont Books a fait le cœur de son numéro de mars-avril. On sait désormais la qualité des articles qui paraissent dans Books. Intelligents, novateurs, pointus.

On s’attendait donc à voir émerger de ce débat la quintessence d’une pensée dont la hauteur de vue et la modernité ne manqueraient pas d’être impressionnants. On fut un peu déçus. Auditeurs et intervenants. Par le manque de débat, l’absence de dialogue. Et puis de synthèse, car il n’y en eut point.

Les cas de la Russie, de l’Iran et de la Chine ont été passés au peigne fin. Les régimes totalitaires font d’Internet une arme au service du pouvoir, la censure se double souvent d’une autocensure des Internautes qui s’interdisent d’aborder certains sujets. Quant au cas Russe, il est particulier en cela qu’Internet est le seul médium libre tandis que la presse et la télé sont muselées. Ainsi, Internet ne joue pas contre la démocratie, mais la démocratie permet à Internet de fonctionner librement. De manière moins manichéenne, à chaque régime son Internet.

Ce qui a cependant échappé aux intervenants – à l’exception peut-être de Pierre Assouline, pour qui le Savoir ne saurait être bradé sous couvert de démagogie démocratique et d’Olivier Bomsel, excellent analyste des mécanismes économiques engendrés par le Net et grand défenseur du droit d’auteur -, c’est le nécessaire glissement sémantique qu’il fallait opérer des valeurs démocratiques à celles de la République pour être pertinent face à la question posée.

En effet, la démocratie n’a rien à craindre d’Internet puisque l’essence même du rêve démocratique est la création d’un lien direct entre les hommes sans institutions ni représentativité, ce que revendiquent tous les internautes.

Internet ne menace pas la démocratie, mais les valeurs de la République. L’internaute est dans la jouissance immédiate d’une liberté de tout dire, d’une égalité des savoirs (qu’ils émanent du savant comme du néophyte) et d’une fraternité virtuelle où tout est possible. Cette jouissance sans foi ni loi, et donc sans désir, sans prise en compte de l’autre et du réel, ne peut que saper les valeurs de la République tout en les revendiquant. Et cette jouissance sans limites ni désir est bien au cœur des tensions qui secouent notre société.

Written by Renaud Meyer

mars 17, 2010 at 5:36

Retour au blog

leave a comment »

Quinze jours sans nouvelles. C’est un peu comme si j’avais quitté le pont pour me réfugier dans les cales. Nouvelle version d’une fiction historique pour France Inter sur « Charcot et ses hystériques de la Salpêtrière », réécriture d’une pièce pour le théâtre, ateliers à Paris III, réflexions sur mon prochain roman, rencontres et propositions pour le statut des auteurs. Tout cela a dévoré le temps.

Quelques fulgurances dans cette tempête.

Il faut lire le hors série du magazine Books consacré au tour du monde des bestsellers. Eclairant sur l’industrie du Livre et la création mondiale.

On peut se passer du Cirque de Pékin sous grand chapiteau. On se sent comme dans un immense restaurant chinois avec gymnastes, contorsions et équilibres. De quoi ravir Patrick Sébastien.

Un conseil : lire « Les Innocentes », nouvelles d’Anna de Noailles parues chez Buchet-Chastel. Simplement beau, entre Proust et Beauvoir.

Et peut-être une réflexion sur l’écriture avec mes étudiants : c’est quoi, au fond, un lieu commun dans un texte ? Un personnage caricatural qui a des actions attendues. A discuter.

Written by Renaud Meyer

décembre 7, 2009 at 3:06

Google rend-il stupide ?

leave a comment »

couv-7

C’est un article paru, il y a un an, dans The Atlantic, sous la plume de Nicholas Carr, qui a mis le feu aux poudres. Google rendrait notre cerveau paresseux. Et c’est le fonctionnement du Net dans son ensemble qui nous entraînerait à penser différemment. La thèse de Carr a fait le tour de la planète.

Le mensuel Books, merveille d’intelligence et de pertinence, qui traite de l’actualité à travers les livres du monde, accompagne son septième numéro d’un dossier de quarante pages consacrées à un sujet complexe et explosif : « Internet rend-il encore plus bête ? » C’est donc supposer que nous l’étions déjà et que surfer sur le net n’aurait fait qu’accentuer les choses.

La grande question est ici de savoir si Internet est en train de tirer un trait sur la culture humaniste fondée sur la réflexion et le livre au profit du partage virtuel entre le plus grand nombre et de la gestion rapide des connaissances.

Books passe en revue des questions d’un intérêt remarquable avec une acuité qui ne faiblit pas à mesure que l’on avance dans le dossier. Tout est éclairant et jamais manichéen. Car de réponse, il n’y en a pas.

Oui, la lecture est en berne, Internet favorise l’amateurisme et l’à-peu-près, le cerveau devient paresseux, la toile laisse la place à tous les égocentrismes. Mais les auteurs du dossier de constater que la culture grecque était avant tout orale, que l’écrit y était synonyme de paresse intellectuelle, que les jeux sur ordinateur favorisent chez les jeunes le développement de compétences complexes et que la baisse du niveau culturel n’est pas due à Internet, mais au système scolaire. Que croire, alors ? Rien, si ce n’est que le monde change, qu’il sera différent demain, que l’on perdra d’une main ce que l’on gagnera de l’autre.

Les déchaînements autour de la loi Hadopi sur le téléchargement illégal permettent de mesurer l’écart entre les interlocuteurs. C’est l’affrontement de deux cultures, de deux âges, de deux conceptions du monde, et ce débat nous rappelle que les batailles entre Anciens et Modernes sont veilles comme le monde.

Alors deux conseils utiles : achetez Books (ou abonnez-vous !) pour vous faire une opinion et vous sentir moins bêtes ! Et n’oubliez pas qu’Internet n’est qu’un outil au service de la pensée et que célébrer un tube cathodique, une puce électronique ou du papier vous fera paraître définitivement stupide.

Written by Renaud Meyer

juin 28, 2009 at 6:50