Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Posts Tagged ‘Buchet-Chastel

« L’annonce » de Marie-Hélène Lafon

leave a comment »

Raconter les amours de Paul, quarante-six ans, paysan à Fridières dans le Cantal, et d’Annette, divorcée de trente-sept ans qui vit dans le Nord avec son fils Eric, dont le père a fait de la prison, ça n’est pas très « vendeur ». On a vu Annonce plus alléchante…

D’autant que le style de ce cinquième roman de Marie-Hélène Lafon, paru chez Buchet-Chastel, est léché, travaillé, buriné par les heures et le talent. Et cela dérange un peu au début.

« La nuit de Fridières ne tombait pas, elle montait à l’assaut, elle prenait les maisons les bêtes et les gens, elle suintait de partout à la fois, s’insinuait, noyait d’encre les contours des choses, des corps, avalait les arbres, les pierres, effaçait les chemins, gommait, broyait. »

Comment la brutalité de la campagne peut-elle s’accommoder des ornementations d’un tel style ?

C’est ce que l’on finit par comprendre en suivant les protagonistes de cette histoire simple et forte. Car l’auteur sait ce que c’est que la littérature. Elle a compris qu’il faut des mots rares pour ne pas tuer le quotidien de la campagne. L’authentique jaillit du détail. Et Marie-Hélène Lafon fait mouche.

On est pris par cette histoire qui nous entraîne comme elle tient ses personnages dans les mailles de sa prose ; des êtres simples, à peine doués pour la vie, mais d’une vérité inaltérable.

Publicités

Written by Renaud Meyer

janvier 2, 2010 at 8:05

Retour au blog

leave a comment »

Quinze jours sans nouvelles. C’est un peu comme si j’avais quitté le pont pour me réfugier dans les cales. Nouvelle version d’une fiction historique pour France Inter sur « Charcot et ses hystériques de la Salpêtrière », réécriture d’une pièce pour le théâtre, ateliers à Paris III, réflexions sur mon prochain roman, rencontres et propositions pour le statut des auteurs. Tout cela a dévoré le temps.

Quelques fulgurances dans cette tempête.

Il faut lire le hors série du magazine Books consacré au tour du monde des bestsellers. Eclairant sur l’industrie du Livre et la création mondiale.

On peut se passer du Cirque de Pékin sous grand chapiteau. On se sent comme dans un immense restaurant chinois avec gymnastes, contorsions et équilibres. De quoi ravir Patrick Sébastien.

Un conseil : lire « Les Innocentes », nouvelles d’Anna de Noailles parues chez Buchet-Chastel. Simplement beau, entre Proust et Beauvoir.

Et peut-être une réflexion sur l’écriture avec mes étudiants : c’est quoi, au fond, un lieu commun dans un texte ? Un personnage caricatural qui a des actions attendues. A discuter.

Written by Renaud Meyer

décembre 7, 2009 at 3:06

Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand

with 10 comments

La situation des écrivains est fragile. Ce constat n’est pas nouveau. Mais notre volonté de défendre notre métier autant que son objet, le livre, nous apparaît essentiel. Voilà pourquoi nous avons décidé avec Xavier Houssin et Laurence Tardieu d’adresser une lettre ouverte à Frédéric Mitterrand afin d’attirer son attention sur le statut des auteurs de l’écrit. Cette lettre a paru dans Livres Hebdo vendredi dernier et paraîtra dans Marianne samedi prochain. En voici la teneur…

DE LIVRES ET D’EAU FRAÎCHE ?

Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand

Par Xavier Houssin, Renaud Meyer, Laurence Tardieu*

Être écrivain et pouvoir continuer à l’être. Depuis combien de temps, Monsieur le Ministre, parle-t-on de notre statut ? Un problème rebattu, penseront certains. Hélas, surtout peu débattu…

La mise en place de la mission « Création et Internet », que vous avez confiée à Patrick Zelnik, Jacques Toubon et Guillaume Cerutti, et qui doit rendre ses conclusions le 15 novembre prochain, nous apparaît l’occasion de rouvrir le débat avec vous. Nous avons besoin de vous, Monsieur le Ministre. Pour vivre.

La plupart des acteurs du monde artistique sont représentés par des instances corporatives et bénéficient d’un statut social protecteur. C’est le cas des professionnels de la télévision, du cinéma, du théâtre et de la danse.

Pour exemples, le créateur d’une œuvre audiovisuelle perçoit une rémunération en sa qualité d’auteur et un salaire pour son travail technique durant le tournage et sa préparation. Lorsqu’il ne travaille pas, il est pris en charge par l’assurance-chômage. Un acteur de cinéma touche un salaire, peut percevoir des indemnités de chômage et reçoit une rémunération supplémentaire si le film dans lequel il a joué est diffusé à la télévision.

Les écrivains mettent un, deux ans, ou plus, pour écrire un livre. Les moins mal lotis perçoivent une avance sur leurs droits d’auteur qui, la plupart du temps, se situe aux alentours de 1500 euros et touchent de 5 à 15 % des ventes une fois cet à-valoir remboursé à l’éditeur. L’absence de statut social protecteur et la précarité financière qui en découle génèrent la multiplication des petits boulots de l’écrit, allant de la pige à la rédaction publicitaire, qui diluent l’œuvre dans la grande marmite des occupations économiquement nécessaires.

Considérez-vous, Monsieur le Ministre, qu’écrivain est un métier et qu’il faut que les gens qui l’exercent puissent en vivre ? Et pensez-vous, en la matière, que cela devrait participer de cette fameuse « exception culturelle française » à laquelle nous sommes si attachés ?

Certes, l’écrivain n’est pas l’unique acteur du livre, mais il en est l’intention première. Et il serait juste qu’il ne demeure pas le seul à ne pouvoir en vivre, tandis que d’autres acteurs de la chaîne du livre (diffuseurs, éditeurs, libraires) y ont leur statut social et y trouvent, pour certains, une réelle pérennité financière.

Le rapport rédigé par Sophie Barluet en 2007 et la mission Gaymard sur la situation du livre de mars 2009 ont insisté, chacun, sur la nécessité de maintenir le prix unique du livre et aussi de soutenir les différents acteurs de sa chaîne afin de préserver, toujours, cette « exception française ». Qu’en est-il dans la réalité ?

Le rapport Gaymard estime à quelque 55 000 les auteurs de livres en France, qu’il s’agisse des écrivains, des illustrateurs ou encore des traducteurs. Sur ce nombre, seuls 2500 dépendent de l’AGESSA (Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs à laquelle l’affiliation n’est possible qu’à partir de 7500 euros de revenus annuels), et vivent donc majoritairement avec les droits perçus au titre de la propriété littéraire et artistique. Les autres doivent exercer une activité différente à titre principal. Les 7500 euros nécessaires pour être pris en compte par l’AGESSA peuvent, certes, être atteints sous conditions grâce à des revenus annexes comme des interventions en milieu scolaire ou l’animation de débats. S’agit-il du même métier ? Les bourses d’aide à l’écriture, les résidences d’écrivains restent gouttes d’eau dans l’océan des Lettres. N’est-il pas temps de repenser vraiment la place des écrivains dans l’environnement culturel et de leur assurer ainsi des moyens financiers pour avancer dans leur travail ?

En 1927, Edouard Herriot déposait un projet de loi visant à créer une Caisse nationale des lettres alimentée par une taxe sur les œuvres entrant dans le domaine public. Financer la création des auteurs vivants par le succès des auteurs disparus ? Belle idée. Quelles avancées depuis ?

La Société des auteurs et compositeurs dramatiques vient de faire 10 propositions dans le cadre de la mission « création et Internet ». Parmi celles-ci figurent la création d’un compte de soutien aux auteurs d’œuvres audiovisuelles auprès du Centre national du cinéma, ainsi que la contribution à un fond de soutien à la création des recettes publicitaires générées par Internet. Ces propositions, qui ne concernent que les auteurs dramatiques et le monde audiovisuel, sont l’exemple d’un véritable engagement. Mais qu’en est-il des auteurs de l’écrit dans ce débat sur l’économie numérique ?

Serait-il aberrant d’imaginer par exemple, en demeurant au cœur de cette question, que l’on puisse réfléchir autour du « droit de suite », comme il existe sur les ventes successives des œuvres d’arts plastiques ? Un auteur doit-il être exclu des bénéfices de la revente de son livre sur Internet ? Au moment où cette revente des ouvrages via un certain nombre de réseaux de distribution devient un élément à part entière de la chaîne de diffusion du livre, est-il possible de se passer d’une régulation qui intègre ces nouveaux acteurs ? La condamnation des pratiques de numérisation sauvage des livres par Google montre d’ailleurs combien cet attachement à l’écrit et au droit d’auteur n’a pas disparu malgré les avancées technologiques.

Toutes ces questions, vous le savez, font partie intégrante de l’avenir du livre. Les auteurs désirent votre écoute, Monsieur le Ministre. Et ils attendent de participer activement à ce débat, convaincus que leurs propositions peuvent contribuer à construire l’avenir.

  • Xavier Houssin est écrivain et journaliste. Dernier titre paru : La mort de ma mère. Buchet-Chastel, 2009.
  • Renaud Meyer est écrivain et comédien. Dernier titre paru : Tabloïds. Le Mercure de France, 2006.
  • Laurence Tardieu est écrivain. Dernier titre paru : Un temps fou. Stock, 2009.

La mort de ma mère, de Xavier Houssin

leave a comment »

imagesLe texte simple et magnifique de Xavier Houssin paru récemment chez Buchet-Chastel nous invite, avec la pudeur propre à son auteur, aux heures douloureuses de l’adieu à la mère.

Une centaine de pages d’une force incroyable où les souvenirs d’enfance se mêlent au drame trop proche.

Il y a cette main de la mère, comme un motif permanent, qu’il ne faut pas lâcher, tenir, soutenir, blottie dans celles du fils, l’ultime lien entre ces deux êtres. Partout des souvenirs, des questions, un inéluctable vers lequel on court.

Et puis ce sentiment puissant de la vie et des rôles qu’elle nous assigne : « Je suis tout près, Maman. Dis, tu m’entends un peu… J’aimerais tellement tu sais. On est comme au début. En inversant les rôles. Ces deux premiers moments de notre vie à deux. Toute seule avec moi. Tu m’avais mis au monde. Ces souvenirs de nous, c’est toi qui les emportes. Je n’ai vu que des photos. C’était à la clinique de la rue Ducouédic. Sur la table de nuit était posé un livre. Titre impossible à lire. Tu me tenais si près dans le creux de tes bras. Combien de jours sommes-nous restés ? Et pourquoi cet endroit ? … Je n’ai que des questions. Pardon, je te fatigue. Je reprends doucement. J’ai envie de te dire. De remonter les pas. Une dernière fois. Avec toi. Avec toi. »

Une beauté minuscule et fragile à tenir entre ses doigts à l’ombre d’une terrasse en ce début d’été.

Written by Renaud Meyer

juin 26, 2009 at 2:25