Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Même la pluie

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« Même la pluie », long-métrage excellentissime de la réalisatrice espagnole Icíar Bollaín, est toujours à l’affiche. Il faut s’y ruer. L’antithèse de cet ovni vieillot de « Tron », dont je relatais le naufrage annoncé, il y a quelques jours. Voilà du cinéma qui croit en son histoire et s’appuie sur un scénario, qui mise sur la profondeur des sentiments humains et n’hésite pas s’enfoncer dans la forêt touffue des mémoires collectives. Quelle aventure que ce film dans le film, cette histoire qui retrace l’Histoire, s’y plonge, s’y perd et se regarde pour se comprendre enfin. Le jeu des acteurs est remarquable, Gael García Bernal, en tête. Mais l’étonnant Carlos Aduviri, en victime sacrificielle du régime bolivien, nous laisse un souvenir profond.

Le script est plutôt grand public : « Sebastian, jeune réalisateur passionné et son producteur arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Ce combat pour la justice va bouleverser leur existence. »

La presse s’est ainsi parfois laissé aller sur la pente douce de la critique pour ne voir ici que bons sentiments et prêchi-prêcha alter mondialisme. Il y a cependant, au-delà de cette fresque grand public sélectionnée pour l’Oscar du meilleur film étranger, un cinéma d’auteur d’une intelligence remarquable. Icíar Bollaín est dans la mise en abîmes permanente. Formidable scène où une fillette bolivienne regarde les rushs de la sequence de massacre qu’elle vient de tourner, incarnant ses ancêtres pour le compte de cinéastes espagnols, dont les ancêtres, eux-mêmes… Le regard de l’enfant est saisissant. Le nôtre est impressionné.

 

 

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Written by Renaud Meyer

février 14, 2011 at 2:48