Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Posts Tagged ‘Comédie-Française

Irrésistible « Fil à la patte »

leave a comment »

 

La Comédie-Française donne, jusqu’au 18 juin 2011, le « Fil à la patte » de Georges Feydeau dans une mise en scène de Jérôme Deschamps. Pourquoi ? Oui, c’est vrai, pourquoi ? Tant de fois monté, ce Feydeau-là, cette machine usée par le temps et les traces de générations d’acteurs depuis plus de cent ans.

C’est que l’auteur a du génie. Celui de nous entraîner, avec les acteurs, aux précipices de la folie, de la toucher du doigt et d’en sentir la chaleur sans vraiment se brûler. Feydeau exalte la démence des acteurs, l’extase du « ça », l’irrépressible des corps emportés par les situations. Et quand les acteurs sont grands, le spectacle est immense, d’une folie gigantesque, jubilatoire, à pleurer. Il faut des mouchoirs pour Racine. Il en faut aussi pour Feydeau.

Ô, comme Guillaume Gallienne atteint des sommets de vérité dans sa Miss Betting, consumant ce qu’il est – sexe, âge, langue -, pour faire naître son personnage. Christian Hecq, drôlissime Bouzin, n’est plus qu’un corps au service de l’histoire, son prolongement charnel, inscrivant dans ses gestes ce que l’auteur rêvait d’exprimer dans ses mots. La troupe est sublime. Elle sait jouer Feydeau. Chacun chatouillant son monde intérieur avec délectation. Et tout cela sonne juste, jusque dans la composition. Celle de Thierry Hancisse, campant un général aux accents sud-américains, est un délice.

Ce Fil est irrésistible ; j’y ai pleuré de rire comme jamais et mon ado de fils m’a avoué en sortant qu’il pourrait revoir la pièce au moins trois fois. C’est dire qu’il ne faut pas rater ce Feydeau-là, pour rien, et surtout pas un autre spectacle.

 

Publicités

Written by Renaud Meyer

mars 6, 2011 at 7:07

Aller au théâtre

leave a comment »

Pascal Greggory et Valérie Bruni-Tedeschi

Je croise souvent des gens qui me disent : « Qu’est-ce qu’il faut voir au théâtre en ce moment ? » Je suis toujours un peu saisi par cette question curieuse, comme si cela n’allait pas de soi, ce qu’il faut voir, ce qui est beau, juste, fort, comme une évidence qui s’impose par un texte, un nom, un lieu. Ethnocentrisme dont il est difficile de se dégager quand on est tombé dans la marmite du théâtre. Ecouter le goût de l’autre en le guidant. Pas simple.

Alors, ce qu’il faut voir en cette rentrée de janvier 2011…

Il faut tenter les expériences comparatives. Aller voir « Un fil à la patte » de Feydeau à la Comédie-Française dans une mise en scène désopilante de Jérôme Deschamps et « Du mariage au divorce », montage de quatre pièces du même auteur dans une mise en scène d’Alain Françon avec Eric Elmosnino (très remarqué Gainsbourg de Jonathan Sfar) au théâtre Marigny. On peut rester dans le même théâtre, pour rire encore, avec « L’amour, la mort, les fringues » sous la baguette de Danièle Thomson qui nous propose elle aussi une expérience : changer la distribution du spectacle tous les mois en ne mettant sur scène que des stars de cinéma. Vous pourrez ainsi voir Karin Viard et Bernadette Lafont en janvier, Miou Miou, Sylvie Testud, Ariane Ascaride en février, Sylvie Vartan, Mathilde Seigner, Tonie Marshall en mars. Et pour ceux que les larmes et l’émotion ravissent, ils se presseront au théâtre de la ville applaudir le « Rêve d’automne » de Jon Fosse mis en scène par Patrice Chéreau avec Pascal Greggory et Valéria Bruni-Tesdeschi (la sœur de). Il reste des places jusqu’au 25 janvier.

Tout cela vous évitera Alain Delon et sa fille, Laspalès et Chevalier dans le « Dîner de cons » et Clavier dans « La cage aux folles ». Enfin, le Bien et le Beau se discutant…

 

 

Dernier post avant l’oubli

leave a comment »

Emporté par la fête et le vin, je n’aurai plus les idées claires en 2010, alors profitons d’un dernier post avant l’oubli pour évoquer quelles formes l’art et la littérature peuvent prendre sous le sapin. Car au-delà des consoles, peignoirs et autres grilles pains, il est permis d’atteindre la profondeur dans la légèreté, et ainsi de séduire sans se tromper, d’élever sans ennuyer.

Des livres, d’abord. Avec Mathias Enard et son « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » chez Actes Sud. Roman français érudit, poétique et court qui a su flatter l’imagination des jeunes et de leurs aînés (Prix Goncourt des lycéens). La « Purge » de Sofi Oksanen chez Stock est assurément le roman étranger qu’il faut lire, donc offrir. Moins tendre, mais tout aussi séduisant. Et pour ceux qui veulent lier réflexion et simplicité, les « Impromptus » d’André Comte Sponville, parus aux PUF, il y a un moment déjà, seront une redécouverte éclairante. De la simple joie de vivre à l’amour pour Mozart, ce doux chant platonicien est un apaisement réjouissant.

S’il n’est qu’un CD à déposer parmi les paquets, c’est celui d’Hélène Grimaud jouant Bach. Parue en 2008 chez Deutsche Grammophon, cette perle nous ferait presque verser des larmes tant l’on entend Dieu s’exprimer sous les doigts ensorcelés de la pianiste.

Pures merveilles que le Prélude #2 In C Minor et l’allegro du Concerto #1 In D Minor.

La tenue mélodique est superbe, le sentiment d’une puissance fragile.

A en oublier parfois Gould.

 

Et puis, pourquoi pas des places de théâtre dans une petite enveloppe, là, sur un gros paquet doré.

« Un fil à la patte » de Feydeau à la Comédie-Française dans une mise en scène de Jérôme Deschamps, avec Guillaume Gallienne, Thierry Hancisse, Céline Samie, Claude Mathieu et Dominique Constanza.

La profondeur de Feydeau et l’humour de Deschamps, ou l’inverse, peut-être.Un cadeau, certainement.

Une dernière idée… Un abonnement à BOOKS. Le numéro de décembre est remarquable. Un spécial Noël au dossier original : « Jésus, Marie et Judas : qui étaient-ils vraiment ? » Sans compter l’article fondamental de Vargas Llosa sur la Culture et les sous-cultures qui saisit le cœur du problème.

Allez, bye, bonnes fêtes et à l’année prochaine…

Prix Radio « Beaumarchais-France Culture-France Inter »

leave a comment »

Carine Lacroix

L’association Beaumarchais, émanation de la SACD chargée de soutenir les auteurs du théâtre, de la télévision, du cinéma, de la radio et des arts du cirque dans leurs projets accorde chaque année des bourses dans ces différents domaines.

L’association vient de remettre, avec le concours de France Culture et France Inter, deux bourses pour la Radio. Les lauréats verront ainsi leurs projets réalisés sur l’antenne publique dans le courant 2011. Le choix s’est porté sur Carine Lacroix et René Garbelotto.

On connaît Carine Lacroix avant tout pour son théâtre. « Burn Baby Burn » a rencontré un beau succès en France, au Studio de la Comédie-Française, ainsi qu’à l’étranger. Elle développe une dramaturgie sociale à la marge, empreinte de poésie et d’une certaine douceur au goût amer. Il y a de l’enfance brisée et un univers qui n’est pas sans rappeler Tennessee Williams. Difficile de ne pas succomber. Ce fut le cas des membres de cette commission dont j’étais. « Ecoute », projet de fiction d’une heure pour France Culture verra donc le jour en 2011.

René Garbelotto est une découverte. Ce qu’il propose est furieusement étrange autant qu’infiniment séduisant. Comme Garbelotto lui-même, qui a fait tous les métiers avant de se passionner pour la philosophie. « Meurtre à l’Empédocle » est une fiction de vingt minutes pour France Inter. Un meurtre sous le signe des éléments, à commencer par la terre, qui a envahi un appartement dont les propriétaires ont disparu. L’inspecteur peine à ouvrir la porte. A l’intérieur, des tonnes de terre charriée jour après jour pour former une grotte dans laquelle se dessine un chemin qui mène ailleurs. La base du polar…

Donner son avis sur le travail des autres est une expérience incomparable. Ce qu’il faut mettre dans une lettre de présentation, un résumé, une bio. Ce qui séduit. Ce qui rebute. Le bon sujet. La bonne accroche. J’en ai retenu une leçon essentielle : Choisir son sujet et soigner l’attaque. Le cœur l’emporte avant la tête.

 

La Parisienne

leave a comment »

Qui n’a jamais été jaloux de façon maladive, intempestive, incontrôlable ? Qui n’a jamais été trompé ? Qui n’a jamais désiré sans être désiré ? Ceux-là, peu nombreux, ne seront pas nécessairement touchés par « La Parisienne » de Becque qui vient de débuter au Théâtre Montparnasse. Les autres peuvent s’y précipiter.

Cette pièce créée en 1885 au théâtre de la Renaissance, et entrée au répertoire de la Comédie-Française quelques années plus tard, est devenue un classique du genre. Pourtant, que l’on ne s’y trompe pas. Le genre en question est tout en clair-obscur, demi-teintes, faux-semblants. S’y glissent la comédie, le drame, la peinture de mœurs. Nous ne sommes ni chez Feydeau, ni chez Dumas-fils, ni chez Ibsen. Nous sommes chez Becque. Et même si la modernité du propos n’est plus aussi neuve, même si la structure dramatique n’est pas très solide, le jeu en vaut la chandelle, car derrière cette glace sans tain dans laquelle se regardent La Parisienne, son mari et son amant, c’est nous que l’on devine. Personne n’est heureux en ce monde-là et personne n’est malheureux complètement, pour peu qu’il accepte son sort. Un peu de fatum dans la comédie de mœurs.

Barbara Schulz est merveilleuse de finesse et de naturel, Jérôme Kircher drôle, fantasque, étonnant, jouant tous deux cette partition de façon résolument moderne sous la baguette du metteur en scène, Didier Long, fin stratège des sentiments. Quant à Didier Brice, il campe ici un mari idéalement innocent qui nous réjouit. Les ombres passent, et l’on entend tout ce qui se trame grâce à la musique de François Peyrony, valse grinçante d’une boîte à musique détraquée.

« La Parisienne » nous laisse comme au sortir d’un rêve, avec le sentiment étrange d’avoir assisté à quelque instant intime qui nous concerne et que l’on a peut-être vécu, dans une autre vie.

Ça piaille au Français

leave a comment »

Déjà un petit mois que « Les oiseaux » d’Aristophane battent des ailes dans leur volière dorée de la Comédie-Française. Critiques assassines pour cette entrée au répertoire d’Aristophane, auteur grec de comédies féroces et sociales concoctées avant Jésus-Christ.

Alfredo Arias a choisi de mettre en scène ces oiseaux dans les décors de la place Colette, où s’élève la figure imposante du théâtre français. Les volatils sont chez lui des comédiens et l’intrigue tend un fil aussi simple que fin, construire une cité entre ciel et terre où les oiseaux seront rois.

Costumes élégants et emplumés, comédiens drôlissimes, tant ils maîtrisent cette distance amusée vis à vis de leur propre art (en tête l’excellent Loïc Corbery, au tragique émouvant et à la grâce rare), décors étonnants de réalisme (on croirait n’avoir pas quitté la place Colette) et intermèdes comiques plutôt frais.

Alors pourquoi tant de reproches critiques ? Il est certain qu’Arias aurait pu aller plus loin, réunir tous les acteurs de la Comédie-Française sur la scène afin de porter son idée au plus haut, engager des chanteurs en nombre pour les parties chantées, bref nous éblouir un peu plus. La raison de cette pâleur est certainement financière. Mais ce spectacle préserve une chose essentielle : son auteur. Car c’est cela Aristophane : une grosse farce sociale et grinçante chargée de nous divertir.

J’avais à côté de moi un jeune garçon qui entre dans l’adolescence. Il n’a cessé de rire de cet enchantement. Alors un conseil, courez-y et n’écoutez pas les langues chagrines et trop orthodoxes.

Written by Renaud Meyer

mai 13, 2010 at 7:17

Vitez et ses enfants

leave a comment »

Vingt ans qu’Antoine Vitez a disparu. Le dernier engagé. Le dernier enragé. Du théâtre, de la cause, du texte et des acteurs. Il faut se souvenir de lui. Se souvenir que le théâtre peut être liberté de faire et de penser, un art en mutation permanente, parce que vivant. C’est certainement un truisme. Mais combien de spectacles morts avant la première ?

Les lieux de mémoire vitézienne s’offrent à vous cette année (*). Et pourquoi pas un retour à Avignon ou Chaillot, là où le maître a laissé son empreinte ? Le parcours de Vitez est, en effet, exemplaire. On en retiendra l’échec à l’entrée du Conservatoire (quel espoir pour les impétrants malheureux), la création du « soulier de Satin » dans la Cour d’Honneur, la direction de la Comédie-Française. Et tant de créations importantes. Il y eut l’homme aussi. « Antoine », disaient ses acteurs du Français et d’ailleurs. Restent une certaine image de lui, et quelques héritiers comme Aurélien Recoing, l’ange du Soulier de Satin, tout juste engagé à la Comédie-Française. On ne put rêver meilleur hommage…

* Jusqu’au 28 mai 2010 du lundi au vendredi de 9 heures à 17 h 30

Antoine Vitez, photographe, exposition Portraits au miroir

Théâre du Vieux-Colombier • 21, rue du Vieux-Colombier • 75006 Paris

Lecture-hommage autour de l’École, au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, le 14 mai 2010, par des professeurs et des élèves du Conservatoire.

Le 15 mai 2010, de 15 heures à 22 heures, Vitez par la voix, vestiges des mises en scènes les Cloches de Bâle, la Célestine et Électre d’Antoine Vitez, mises en voix par des anciens de l’École de Chaillot, sous la direction de Robert Cantarella et projection du film Antoine Vitez : Journal intime de théâtre, réalisé par Fabienne Pascaud.

Written by Renaud Meyer

mai 5, 2010 at 12:28