Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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A quel Toussaint se vouer ?

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Difficile de connaître la vérité sur Toussaint. Pas facile de répondre, de se décider, à l’aimer parce que sa prose est franchement exaltante ou le détester parce que ses histoires sont définitivement sans intérêt.

J’avais abandonné, il y a quelques années, cette « Salle de bain » grâce à laquelle il était entré dans le cénacle des auteurs qui comptent, mais où je m’étais senti furieusement à l’étroit après quarante pages, tellement que j’avais fui avant la fin, pourtant proche, de ce court récit de cent vingt pages.

C’est donc un peu à reculons que je suis entré dans cette « vérité sur Marie », paru chez Minuit, sur les conseils d’une Marie, qui n’est pas ma femme, qui elle aussi s’appelle Marie. Et le hasard (?) veut qu’il y ait deux Marie dans cette histoire…

Toussaint pose implicitement une question essentielle relative au roman, à son art : L’histoire est-elle le nerf de la guerre ou bien un prétexte à déployer un style capable de saisir le lecteur ? Pas de réponse à cela, bien sûr. Car du style, il y en a chez Toussaint, simple et flamboyant, mais trop souvent pour nous égarer, faire de l’auteur un démiurge qui nous promène à sa guise, tandis que les chemins qu’il propose, et nous séduisent d’emblée (le début du roman), il les abandonne à la vitesse de l’éclair, pour nous perdre, trop longtemps, le temps d’un roman, dont la fin pourtant nous emballe.

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Les années 60 de Mauvignier et Guenassia

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A défaut de se précipiter sur les nouveautés de janvier, on peut revenir, avec la liberté que procure l’absence d’articles dans la presse et de courses aux prix littéraires, sur les romans que l’on s’est efforcé de bouder parce que trop vendus, trop prisés, trop vantés.

Sur le grand élastique des années 60 que les romanciers commencent à tirer pour éprouver notre mémoire collective et lancer quelques pierres dans le jardin de la littérature, on retrouve à chaque extrémité Guenassia et Mauvignier.

Ce que l’un propose, l’autre l’évite ; et ce qui fait la force de Mauvignier accentue les faiblesses de Guenassia, et inversement.

Mauvignier pour « Des hommes », un retour en profondeur sur cette mémoire de la guerre d’Algérie qui n’en finit pas de poursuivre ses survivants. Si bien que le passé s’incruste jusque dans les gestes de ces anciens appelés après des années. C’est intense, intime, avec un verbe travaillé qui fait la marque des éditions de Minuit.

Guenassia pour « Le club des Incorrigibles Optimistes », un retour séduisant sur les souvenirs épars et rêvés de ces années 60 marquées par la guerre d’Algérie, mais du côté de la métropole. On croise Kessel et Sartre, on tresse des scoubidous, on va à la piscine Molitor. Le lecteur se laisse aller à cette musique légère et fluide. Un rythme doux, apaisant, presque attachant, des scènes, des personnages, un gros roman douillet.

Bien sûr, les détails de cette épopée de 756 pages sonnent souvent comme des clichés sur l’époque, un saupoudrage glané dans le Quid qui donne à l’ensemble un côté factice et fait de ce roman ambitieux un costume trop petit, oublié dans le placard de l’adolescence. Pourtant, la force de Guenassia est que l’on ne lâche pas son histoire simple, menée à hauteur d’hommes. Et c’est peut-être ce qui finit par manquer à Mauvignier. Pas de clichés chez lui. Tout est puisé dans la profondeur de l’époque, sa documentation est d’une précision d’orfèvre. Mais les scènes qui s’incrustent dans notre mémoire sont celles de la guerre et non celles des personnages qu’il agite.

Le risque serait dans les deux cas qu’à force de tirer sur l’élastique, ce soit le lecteur qui se retrouve avec un bout de caoutchouc dans la main. Cela n’arrive pas, par miracle, et le plaisir est grand chez Mauvignier comme chez Guenassia.