Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Le Paris de Woddy Allen

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Raconter le dernier Woody Allen serait criminel. Car tout dans ce road movie parisien se joue sur la surprise des rencontres. On lâchera seulement qu’il y est question des déambulations nocturnes d’un scénariste américain qui se rêve romancier dans un Paris fantasmé.

On pourrait reprocher en l’occurrence à ce Paris by night un peu trop léché ses airs de carte postale dont Jeunet s’est saoulé dans « Amélie Poulain », mais c’est ici pour la bonne cause d’un film construit justement sur le fantasme.

Ce qui séduit dans ce nouvel opus, qui en rappelle bien d’autres à commencer par « La rose pourpre », c’est la mise en route joyeuse de notre imaginaire, comme si cette fiction qui diffracte l’espace et le temps n’était là que pour nous permettre d’inventer nos vies en compagnie d’êtres qui nous ont fait rêver.

Le jeu mis en scène par Woody Allen saisit, faisant apparaître dans le présent du héros des personnages mythiques qui s’y incrustent avec naturel. Expérience hallucinatoire pour lui autant que pour le spectateur. Et qui peut prendre même des aspects troublants… le hasard ayant voulu que je construise récemment une fiction autour de certains des personnages qui surgissent dans le film. Magie du cinéma qui m’a fait prendre subitement la place du héros confronté malgré lui aux personnages de son imaginaire.

Dans ce « Midnight in Paris », Woody Allen raconte quelque chose de son histoire de cinéaste, éternel scénariste d’Hollywood insatisfait de n’être pas Flaubert ou Kafka, qui nous démontre par a contrario que c’est en se refusant d’être ce qu’il ne pourra atteindre qu’il dépasse sa condition et créé une œuvre digne de ceux qu’il vénère et dont il s’inspire.

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Written by Renaud Meyer

juin 4, 2011 at 10:03

Vargas Llosa, maître à penser

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Voilà Mario Vargas Llosa Prix Nobel de Littérature contre toute attente, la sienne et celle des autres, qu’ils soient bookmakers ou bien admirateurs du maître. C’est le Pérou pour cet écrivain sud-américain qui s’inscrit désormais dans la lignée des Garcia Marquez.

Les curieux vont se ruer sur l’œuvre d’une figure taillée dans le marbre de la littérature et dévorer ses romans, à commencer par son « Tante Julia et le scribouillard ».

Ils feraient bien pourtant de se procurer sans attendre ses « Lettres à un jeune romancier » (Arcades Gallimard), où le maître nous révèle les secrets de l’art du roman, comme Rilke le fit naguère avec la poésie. Somptueuse plongée dans cette usine à imaginaire que l’on croit inviolable, mais dont Vargas Llosa nous offre une visite guidée aussi originale qu’intelligente.

On découvre, dans la boîte à outils du romancier, les instruments qui lui permettent de glisser le lecteur dans sa poche. Le style, l’espace, le temps, le pouvoir de persuasion, les mutations et les sauts qualitatifs apparaissent comme les moyens nécessaires pour que l’histoire devienne une réalité fictionnelle.

Il faut lire et relire ce petit livre. Car ce que réussit divinement Vargas Llosa, c’est donner au lecteur l’envie de devenir un petit horloger de la littérature, comme Flaubert et Cervantès avant lui.