Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Rapport Zelnik : décevant…

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Le rapport Zelnik, intitulé « Création et Internet », vient d’être rendu.

On comprend à sa lecture que ses auteurs et ceux qui ont contribué à sa rédaction ont voulu ménager la chèvre et le chou, dynamiser des secteurs culturels touchés par le boum d’Internet, amadouer des internautes que les pratiques rendent tout-puissants et faire de l’Etat un pivot de cette nouvelle donne qu’il peine à maîtriser. Certaines analyses sont d’ailleurs pertinentes et dignes que l’on s’y attarde.

Mais le détail des mesures laisse perplexe et n’a qu’un mérite, celui d’être un peu décevant.

Créer une carte « Musique en ligne » pour inciter les jeunes internautes à ne pas télécharger illégalement est un vœu pieux qui témoigne d’une méconnaissance flagrante du terrain et des pratiques.

Il est évident que le chemin de la régulation est le seul qui puisse être efficace en la matière. Nous avons fait des propositions en ce sens au Ministère concernant le Livre, et aucune n’a été retenue. L’alignement du régime du livre numérique sur celui du livre papier est la solution adoptée. Prix unique et numérisation à outrance. Là encore, c’est se tromper sur les pratiques des Français. A tout le moins concernant le roman. Le numérique n’est l’avenir que du livre technique. On sait pertinemment qui lit quoi. Et ceux-là sont très éloignés de l’univers numérique.

Chacun jugera de l’opportunité des mesures et, avec le temps, de leur efficacité…

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Written by Renaud Meyer

janvier 8, 2010 at 4:57

Création et Internet

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_DSC0106Chroniquer la rentrée littéraire, théâtrale ou cinématographique est un plaisir autant qu’une mission d’intérêt général. Mais il faut avouer que si toutes les œuvres finissent par disparaître dans le trou Internet, l’exercice tiendra bientôt du supplice de Sisyphe. Alors soyons un peu austères en cette rentrée, histoire de sauver ce qui nous fait encore vivre et vibrer. Car le sujet qui m’occupe, le sujet central, est bien celui-là : Internet et les créateurs. J’aurai, ici et ailleurs, l’occasion d’y revenir.

Les créateurs ont longtemps cherché à faire de leurs œuvres des actes politiques, s’inscrivant ainsi dans leur temps par une prise en charge affective de la société. L’artiste revendiquait sa liberté, son insolence, ses choix face au pouvoir en s’appuyant sur ceux qui le soutenaient. Et si le politique favorisait son épanouissement, l’artiste demeurait maître de sa parole, gardien de son œuvre, investissant son temps par son art.

Il faut avouer que la culture a implosé et que ses acteurs n’ont plus cette liberté. Non que le politique se soit empressé de la leur confisquer, mais simplement parce que notre temps fait des œuvres une denrée commune, transformant le bien de l’artiste en droit à consommer pour tous.

Et voilà le politique volant au secours de l’artiste.

Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture, a lancé hier une mission de réflexion intitulée « création et Internet ». Il a chargé Patrick Zelnik, Président d’Impala et Président-directeur général de Naïve, de conduire une mission sur le développement de l’offre culturelle en ligne et la rémunération des créateurs et des entreprises des industries culturelles pour la diffusion de leurs œuvres sur Internet.  Jacques Toubon,  ancien ministre de la Culture,  ainsi  que Guillaume Cerutti,  Président  de Sotheby’s France, seront les deux autres membres de cette mission.

Pour Frédéric Mitterrand, la lutte contre le piratage des œuvres, via notamment Hadopi, constitue une condition nécessaire, mais non suffisante, pour faire d’Internet un vecteur privilégié de la diffusion de contenus culturels. L’objectif de la mission est donc de permettre aux consommateurs, aussi bien qu’aux acteurs de la création, de tirer tous les bénéfices de ce nouveau cadre juridique. Il s’agira ainsi de faciliter la circulation des œuvres et la libération des droits de celles-ci, et d’offrir un juste prix aux consommateurs. Quant à la rémunération des acteurs de la création, celle-ci devra tenir compte des ressources dégagées par les nouveaux modèles économiques. « Le progrès technique ne veut pas dire qu’il y ait obsolescence des principes », a rappelé Frédéric Mitterrand.

Cette mission, si institutionnalisée soit-elle, est une double chance. D’abord, parce qu’elle sera peut-être l’occasion pour tous les acteurs culturels d’être consultés sur leur avenir. Gens du cinéma, du théâtre, de la musique, de la danse, du livre. Ensuite, parce que le but de la mission est de trouver un équilibre entre les différents interlocuteurs (industriels, créateurs, consommateurs). Et c’est là que le politique doit, par son action, permettre au créateur de maîtriser à nouveau son champ d’investigation, afin que l’œuvre demeure un acte libre qui ne soit confisqué ni par le consommateur, ni par l’industriel.

Google rend-il stupide ?

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C’est un article paru, il y a un an, dans The Atlantic, sous la plume de Nicholas Carr, qui a mis le feu aux poudres. Google rendrait notre cerveau paresseux. Et c’est le fonctionnement du Net dans son ensemble qui nous entraînerait à penser différemment. La thèse de Carr a fait le tour de la planète.

Le mensuel Books, merveille d’intelligence et de pertinence, qui traite de l’actualité à travers les livres du monde, accompagne son septième numéro d’un dossier de quarante pages consacrées à un sujet complexe et explosif : « Internet rend-il encore plus bête ? » C’est donc supposer que nous l’étions déjà et que surfer sur le net n’aurait fait qu’accentuer les choses.

La grande question est ici de savoir si Internet est en train de tirer un trait sur la culture humaniste fondée sur la réflexion et le livre au profit du partage virtuel entre le plus grand nombre et de la gestion rapide des connaissances.

Books passe en revue des questions d’un intérêt remarquable avec une acuité qui ne faiblit pas à mesure que l’on avance dans le dossier. Tout est éclairant et jamais manichéen. Car de réponse, il n’y en a pas.

Oui, la lecture est en berne, Internet favorise l’amateurisme et l’à-peu-près, le cerveau devient paresseux, la toile laisse la place à tous les égocentrismes. Mais les auteurs du dossier de constater que la culture grecque était avant tout orale, que l’écrit y était synonyme de paresse intellectuelle, que les jeux sur ordinateur favorisent chez les jeunes le développement de compétences complexes et que la baisse du niveau culturel n’est pas due à Internet, mais au système scolaire. Que croire, alors ? Rien, si ce n’est que le monde change, qu’il sera différent demain, que l’on perdra d’une main ce que l’on gagnera de l’autre.

Les déchaînements autour de la loi Hadopi sur le téléchargement illégal permettent de mesurer l’écart entre les interlocuteurs. C’est l’affrontement de deux cultures, de deux âges, de deux conceptions du monde, et ce débat nous rappelle que les batailles entre Anciens et Modernes sont veilles comme le monde.

Alors deux conseils utiles : achetez Books (ou abonnez-vous !) pour vous faire une opinion et vous sentir moins bêtes ! Et n’oubliez pas qu’Internet n’est qu’un outil au service de la pensée et que célébrer un tube cathodique, une puce électronique ou du papier vous fera paraître définitivement stupide.

Written by Renaud Meyer

juin 28, 2009 at 6:50