Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Posts Tagged ‘Ibsen

La Parisienne

leave a comment »

Qui n’a jamais été jaloux de façon maladive, intempestive, incontrôlable ? Qui n’a jamais été trompé ? Qui n’a jamais désiré sans être désiré ? Ceux-là, peu nombreux, ne seront pas nécessairement touchés par « La Parisienne » de Becque qui vient de débuter au Théâtre Montparnasse. Les autres peuvent s’y précipiter.

Cette pièce créée en 1885 au théâtre de la Renaissance, et entrée au répertoire de la Comédie-Française quelques années plus tard, est devenue un classique du genre. Pourtant, que l’on ne s’y trompe pas. Le genre en question est tout en clair-obscur, demi-teintes, faux-semblants. S’y glissent la comédie, le drame, la peinture de mœurs. Nous ne sommes ni chez Feydeau, ni chez Dumas-fils, ni chez Ibsen. Nous sommes chez Becque. Et même si la modernité du propos n’est plus aussi neuve, même si la structure dramatique n’est pas très solide, le jeu en vaut la chandelle, car derrière cette glace sans tain dans laquelle se regardent La Parisienne, son mari et son amant, c’est nous que l’on devine. Personne n’est heureux en ce monde-là et personne n’est malheureux complètement, pour peu qu’il accepte son sort. Un peu de fatum dans la comédie de mœurs.

Barbara Schulz est merveilleuse de finesse et de naturel, Jérôme Kircher drôle, fantasque, étonnant, jouant tous deux cette partition de façon résolument moderne sous la baguette du metteur en scène, Didier Long, fin stratège des sentiments. Quant à Didier Brice, il campe ici un mari idéalement innocent qui nous réjouit. Les ombres passent, et l’on entend tout ce qui se trame grâce à la musique de François Peyrony, valse grinçante d’une boîte à musique détraquée.

« La Parisienne » nous laisse comme au sortir d’un rêve, avec le sentiment étrange d’avoir assisté à quelque instant intime qui nous concerne et que l’on a peut-être vécu, dans une autre vie.

La rentrée théâtrale, tendance

with one comment

On aurait pu dire de la saison précédente qu’elle avait été marquée par la frénésie des metteurs en scène à vouloir monter « La maison de poupée » d’Ibsen. Théâtre de la Madeleine, Amandiers de Nanterre, théâtre de l’Athénée, théâtre de la Colline. Et je crois en oublier…

On pourrait dire, avec la saison qui s’ouvre, que la tendance sera à l’accentuation d’un phénomène amorcé depuis quelques années déjà : la venue au théâtre des gens de cinéma. A commencer par les actrices, qui sautent le pas avec un aplomb étonnant. Julie Depardieu jouera Guitry, Alice Taglioni et Elodie Navarre seront au théâtre de l’Atelier, Sara Forestier au Studio des Champs-Élysées, Mélanie Doutey avec Jacques Weber…

Certains théâtres n’hésitent pas à ne programmer que des stars venues du septième art. A la Madeleine, après Julie Depardieu, ce sera Thierry Lhermitte, Dussolier et Arestrup (qui bien entendu ont tous commencé par le théâtre). Et même les réalisateurs s’y mettent. Après Patrice Leconte, c’est Bertrand Blier qui se colle à la mise en scène.

Une tendance qui ne s’inscrit pas uniquement dans des structures privées puisque des lieux comme le théâtre du Rond-Point suivent la même pente. On y retrouve cette saison Marina Foïs, Emmanuelle Devos, Isabelle Carré et même Bénabar. On ne peut que se féliciter de cet entrain. Le théâtre n’est pas mort.

Faut-il aller chercher les raisons de ce sauvetage du théâtre par le cinéma du côté de la mauvaise santé de ce dernier ? On sait que son économie est fragile. Budgets difficiles à boucler, projets au long cours, recettes mises à mal par l’arrivée d’internet et du téléchargement. Ce cinéma qui devait tuer le théâtre finira-t-il par le sauver ? Juste retour des choses et indispensable retour aux sources.

Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser qu’individuellement les acteurs trouvent là une puissance dramaturgique à leur mesure que le cinéma a perdue à force de s’appuyer uniquement sur l’image et le casting.