Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Un, deux, trois, partez !

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Frères Goncourt

On peut, bien sûr, attendre que les nombreux jurés des multiples prix littéraires de l’automne annoncent les heureux lauréats, puis se précipiter chez son libraire pour acquérir les perles que d’aucuns, éditeurs,  attaché(e)s de presse, journalistes auront polies soigneusement au fil des mois pour en faire des objets incontournables. Et l’on sera parfois déçu de tant d’éloges ou bien agréablement surpris que l’œuvre ait ainsi résisté à tant d’assauts médiatico-laudatifs. « Les Bienveillantes » fut un exemple remarquable de cette destinée tricotée par avance. Annoncée, sanctifiée, dénoncée, parfois dévorée, toujours achetée, exportée, pas souvent terminée, trônant sur toutes les étagères.

On peut aussi s’amuser à deviner qui seront les favoris et les outsiders dans chacune des catégories, une fois les listes rendues publiques. Je ne résiste pas à m’y adonner et encourage qui veut à se lancer dans la course aux pronostics.

Dans la catégorie Prix Nobel de littérature, je penche comme les bookmakers londoniens pour Amos Oz, Israël étant au cœur des enjeux du monde, mais il doit se méfier de Joyce Carol Oates dont l’œuvre colossale en fait un outsider sérieux.

Pour le Goncourt, la favorite est incontestablement Marie NDiaye. Passage chez Gallimard, écriture de plus en plus léchée et déjà titulaire du Femina avec son magnifique « Rosie Carpe ». La maison de la rue Sébastien Bottin mise sur elle. Mais Jean-Michel Guenassia et son « Club des incorrigibles optimistes » pourraient l’emporter contre toute attente. Premier roman volumineux paru chez Albin-Michel et dont le regard sur les années soixante peut en séduire plus d’un.

Côté Renaudot, « l’enfant de Berlin » pourrait faire d’Anne Wiazemsky une lauréate crédible. Déjà auréolée du Goncourt des lycéens et du Grand prix du roman de l’Académie française, elle suivrait sa juste route. Mais Véronique Ovaldé pourrait lui ravir la place si elle n’a pas le Goncourt des lycéens, justement.

Plongé dans la lecture délicieuse du « Ciel de Bay city » de Catherine Mavrikakis, je ne peux m’empêcher de penser à elle pour le Femina. Une façon également de récompenser son éditrice, Sabine Wespieser, qui sait allier réussite et engagement littéraire. Elle devra cependant compter avec Brigitte Giraud, dont le talent s’affine et s’affirme au fil des rentrées et Gwenaëlle Aubry qui s’affiche partout avec « Personne ».

Yannick Haenel pourrait bien avoir l’Interallié après avoir raflé le Prix du roman Fnac. Et Justine Levy le Médicis, histoire de suivre les pas de papa…

Quant à Frédéric Beigbeder, osera-t-il donner le Prix de Flore ou le Prix Décembre à son ami Simon Liberati, sélectionné par deux fois ? Réponse bientôt.

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La rentrée des écrivains

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754_3300Les écrivains sont finalement des élèves bien sages, dressés à l’ancienne par des éditeurs soucieux du rythme des saisons et de la rigueur inculquée par les anciens. Septembre doit demeurer septembre, un éditeur doit y présenter ses meilleurs poulains et un écrivain qui se respecte ne doit pas se tourner les pouces lorsque sonne la cloche. D’ailleurs, à cet instant précis, le bon élève doit avoir déjà remis sa copie au professeur.

En cette rentrée, on retrouve étrangement les mêmes têtes, les mêmes titres, comme ailleurs les gommes ont une odeur retrouvée et les récrés résonnent des mêmes cris. Ça rassure tout le monde. Le lecteur, l’éditeur, le libraire. On sait qui mettre en pile, qui acheter, qui élire meilleur élève début novembre pour le tableau d’excellence.

Et dans la cour, car l’écrivain qui veut réussir se doit de fréquenter davantage la cour que la classe, on distingue cet étrange phénomène de bandes et d’âmes errantes portant leur solitude comme une marque de leur originalité.

Bandes d’ambianceurs qui se serrent les coudes et brandissent avec négligence leurs devoirs de vacances comme un passe-temps qui les dépasse. Ils y parlent de l’époque, de la nuit, de la drogue et des femmes. Tous copains de virées, jeunes, riches, intelligents et désœuvrés. Frédéric Beigbeder, Simon Liberati, comme en d’autres saisons Floriant Zeller.

Sous d’autres platanes, on croise les transfuges qui gagneront la première place en changeant discrètement d’éditeur. Cette année ce sera Marie NDiaye qui quitte Minuit pour Gallimard.

Plus loin, ces élèves doués dont la rigueur métronomique nous gratifie d’un roman de cent pages en septembre de chaque année. Première des ventes encore une fois, Amélie et son « Voyage d’hiver », son meilleur roman depuis cinq ans, dit-on un peu partout dans la cour. C’est qu’ils ont, ces écrivains de la cour des grands, un étrange don d’ubiquité qui leur permet de faire parler d’eux, ici et ailleurs en même temps, sur France 2, France 5 et Canal Plus dans la même soirée.

Quant aux petits qui se sont frayé une place dans cette cour-là, on les remarque tout de suite. Véronique Ovaldé qui réussit cette année à se mettre au premier rang sans avoir à pousser des coudes. Jean-Michel Guenassia, premier roman, dont le « club des incorrigibles optimistes » a déjà fait le tour de l’école parce qu’il ne parle ni de drogue chez les riches, ni de guerre en Irak, ni de suicides dans le Nord de la France par temps pluvieux.

Il y a bien sûr tous les autres – près de six cents -, studieux, ombres qui passent, un stylo à la main et l’espoir au fond du cœur.

C’est finalement curieux cette façon toute française de faire de la littérature, avec ses devoirs et ses bons élèves toujours prêts à parader en une cour automnale, galvanisés par la note, le hochet, le paraître.

Septembre demeure septembre, avec ses habitudes recouvrées, ses étés indiens et ses entêtements sans importance.