Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Grands Prix Sacem 2010

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La SACEM a remis ses Prix, lundi 29 novembre, au théâtre Marigny. Salle comble pour cette représentation d’un jour, éclectique et joyeuse, orchestrée par Isabelle Giordano, douce et réservée, et Ariel Wizman, un brin joueur mais toujours très politiquement correct. Si bien que l’on s’ennuyât un peu sans vraiment trouver le temps long. Une soirée finalement assez proche de ce que nous offre la télé. Quoi de plus normal, en somme, puisque ces deux-là y font profession d’animateurs, et plutôt dignement.

On aura malheureusement retenu peu de choses de ces Grands Prix. Et cela certainement à cause des lauréats, tous englués dans les années 70 dont ils sont issus. On enchaîna les récompenses : Jean-Claude Petit, presque suffisant de recevoir un prix de ses copains de la Sacem (« Trop facile »…), Jean-Michel Jarre (Grand Prix des Musiques électro… Que du neuf !), Christophe, Grand Prix de la chanson, qui nous gratifia de trois titres (On le sentirait presque étonné d’être arrivé jusque-là avec des chansons mièvres et une voix revival pour bobos nostalgiques), Françoise Boulain, Grand Prix de la réalisation (Champs-Elysées, c’est elle…). Même les jeunes avaient un goût de vieux. Benoît Dorémus, Prix Francis Lemarque, est un héritier de Renaud. Et en digne héritier, il chante Paris, mais comme on bidouille une chanson pour la balancer aux voyageurs du métro. Sans voix, sans texte, sans talent.

Florence Foresti sauva la soirée. Grand Prix de l’humour, elle nous fit une parodie de Marion Cotillard recevant son César pour La Môme. Tout y était : la voix de Cotillard, le texte de Cotillard et le talent de Foresti.

En sortant, je me suis souvenu des Grands Prix Sacem 2009 avec Higelin, Grand Prix de la Chanson, qui avait mis le feu au théâtre. Une bulle d’humanité increvable. Vivement l’année prochaine.

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Rêver, peut-être

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image_img_e1visuel5Les comédiens sont tout le temps en vacances et jamais en vacances. A peine ont-ils rangé les décors des festivals d’été que les voilà déjà prêts à entamer la rentée. Les vacances de l’intermittence. Et les colonnes Morris de se couvrir d’affiches. Listes des pièces de la saison pour le théâtre public, visages énormes des vedettes, jeunes ou vieilles, pour le privé. Choisir dans cette forêt touffue est un exercice complexe. Et j’avoue ne pas être guidé par une envie irrépressible de me ruer dans un théâtre en ce début de saison.

Nul besoin d’assister aux « Diablogues » avec Muriel Robin et Annie Grégorio, si grandes soient-elles, dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes. J’entends déjà les répliques, je sais comment Muriel Robin les dira, ses appuis, ses mimiques, ses façons. C’est tellement pour elle, tellement attendu, tellement entendu. Dubillard joué au Rond-Point la saison dernière, avec deux stars masculines. Ça sonne comme du déjà-vu, de l’idée pour remplir une salle. Que dire d’ailleurs de cette « Grasse matinée » d’Obaldia aux Mathurins, sans le moindre intérêt si ce n’est de mettre en scène Cyrielle Clair. Et la « Cage aux folles » avec Clavier et Bourdon ? Le théâtre privé opère un revival 70’s tout à fait affligeant.

Quant au théâtre public, que propose-t-il ? Le théâtre de la Colline, repris cette année par le jeune et talentueux Braunschweig, s’embourbe dans une guerre de tranchées contre la fraîcheur et le grand public, déjà lancée par Alain Françon. La programmation est à peine croyable. Les auteurs à l’affiche ? Gerhart Hauptmann, Frank Wedekind, Daniel Keene, Tankred Dorst, Dea Loher, Marius von Mayenburg, Ibsen, et… Koltès. Quelle promotion des auteurs français contemporains… Quant à l’un des deux artistes invités, Michael Thalheimer, metteur en scène allemand, qu’on en juge par la brochure qui le présente : « Tous ses spectacles font le pari d’une esthétique radicale, impitoyable. Ce qu’il nous donne à voir est un monde sans illusions, où l’utopie n’a guère droit de cité et où les rapports de force et de pouvoir prédominent ». ça donne envie !

Je rêve parfois de théâtre, je veux dire d’un spectacle dont la simple évocation me pousserait à tout abandonner pour y courir. L’opéra offre cela parfois. Un chef immense, une production qui fait rêver.

Je l’avoue, le théâtre a du mal désormais à provoquer cela chez moi. J’y suis allé beaucoup, depuis que je suis capable de me tenir debout, j’y ai joué pas mal, un peu partout, et je ne crois pas qu’il soit mort ; il est là, attendant de se réveiller.

Il manque au théâtre l’alchimie de deux ou trois personnalités capables de grandes ambitions pour le public et de beaucoup d’audace pour eux-mêmes. Il y a ici et là des tentatives qui ne sont pas rien. « Le partage de Midi » à Marigny, reprise d’une création de la Comédie-Française dans un théâtre privé avec une valeur montante du cinéma, Marina Hands. Belle incursion. Comme le reprise de « La douleur » de Duras à l’Atelier, avec Dominique Blanc dans une mise en scène de Patrice Chéreau. Juliette Binoche à Marigny. Des tentatives de Jean-Michel Ribes au Rond-Point avec des auteurs contemporains. Quelques idées au théâtre Montparnasse, à la Comédie des Champs-Elysées, au théâtre Antoine, suivant les saisons. Mais une idée colossale déplaçant les foules…

J’ai été frappé par un documentaire consacré à Gérard Philipe, star mondiale du cinéma des années 50, rejoignant Vilar pour faire du théâtre ; son nom suit l’ordre alphabétique au même titre que ses camarades, tout comme son salaire !

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Voilà l’événement que nous attendons tous. Un acteur que le cinéma s’arrache quittant ses plateaux de tournage pour incarner le grand personnage d’une pièce contemporaine, sur une scène du théâtre public, là où on ne l’attend pas. S’il y a un revival à opérer, c’est bien celui-là.

La Comédie-Française pourrait créer cela. Inviter une actrice ou un acteur français immenses, dans son théâtre, pour une création, comme jadis le fit Raimu. C’est là une grande idée qui honorerait le théâtre. Vincent Cassel, Mathieu Amalric, Marion Cotillard.

Rêver, peut-être. Le reste n’est que poussière.