Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Posts Tagged ‘musique

Création et Internet

leave a comment »

_DSC0106Chroniquer la rentrée littéraire, théâtrale ou cinématographique est un plaisir autant qu’une mission d’intérêt général. Mais il faut avouer que si toutes les œuvres finissent par disparaître dans le trou Internet, l’exercice tiendra bientôt du supplice de Sisyphe. Alors soyons un peu austères en cette rentrée, histoire de sauver ce qui nous fait encore vivre et vibrer. Car le sujet qui m’occupe, le sujet central, est bien celui-là : Internet et les créateurs. J’aurai, ici et ailleurs, l’occasion d’y revenir.

Les créateurs ont longtemps cherché à faire de leurs œuvres des actes politiques, s’inscrivant ainsi dans leur temps par une prise en charge affective de la société. L’artiste revendiquait sa liberté, son insolence, ses choix face au pouvoir en s’appuyant sur ceux qui le soutenaient. Et si le politique favorisait son épanouissement, l’artiste demeurait maître de sa parole, gardien de son œuvre, investissant son temps par son art.

Il faut avouer que la culture a implosé et que ses acteurs n’ont plus cette liberté. Non que le politique se soit empressé de la leur confisquer, mais simplement parce que notre temps fait des œuvres une denrée commune, transformant le bien de l’artiste en droit à consommer pour tous.

Et voilà le politique volant au secours de l’artiste.

Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture, a lancé hier une mission de réflexion intitulée « création et Internet ». Il a chargé Patrick Zelnik, Président d’Impala et Président-directeur général de Naïve, de conduire une mission sur le développement de l’offre culturelle en ligne et la rémunération des créateurs et des entreprises des industries culturelles pour la diffusion de leurs œuvres sur Internet.  Jacques Toubon,  ancien ministre de la Culture,  ainsi  que Guillaume Cerutti,  Président  de Sotheby’s France, seront les deux autres membres de cette mission.

Pour Frédéric Mitterrand, la lutte contre le piratage des œuvres, via notamment Hadopi, constitue une condition nécessaire, mais non suffisante, pour faire d’Internet un vecteur privilégié de la diffusion de contenus culturels. L’objectif de la mission est donc de permettre aux consommateurs, aussi bien qu’aux acteurs de la création, de tirer tous les bénéfices de ce nouveau cadre juridique. Il s’agira ainsi de faciliter la circulation des œuvres et la libération des droits de celles-ci, et d’offrir un juste prix aux consommateurs. Quant à la rémunération des acteurs de la création, celle-ci devra tenir compte des ressources dégagées par les nouveaux modèles économiques. « Le progrès technique ne veut pas dire qu’il y ait obsolescence des principes », a rappelé Frédéric Mitterrand.

Cette mission, si institutionnalisée soit-elle, est une double chance. D’abord, parce qu’elle sera peut-être l’occasion pour tous les acteurs culturels d’être consultés sur leur avenir. Gens du cinéma, du théâtre, de la musique, de la danse, du livre. Ensuite, parce que le but de la mission est de trouver un équilibre entre les différents interlocuteurs (industriels, créateurs, consommateurs). Et c’est là que le politique doit, par son action, permettre au créateur de maîtriser à nouveau son champ d’investigation, afin que l’œuvre demeure un acte libre qui ne soit confisqué ni par le consommateur, ni par l’industriel.

Publicités

Voir Aix et mourir

with one comment

une-lueur-dans-le-crepuscule,M24063En ce début d’été, la chaleur prend les corps sans ménagement, les fige, les trempe, les plaque au sol. Comment supporter une soirée de gala, encravaté, souriant, débordant de bonheur estival sans mourir sous le harnais de la représentation ? C’est que la musique du festival d’Aix transforme nos molécules.

« Le crépuscule des dieux » nous fait oublier qui nous sommes. Wagner préfigure le cinémascope. L’action court à la vitesse d’un cheval au galop. La baguette de Sir Simon Rattle est sans failles. Stéphane Braunschweig offre un écrin grandiose à ce drame mythologique. Les voix de Ben Heppner et Katarina Dalayman sont somptueuses. Puissantes, souples, terriblement humaines. Nul besoin d’aimer l’opéra. On est pris par le flot de ces cinq heures qui nous laissent sur le sable, ivres de spectacle et morts du plaisir d’être à peine conscients de ce que l’on vient de vivre.

Aix et son grand théâtre ne sont pas à deux pas. Alors rendez-vous ce lundi 6 juillet à 17 h 30 sur Radio classique pour la retransmission du spectacle dans son intégralité et pour ceux que l’image tenterait, l’acte III sera visible jeudi 09 Juillet à 21h50 sur France 3.

Aix était aussi à mourir de rire tant le grotesque se mêlait au désastre de cet Idoménée, mis en abîme par Olivier Py, pourtant si novateur, créatif, aventureux. Et le ministre en charge de la culture d’assister au naufrage. Allait-il retirer à l’architecte de cette embarcation pourrie les clés de l’Odéon pour les troquer contre celles de quelque cabaret ?

Fallait-il faire de cet opéra de jeunesse une ode à Cocteau sur le parvis glacial de la Défense ? Hommes aux complets noirs, barres métalliques, néons aveuglants, voix sans âme, désaccordées, minuscules. Py s’est voulu plus fort que Mozart jusque dans ce final affligeant où s’y déhanche un travesti et qui jaillit comme une boursouflure.

imagesLe rire d’Amadeus s’élevait dans les hauteurs du théâtre de l’Archevêché quand le rideau s’est baissé sur le sourire gêné du metteur en scène hué par le public. L’auteur s’est vengé avec délectation du démembrement de son œuvre. C’était à mourir.