Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Posts Tagged ‘Prix Nobel de littérature

Vargas Llosa, maître à penser

with one comment

Voilà Mario Vargas Llosa Prix Nobel de Littérature contre toute attente, la sienne et celle des autres, qu’ils soient bookmakers ou bien admirateurs du maître. C’est le Pérou pour cet écrivain sud-américain qui s’inscrit désormais dans la lignée des Garcia Marquez.

Les curieux vont se ruer sur l’œuvre d’une figure taillée dans le marbre de la littérature et dévorer ses romans, à commencer par son « Tante Julia et le scribouillard ».

Ils feraient bien pourtant de se procurer sans attendre ses « Lettres à un jeune romancier » (Arcades Gallimard), où le maître nous révèle les secrets de l’art du roman, comme Rilke le fit naguère avec la poésie. Somptueuse plongée dans cette usine à imaginaire que l’on croit inviolable, mais dont Vargas Llosa nous offre une visite guidée aussi originale qu’intelligente.

On découvre, dans la boîte à outils du romancier, les instruments qui lui permettent de glisser le lecteur dans sa poche. Le style, l’espace, le temps, le pouvoir de persuasion, les mutations et les sauts qualitatifs apparaissent comme les moyens nécessaires pour que l’histoire devienne une réalité fictionnelle.

Il faut lire et relire ce petit livre. Car ce que réussit divinement Vargas Llosa, c’est donner au lecteur l’envie de devenir un petit horloger de la littérature, comme Flaubert et Cervantès avant lui.

 

Publicités

Un, deux, trois, partez !

leave a comment »

Frères Goncourt

On peut, bien sûr, attendre que les nombreux jurés des multiples prix littéraires de l’automne annoncent les heureux lauréats, puis se précipiter chez son libraire pour acquérir les perles que d’aucuns, éditeurs,  attaché(e)s de presse, journalistes auront polies soigneusement au fil des mois pour en faire des objets incontournables. Et l’on sera parfois déçu de tant d’éloges ou bien agréablement surpris que l’œuvre ait ainsi résisté à tant d’assauts médiatico-laudatifs. « Les Bienveillantes » fut un exemple remarquable de cette destinée tricotée par avance. Annoncée, sanctifiée, dénoncée, parfois dévorée, toujours achetée, exportée, pas souvent terminée, trônant sur toutes les étagères.

On peut aussi s’amuser à deviner qui seront les favoris et les outsiders dans chacune des catégories, une fois les listes rendues publiques. Je ne résiste pas à m’y adonner et encourage qui veut à se lancer dans la course aux pronostics.

Dans la catégorie Prix Nobel de littérature, je penche comme les bookmakers londoniens pour Amos Oz, Israël étant au cœur des enjeux du monde, mais il doit se méfier de Joyce Carol Oates dont l’œuvre colossale en fait un outsider sérieux.

Pour le Goncourt, la favorite est incontestablement Marie NDiaye. Passage chez Gallimard, écriture de plus en plus léchée et déjà titulaire du Femina avec son magnifique « Rosie Carpe ». La maison de la rue Sébastien Bottin mise sur elle. Mais Jean-Michel Guenassia et son « Club des incorrigibles optimistes » pourraient l’emporter contre toute attente. Premier roman volumineux paru chez Albin-Michel et dont le regard sur les années soixante peut en séduire plus d’un.

Côté Renaudot, « l’enfant de Berlin » pourrait faire d’Anne Wiazemsky une lauréate crédible. Déjà auréolée du Goncourt des lycéens et du Grand prix du roman de l’Académie française, elle suivrait sa juste route. Mais Véronique Ovaldé pourrait lui ravir la place si elle n’a pas le Goncourt des lycéens, justement.

Plongé dans la lecture délicieuse du « Ciel de Bay city » de Catherine Mavrikakis, je ne peux m’empêcher de penser à elle pour le Femina. Une façon également de récompenser son éditrice, Sabine Wespieser, qui sait allier réussite et engagement littéraire. Elle devra cependant compter avec Brigitte Giraud, dont le talent s’affine et s’affirme au fil des rentrées et Gwenaëlle Aubry qui s’affiche partout avec « Personne ».

Yannick Haenel pourrait bien avoir l’Interallié après avoir raflé le Prix du roman Fnac. Et Justine Levy le Médicis, histoire de suivre les pas de papa…

Quant à Frédéric Beigbeder, osera-t-il donner le Prix de Flore ou le Prix Décembre à son ami Simon Liberati, sélectionné par deux fois ? Réponse bientôt.