Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Posts Tagged ‘progrès technique

Ce mois-ci dans Books

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Le magazine Books ne brade pas sa qualité dans la tempête qui menace sa survie. Difficile de s’imposer dans un paysage dominé par une information brève, éphémère, souvent virtuelle et dont n’importe qui peut désormais être l’auteur.

Books prend le contre-pied en balayant l’actualité du monde par les livres à l’aide de spécialistes qui nous servent des textes denses.

Le numéro de septembre est foisonnant. A côté du dossier du mois sur la dépénalisation des drogues, on sera bien inspiré de lire quelques articles éclairants sur notre monde.

A commencer par la montée en puissance du religieux dans l’armée israélienne, où de jeunes soldats refusent de participer à l’évacuation des colonies. Cette montée de l’insoumission dans une démocratie laïque change la donne. Elle n’est pourtant que le reflet de la société. Durant de nombreuses années, l’armée a constitué un symbole de réussite sociale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, les jeunes élites laïques préférant se tourner vers les professions libérales. C’est ainsi que les religieux se sont rués vers l’armée.

On ne saurait trop recommander par ailleurs les thèses défendues par Harmut Rosa dans un long entretien sur la vitesse qui domine nos sociétés. On y apprend que la vitesse a rendu nos identités instables, que l’on voyage plus vite mais aussi plus loin (et que le gain de temps pour faire autre chose est nul), que nous parlons plus vite (deux fois plus de mots à la minute depuis 1945) mais certainement pas mieux et que la politique n’est plus un facteur d’accélération sociale (les hommes politiques ne servant plus qu’à éteindre les feux). Il ressort donc que tout s’accélère (la technique, le changement social et le rythme de vie), mais que les bienfaits ne sont pas toujours au rendez-vous. Le progrès technique aurait dû permettre aux hommes de dégager du temps pour faire autre chose. On constate cependant que ce temps est octroyé à l’utilisation de ces mêmes machines. Chacun pourra songer au temps qu’il passe à triturer son ordinateur…

Books regorge de sujets comme celui-ci. On les lit, on y revient, on s’en inspire, on en teste les idées autour de soi… Une source de richesse à entretenir.

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Written by Renaud Meyer

septembre 10, 2010 at 2:32

Création et Internet

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_DSC0106Chroniquer la rentrée littéraire, théâtrale ou cinématographique est un plaisir autant qu’une mission d’intérêt général. Mais il faut avouer que si toutes les œuvres finissent par disparaître dans le trou Internet, l’exercice tiendra bientôt du supplice de Sisyphe. Alors soyons un peu austères en cette rentrée, histoire de sauver ce qui nous fait encore vivre et vibrer. Car le sujet qui m’occupe, le sujet central, est bien celui-là : Internet et les créateurs. J’aurai, ici et ailleurs, l’occasion d’y revenir.

Les créateurs ont longtemps cherché à faire de leurs œuvres des actes politiques, s’inscrivant ainsi dans leur temps par une prise en charge affective de la société. L’artiste revendiquait sa liberté, son insolence, ses choix face au pouvoir en s’appuyant sur ceux qui le soutenaient. Et si le politique favorisait son épanouissement, l’artiste demeurait maître de sa parole, gardien de son œuvre, investissant son temps par son art.

Il faut avouer que la culture a implosé et que ses acteurs n’ont plus cette liberté. Non que le politique se soit empressé de la leur confisquer, mais simplement parce que notre temps fait des œuvres une denrée commune, transformant le bien de l’artiste en droit à consommer pour tous.

Et voilà le politique volant au secours de l’artiste.

Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture, a lancé hier une mission de réflexion intitulée « création et Internet ». Il a chargé Patrick Zelnik, Président d’Impala et Président-directeur général de Naïve, de conduire une mission sur le développement de l’offre culturelle en ligne et la rémunération des créateurs et des entreprises des industries culturelles pour la diffusion de leurs œuvres sur Internet.  Jacques Toubon,  ancien ministre de la Culture,  ainsi  que Guillaume Cerutti,  Président  de Sotheby’s France, seront les deux autres membres de cette mission.

Pour Frédéric Mitterrand, la lutte contre le piratage des œuvres, via notamment Hadopi, constitue une condition nécessaire, mais non suffisante, pour faire d’Internet un vecteur privilégié de la diffusion de contenus culturels. L’objectif de la mission est donc de permettre aux consommateurs, aussi bien qu’aux acteurs de la création, de tirer tous les bénéfices de ce nouveau cadre juridique. Il s’agira ainsi de faciliter la circulation des œuvres et la libération des droits de celles-ci, et d’offrir un juste prix aux consommateurs. Quant à la rémunération des acteurs de la création, celle-ci devra tenir compte des ressources dégagées par les nouveaux modèles économiques. « Le progrès technique ne veut pas dire qu’il y ait obsolescence des principes », a rappelé Frédéric Mitterrand.

Cette mission, si institutionnalisée soit-elle, est une double chance. D’abord, parce qu’elle sera peut-être l’occasion pour tous les acteurs culturels d’être consultés sur leur avenir. Gens du cinéma, du théâtre, de la musique, de la danse, du livre. Ensuite, parce que le but de la mission est de trouver un équilibre entre les différents interlocuteurs (industriels, créateurs, consommateurs). Et c’est là que le politique doit, par son action, permettre au créateur de maîtriser à nouveau son champ d’investigation, afin que l’œuvre demeure un acte libre qui ne soit confisqué ni par le consommateur, ni par l’industriel.