Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Impressions sur Monet

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Il faudrait rester des heures devant une œuvre de Claude Monet, attendre qu’elle vous pénètre, en silence, par le simple jeu des lumières. Patienter dès l’aube devant une toile, guettant le couchant, sans un mot.

Bien sûr, au Grand Palais, les gens parlent. Ils expliquent Claude Monet. Officiellement. On appelle cela des guides. Ou bien officieusement. Des gêneurs, dans ce cas. Tout juste faudrait-il lire Proust tandis que les visiteurs traversent les salles. Rien à commenter chez Monet. Attendre, sentir, pleurer intérieurement devant tant de beauté : les Nymphéas de Giverny, Londres crépusculaire, la cathédrale de Rouen, la gare Saint Lazare, la jeune femme à l’ombrelle de 1875. Comme autant de fenêtres sur la vie.

Je ne croyais pas que l’émotion pût avoir ce visage.

C’est jusqu’au 24 janvier, et il ne reste que peu de places.

 

Written by Renaud Meyer

novembre 24, 2010 at 2:51

Le papier au secours de la toile

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The_Reader_afficheIl y eut d’abord le roman, avant le cinéma qui donna à la littérature un coup de vieux. Les réalisateurs firent du théâtre filmé, et très vite s’en affranchirent pour créer un art neuf, indépendant et sans égal. Les romanciers ont alors cherché à rompre avec le genre et firent des histoires construites comme du cinéma avec travellings et plans séquences. Depuis quelques années, chacun était retourné en son jardin afin de cultiver son art. Mais le roman ne payant pas son homme et le cinéma étant à court d’idées, voilà à nouveau les deux mondes qui se cherchent. Les romanciers construisent des histoires scénarisées et le cinéma achète à tour de bras les droits audiovisuels de tous les livres à succès.

Le Liseur (the reader) qui vient de sortir en salles est un bon exemple de cette déferlante. Le livre de Bernard Schlink sorti en 1996 chez Gallimard est d’un abord facile, le style est dépouillé, l’histoire avance avec ce qu’il faut de rebondissements et le fond humaniste est fertile. Il y a tout ce qu’il faut pour produire un bon film. Inutile de déconstruire l’histoire pour transformer le roman en scénario.

Le film est fidèle au livre et tout à fait captivant. Juste ce qu’il faut de stars hollywoodiennes pour donner envie. Kate Winslet a obtenu l’Oscar ! Ralph Fiennes est formidable ! Par le réalisateur de Billy Eliot !

Que faire, alors ? Voir le film ?  Lire le livre ? Ensemble ?  L’un après l’autre ?  L’un ou l’autre ? Ni l’un ni l’autre ?

Commencez par le film, et le livre n’aura plus aucun intérêt car de littérature il n’y en a pas en dehors de l’intrigue. Lisez le roman avant d’aller au cinéma, et le film vous paraîtra fade, comparé à l’imagination qui aura guidé votre lecture. Pourtant, l’un et l’autre sont un tel plaisir.

Pic et pic et colegram…

Le temps viendra certainement où les romanciers penseront à nouveau la littérature et où le cinéma cessera de lorgner vers les best-sellers plutôt que de dénicher des auteurs de talent.

Alors un conseil : Repassez-vous un bon Capra et relisez Proust, la tension baissera d’un cran !

Written by Renaud Meyer

juillet 8, 2009 at 5:14