Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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De la modernité chez Houellebecq

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Le Goncourt à Houellebecq et le Renaudot à Despentes. Les jurés des prix littéraires ont décidé de ne pas se laisser gagner par la ringardise et d’être de leur temps.

Bien sûr, j’eusse aimé voir Mathias Enard remporter le Goncourt, ce qui n’était pas exclu puisqu’il faisait partie des quatre finalistes. Quelle surprise c’eût été. Nous avons sorti notre premier roman ensemble avec Mathias, suivi les mêmes salons et les premières courses aux petits prix littéraires. Il est brillant, simple, ouvert. De son temps, lui aussi, voyageur, rêveur. « Zone », son précédent roman, étonnant pavé, eût-il eu plus de chance face à Houellebecq ? Pas sûr… Laissons du temps au temps, à l’œuvre de Mathias Enard.

Houellebecq et Despentes sont représentatifs d’une littérature à l’affût de la société qui les entoure. Mais il leur a fallu mettre du sirop dans leur vodka pour séduire les jurés en question. En poliçant une prose trop râpeuse (on pense à « Baise-moi » et « Plateforme »), nos deux auteurs ont fait un pas vers des jurés qui ont pu engager le leur et passer pour les bienfaiteurs d’un avant-gardisme respectable. On est vieux, mais pas has been.

Houellebecq réussit avec « La carte et le territoire » à tracer la route à suivre, laissant son empreinte à qui veut comprendre le siècle, dressant ainsi les arcanes d’une auto-fiction d’anticipation qui n’en est pas une. Là se tient certainement la modernité.

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L’expo Némirovsky

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Le Mémorial de la Shoah (17, rue Geoffroy-l’Asnier
75004 Paris) organise jusqu’au 8 mars 2011 une exposition permanente autour d’Irène Némirovsky, écrivain de l’entre-deux guerres au destin tragique. L’occasion de suivre l’itinéraire de cette femme qui sut faire de la littérature un rempart contre les préjugés, la tyrannie maternelle et l’horreur nazie. Documents inédits, conférences, projections sous la houlette d’Olivier Philipponnat, commissaire de l’expo et auteur d’une remarquable biographie de Némirovsky. Allez-y, et pourquoi pas mardi 26 octobre à 19 h pour la projection de « David Golder », adaptation du premier roman de Némirovsky, film de Duvivier avec Harry Baur.

Il faut lire et relire Némirovsky, et l’aimer pour ce qu’elle fut autant que pour ce qu’elle fit. Il faut lire « David Golder » pour la violence de sa fraîcheur, son insolence et l’acuité de son regard, sorte de « Bonjour Tristesse » avant Sagan, par la jeunesse autant que le talent. Il faut lire « Des chiens et des loups » pour son romanesque et sa modernité. Et puis, bien entendu, « Suite française », pour son classique impeccable, son style, son histoire. C’est le roman inachevé ; le manuscrit que sa fille, Denise Epstein, garda contre sa poitrine pendant toute la guerre et durant trente ans – sans jamais l’ouvrir, croyant à un journal intime -, avant de le retranscrire mot à mot pour en faire un roman qui obtiendra le Renaudot à titre posthume. Dernier pied de nez à la barbarie, la postérité et la transmission.

 

Written by Renaud Meyer

octobre 24, 2010 at 1:40

De la nécessité des prix littéraires

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article_goncourtMaintenant qu’ils ont tous été décernés, on peut en parler avec distance et discernement, avant de les oublier complètement et se dire d’ici quelques années « c’est vrai que machin a eu le Renaudot ».

Que dire des lauréats ? Rien, si ce n’est que les prévisions que je m’étais amusé à faire fin septembre, ici-même, n’étaient pas très éloignées de la réalité qui s’est dessinée début novembre. Marie Ndiaye a bien reçu le Goncourt, son outsider Guenassia le Goncourt des Lycéens, Ovaldé, bonne prétendante du Renaudot a obtenu le Renaudot des lycéens, Beigbeder a osé le Flore pour Liberati, Gwenaëlle Aubry a bien eu le Femina et Yannick Haenel l’Interallié comme prévu, il y a quelques semaines.

La vraie question qui concerne les prix est non pas l’attendu des résultats, mais la conséquence objective de leur obtention au-delà de la jubilation certaine pour le lauréat. Car soit le prix est là pour lancer un livre et en doper les ventes, soit il est là pour récompenser un talent. Dans les deux cas, le public ne doit pas être passé par là avant le jury, faute pour le jury d’être redondant et donc inopérant. Et c’est bien là le problème. Car, sauf exception, les lauréats en question étaient déjà sur la liste des meilleures ventes avant d’obtenir leur prix.

On se plait ainsi à rêver à de vraies surprises, de vrais prix et à un monde littéraire moins parfait, moins prévisible, plus audacieux dans ses choix, emporté par une nouvelle vague qui tarde à venir et que l’édition repousse inlassablement.

Written by Renaud Meyer

novembre 14, 2009 at 5:09