Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Posts Tagged ‘SACD

Jean-Pierre Vincent, prix « plaisir du théâtre »

leave a comment »

La SACD a remis, lundi dernier, le prix « Plaisir du théâtre » à Jean-Pierre Vincent. René de Obaldia a joué une nouvelle fois le maître de cérémonie. L’œil toujours pétillant, il a vanté la carrière exceptionnelle du lauréat, metteur en scène exigeant qui n’a jamais oublié le plaisir du spectateur et celui des acteurs qu’il dirigeait, propulseur d’auteurs naissants, administrateur des plus prestigieuses institutions (Comédie-Française et TNS), et tant d’autres chemins encore en cinquante années de théâtre.

Jean-Pierre Vincent a la voix claire et assurée, le verbe juste, l’humour à portée de main. Comme lorsqu’il nous gratifie de ses relations tumultueuses avec la Légion d’Honneur, quatre fois refusée. Et quand à la cinquième, il accepte enfin pour faire plaisir à Catherine Tasca, voilà qu’il oublie d’aller la chercher… Rejet des obligations du discours, très certainement. Ultime recule qui le prive de la distinction. Le revers de son veston demeure donc immaculé.

La médaille de ce Prix SACD est belle, mais que faire de la dotation ? Jean-Pierre Vincent joue à Reims, la semaine prochaine. Il transformera donc l’enveloppe en champagne à boire avec la troupe qui le suit. Voilà bien le Plaisir du théâtre…

Written by Renaud Meyer

janvier 27, 2011 at 8:53

Prix Radio « Beaumarchais-France Culture-France Inter »

leave a comment »

Carine Lacroix

L’association Beaumarchais, émanation de la SACD chargée de soutenir les auteurs du théâtre, de la télévision, du cinéma, de la radio et des arts du cirque dans leurs projets accorde chaque année des bourses dans ces différents domaines.

L’association vient de remettre, avec le concours de France Culture et France Inter, deux bourses pour la Radio. Les lauréats verront ainsi leurs projets réalisés sur l’antenne publique dans le courant 2011. Le choix s’est porté sur Carine Lacroix et René Garbelotto.

On connaît Carine Lacroix avant tout pour son théâtre. « Burn Baby Burn » a rencontré un beau succès en France, au Studio de la Comédie-Française, ainsi qu’à l’étranger. Elle développe une dramaturgie sociale à la marge, empreinte de poésie et d’une certaine douceur au goût amer. Il y a de l’enfance brisée et un univers qui n’est pas sans rappeler Tennessee Williams. Difficile de ne pas succomber. Ce fut le cas des membres de cette commission dont j’étais. « Ecoute », projet de fiction d’une heure pour France Culture verra donc le jour en 2011.

René Garbelotto est une découverte. Ce qu’il propose est furieusement étrange autant qu’infiniment séduisant. Comme Garbelotto lui-même, qui a fait tous les métiers avant de se passionner pour la philosophie. « Meurtre à l’Empédocle » est une fiction de vingt minutes pour France Inter. Un meurtre sous le signe des éléments, à commencer par la terre, qui a envahi un appartement dont les propriétaires ont disparu. L’inspecteur peine à ouvrir la porte. A l’intérieur, des tonnes de terre charriée jour après jour pour former une grotte dans laquelle se dessine un chemin qui mène ailleurs. La base du polar…

Donner son avis sur le travail des autres est une expérience incomparable. Ce qu’il faut mettre dans une lettre de présentation, un résumé, une bio. Ce qui séduit. Ce qui rebute. Le bon sujet. La bonne accroche. J’en ai retenu une leçon essentielle : Choisir son sujet et soigner l’attaque. Le cœur l’emporte avant la tête.

 

Prix SACD 2010

leave a comment »

Gisèle Casadesus-Jacques Fansten-Elodie Navarre

La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques remet chaque année ses prix d’excellence à des artistes ayant marqué de leur empreinte la saison qui s’est écoulée. Cinéastes, chorégraphes, metteurs en scène et acteurs sont distingués pour leur engagement et le talent qu’ils ont montré à tracer leur sillon sur scène ou sur pellicule. Garden party impressionnante dans les jardins, et jusque dans les murs, de la vénérable maison de la rue Ballu.

On notera cette année le grand prix à Claude Chabrol pour son œil intelligent, son humanité et ses films (pas tous bons, selon les mots de Jacques Fansten confirmés par Chabrol lui-même) ; Le prix du nouveau talent one-man-show à Guillaume Gallienne (dont c’est indéniablement l’année !) ; Le prix cinéma à Xavier Giannoli qui construit décidément une œuvre exigeante et grand public, ce qui devient rare ; et surtout un prix Suzanne Bianchetti d’honneur (censé récompenser une jeune actrice qui monte…, décerné cette année à Elodie Navarre) à Gisèle Casadesus, 96 ans, qui après une immense carrière au théâtre, dont la Comédie-Française où elle entre en 1939, et au cinéma, brille dans le film de Jean Becker : « La tête en friche ».

J’aime cette fête. Le champagne y est frais, le buffet généreux et les rencontres surprenantes. « Tiens, salut, tu es là ? », m’a dit mon médecin pendant la remise des prix. J’avais oublié que soigner les artistes était sa passion. Je lui aurais bien décerné le Prix du nouveau talent médical. Il faudra y penser.

Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand

with 10 comments

La situation des écrivains est fragile. Ce constat n’est pas nouveau. Mais notre volonté de défendre notre métier autant que son objet, le livre, nous apparaît essentiel. Voilà pourquoi nous avons décidé avec Xavier Houssin et Laurence Tardieu d’adresser une lettre ouverte à Frédéric Mitterrand afin d’attirer son attention sur le statut des auteurs de l’écrit. Cette lettre a paru dans Livres Hebdo vendredi dernier et paraîtra dans Marianne samedi prochain. En voici la teneur…

DE LIVRES ET D’EAU FRAÎCHE ?

Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand

Par Xavier Houssin, Renaud Meyer, Laurence Tardieu*

Être écrivain et pouvoir continuer à l’être. Depuis combien de temps, Monsieur le Ministre, parle-t-on de notre statut ? Un problème rebattu, penseront certains. Hélas, surtout peu débattu…

La mise en place de la mission « Création et Internet », que vous avez confiée à Patrick Zelnik, Jacques Toubon et Guillaume Cerutti, et qui doit rendre ses conclusions le 15 novembre prochain, nous apparaît l’occasion de rouvrir le débat avec vous. Nous avons besoin de vous, Monsieur le Ministre. Pour vivre.

La plupart des acteurs du monde artistique sont représentés par des instances corporatives et bénéficient d’un statut social protecteur. C’est le cas des professionnels de la télévision, du cinéma, du théâtre et de la danse.

Pour exemples, le créateur d’une œuvre audiovisuelle perçoit une rémunération en sa qualité d’auteur et un salaire pour son travail technique durant le tournage et sa préparation. Lorsqu’il ne travaille pas, il est pris en charge par l’assurance-chômage. Un acteur de cinéma touche un salaire, peut percevoir des indemnités de chômage et reçoit une rémunération supplémentaire si le film dans lequel il a joué est diffusé à la télévision.

Les écrivains mettent un, deux ans, ou plus, pour écrire un livre. Les moins mal lotis perçoivent une avance sur leurs droits d’auteur qui, la plupart du temps, se situe aux alentours de 1500 euros et touchent de 5 à 15 % des ventes une fois cet à-valoir remboursé à l’éditeur. L’absence de statut social protecteur et la précarité financière qui en découle génèrent la multiplication des petits boulots de l’écrit, allant de la pige à la rédaction publicitaire, qui diluent l’œuvre dans la grande marmite des occupations économiquement nécessaires.

Considérez-vous, Monsieur le Ministre, qu’écrivain est un métier et qu’il faut que les gens qui l’exercent puissent en vivre ? Et pensez-vous, en la matière, que cela devrait participer de cette fameuse « exception culturelle française » à laquelle nous sommes si attachés ?

Certes, l’écrivain n’est pas l’unique acteur du livre, mais il en est l’intention première. Et il serait juste qu’il ne demeure pas le seul à ne pouvoir en vivre, tandis que d’autres acteurs de la chaîne du livre (diffuseurs, éditeurs, libraires) y ont leur statut social et y trouvent, pour certains, une réelle pérennité financière.

Le rapport rédigé par Sophie Barluet en 2007 et la mission Gaymard sur la situation du livre de mars 2009 ont insisté, chacun, sur la nécessité de maintenir le prix unique du livre et aussi de soutenir les différents acteurs de sa chaîne afin de préserver, toujours, cette « exception française ». Qu’en est-il dans la réalité ?

Le rapport Gaymard estime à quelque 55 000 les auteurs de livres en France, qu’il s’agisse des écrivains, des illustrateurs ou encore des traducteurs. Sur ce nombre, seuls 2500 dépendent de l’AGESSA (Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs à laquelle l’affiliation n’est possible qu’à partir de 7500 euros de revenus annuels), et vivent donc majoritairement avec les droits perçus au titre de la propriété littéraire et artistique. Les autres doivent exercer une activité différente à titre principal. Les 7500 euros nécessaires pour être pris en compte par l’AGESSA peuvent, certes, être atteints sous conditions grâce à des revenus annexes comme des interventions en milieu scolaire ou l’animation de débats. S’agit-il du même métier ? Les bourses d’aide à l’écriture, les résidences d’écrivains restent gouttes d’eau dans l’océan des Lettres. N’est-il pas temps de repenser vraiment la place des écrivains dans l’environnement culturel et de leur assurer ainsi des moyens financiers pour avancer dans leur travail ?

En 1927, Edouard Herriot déposait un projet de loi visant à créer une Caisse nationale des lettres alimentée par une taxe sur les œuvres entrant dans le domaine public. Financer la création des auteurs vivants par le succès des auteurs disparus ? Belle idée. Quelles avancées depuis ?

La Société des auteurs et compositeurs dramatiques vient de faire 10 propositions dans le cadre de la mission « création et Internet ». Parmi celles-ci figurent la création d’un compte de soutien aux auteurs d’œuvres audiovisuelles auprès du Centre national du cinéma, ainsi que la contribution à un fond de soutien à la création des recettes publicitaires générées par Internet. Ces propositions, qui ne concernent que les auteurs dramatiques et le monde audiovisuel, sont l’exemple d’un véritable engagement. Mais qu’en est-il des auteurs de l’écrit dans ce débat sur l’économie numérique ?

Serait-il aberrant d’imaginer par exemple, en demeurant au cœur de cette question, que l’on puisse réfléchir autour du « droit de suite », comme il existe sur les ventes successives des œuvres d’arts plastiques ? Un auteur doit-il être exclu des bénéfices de la revente de son livre sur Internet ? Au moment où cette revente des ouvrages via un certain nombre de réseaux de distribution devient un élément à part entière de la chaîne de diffusion du livre, est-il possible de se passer d’une régulation qui intègre ces nouveaux acteurs ? La condamnation des pratiques de numérisation sauvage des livres par Google montre d’ailleurs combien cet attachement à l’écrit et au droit d’auteur n’a pas disparu malgré les avancées technologiques.

Toutes ces questions, vous le savez, font partie intégrante de l’avenir du livre. Les auteurs désirent votre écoute, Monsieur le Ministre. Et ils attendent de participer activement à ce débat, convaincus que leurs propositions peuvent contribuer à construire l’avenir.

  • Xavier Houssin est écrivain et journaliste. Dernier titre paru : La mort de ma mère. Buchet-Chastel, 2009.
  • Renaud Meyer est écrivain et comédien. Dernier titre paru : Tabloïds. Le Mercure de France, 2006.
  • Laurence Tardieu est écrivain. Dernier titre paru : Un temps fou. Stock, 2009.