Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Clins d’œil de la semaine…

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Une semaine que je n’ai pas écrit dans ces pages, trop occupé par l’écriture d’une nouvelle pièce, les adieux et les deuils à des êtres chers.

Pourtant, il y a eu quelques moments intenses.

Lundi. SACD. Le Prix « plaisir du théâtre » à Emmanuel Demarcy-Motta, metteur en scène et directeur du théâtre de la Ville, jeune homme brillant, enfant de la balle, qui donne à son parcours un goût de renouveau, d’engagement et de plaisir, aux spectateurs et avec ses acteurs. Le Prix va donc de soi. Remise du Prix « Jean-Jacques Gautier » à Julie-Marie Parmentier. Prix de la jeunesse, de la puissance et du talent. Malgré l’absence de l’intéressée.

Mardi. Le secteur du doublage de films ne se porte pas très bien. « Tu travailles en ce moment ? » « Pas trop. Et toi ? » « Non ». « Il faut attendre le prochain MIP ».

Mercredi. ARTE. « Shoah » de Lanzmann en deux rediffusions de 5 heures. Une éternelle claque. Pour les héros de cette fresque homérique et tragique. Et ce passage où Lanzmann ose aborder un ancien SS dans un bar à bière, lui montrer la photo d’un officier et demander s’il se souvient des cadavres dans les fosses. Un puits sans fond impossible à commenter.

Jeudi. La grande librairie sur la 5 consacrée à Haïti et ses tremblements. « Nous sommes tous des écrivains haïtiens, ce soir. Les mots des écrivains vont sauver Haïti », lance Busnel. Le ridicule ne tue plus. Pas vraiment envie d’être de ceux-là, écrivain, en regardant cette mascarade.

Vendredi. Reçu une lettre de Frédéric Mitterrand. « Merci d’avoir participé au débat sur l’avenir du Livre ». Au revoir. Goût amer de s’être un peu engagé.

Samedi. « Le dernier pour la route » en VOD. Cluzet en acteur rare, scénario bien faible. La VOD a cela de bon. Pas de regrets.

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Le lièvre de Patagonie

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Cela fait maintenant des mois que court ce lièvre dans la steppe littéraire hexagonale, nous stupéfiant par sa santé insolente et son œil rieur. On pourrait se passer de le signaler tant ont été nombreux les observateurs de tous poils à saluer sa grâce et son talent. Mais plutôt que de prendre un gros gibier qui nous tombera des mains parce qu’on se sera laissé berner par l’ouverture de la chasse en cette saison automnale, mieux vaut apprivoiser ce « Lièvre de Patagonie » durant de longues heures (car il ne se laisse pas dévorer comme ça) et l’offrir à Noël à ceux qu’on aime.

Ces mémoires de Claude Lanzmann parues chez Gallimard sont une surprise, car ceux qui en sont les personnages principaux courent encore dans le crâne de cet octogénaire qui a tout connu du siècle passé. C’est un concentré de « mémoire vive » qui donne le sentiment qu’ « hier » est encore là.

Il y a les femmes, les longues années de vie commune avec Simone De Beauvoir, l’amour du théâtre partagé avec Judith Magre et cette aventure folle avec une jeune nord-coréenne qui brûle pour lui d’un amour irrépressible et impossible.

Il y a le courage, toujours prêt à surgir de Lanzmann, dans la guerre, dans la marche, face au nazisme, au communisme, au colonialisme, à la bêtise.

Il y a le journalisme, l’engagement avec Sartre, l’engagement pour Israël, le grand saut, en F-16 ou sur Phantom, nageant dans les courants d’où personne ne revient, défiant l’existence, toujours.

Il y a ces centaines d’anecdotes qui font une vie riche et étonnante, qui font un livre aux arborescences de roman épique.

Et puis il y a « Shoah », l’aventure, l’épreuve, le film, et tout ce qui tourne autour, ce que l’on ne connaît pas. L’acharnement de son auteur à le porter à bouts de bras durant des années, rattrapant les anciens nazis dans leur folle échappée (c’était sans compter la rapidité du lièvre), soutenant les survivants de l’Holocauste, se relevant après chacune de ses chutes.

Le lièvre nous met hors d’haleine, mais sa course est une aventure unique.

Written by Renaud Meyer

septembre 21, 2009 at 3:57