Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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La rentrée théâtrale, tendance

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On aurait pu dire de la saison précédente qu’elle avait été marquée par la frénésie des metteurs en scène à vouloir monter « La maison de poupée » d’Ibsen. Théâtre de la Madeleine, Amandiers de Nanterre, théâtre de l’Athénée, théâtre de la Colline. Et je crois en oublier…

On pourrait dire, avec la saison qui s’ouvre, que la tendance sera à l’accentuation d’un phénomène amorcé depuis quelques années déjà : la venue au théâtre des gens de cinéma. A commencer par les actrices, qui sautent le pas avec un aplomb étonnant. Julie Depardieu jouera Guitry, Alice Taglioni et Elodie Navarre seront au théâtre de l’Atelier, Sara Forestier au Studio des Champs-Élysées, Mélanie Doutey avec Jacques Weber…

Certains théâtres n’hésitent pas à ne programmer que des stars venues du septième art. A la Madeleine, après Julie Depardieu, ce sera Thierry Lhermitte, Dussolier et Arestrup (qui bien entendu ont tous commencé par le théâtre). Et même les réalisateurs s’y mettent. Après Patrice Leconte, c’est Bertrand Blier qui se colle à la mise en scène.

Une tendance qui ne s’inscrit pas uniquement dans des structures privées puisque des lieux comme le théâtre du Rond-Point suivent la même pente. On y retrouve cette saison Marina Foïs, Emmanuelle Devos, Isabelle Carré et même Bénabar. On ne peut que se féliciter de cet entrain. Le théâtre n’est pas mort.

Faut-il aller chercher les raisons de ce sauvetage du théâtre par le cinéma du côté de la mauvaise santé de ce dernier ? On sait que son économie est fragile. Budgets difficiles à boucler, projets au long cours, recettes mises à mal par l’arrivée d’internet et du téléchargement. Ce cinéma qui devait tuer le théâtre finira-t-il par le sauver ? Juste retour des choses et indispensable retour aux sources.

Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser qu’individuellement les acteurs trouvent là une puissance dramaturgique à leur mesure que le cinéma a perdue à force de s’appuyer uniquement sur l’image et le casting.

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Rêver, peut-être

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image_img_e1visuel5Les comédiens sont tout le temps en vacances et jamais en vacances. A peine ont-ils rangé les décors des festivals d’été que les voilà déjà prêts à entamer la rentée. Les vacances de l’intermittence. Et les colonnes Morris de se couvrir d’affiches. Listes des pièces de la saison pour le théâtre public, visages énormes des vedettes, jeunes ou vieilles, pour le privé. Choisir dans cette forêt touffue est un exercice complexe. Et j’avoue ne pas être guidé par une envie irrépressible de me ruer dans un théâtre en ce début de saison.

Nul besoin d’assister aux « Diablogues » avec Muriel Robin et Annie Grégorio, si grandes soient-elles, dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes. J’entends déjà les répliques, je sais comment Muriel Robin les dira, ses appuis, ses mimiques, ses façons. C’est tellement pour elle, tellement attendu, tellement entendu. Dubillard joué au Rond-Point la saison dernière, avec deux stars masculines. Ça sonne comme du déjà-vu, de l’idée pour remplir une salle. Que dire d’ailleurs de cette « Grasse matinée » d’Obaldia aux Mathurins, sans le moindre intérêt si ce n’est de mettre en scène Cyrielle Clair. Et la « Cage aux folles » avec Clavier et Bourdon ? Le théâtre privé opère un revival 70’s tout à fait affligeant.

Quant au théâtre public, que propose-t-il ? Le théâtre de la Colline, repris cette année par le jeune et talentueux Braunschweig, s’embourbe dans une guerre de tranchées contre la fraîcheur et le grand public, déjà lancée par Alain Françon. La programmation est à peine croyable. Les auteurs à l’affiche ? Gerhart Hauptmann, Frank Wedekind, Daniel Keene, Tankred Dorst, Dea Loher, Marius von Mayenburg, Ibsen, et… Koltès. Quelle promotion des auteurs français contemporains… Quant à l’un des deux artistes invités, Michael Thalheimer, metteur en scène allemand, qu’on en juge par la brochure qui le présente : « Tous ses spectacles font le pari d’une esthétique radicale, impitoyable. Ce qu’il nous donne à voir est un monde sans illusions, où l’utopie n’a guère droit de cité et où les rapports de force et de pouvoir prédominent ». ça donne envie !

Je rêve parfois de théâtre, je veux dire d’un spectacle dont la simple évocation me pousserait à tout abandonner pour y courir. L’opéra offre cela parfois. Un chef immense, une production qui fait rêver.

Je l’avoue, le théâtre a du mal désormais à provoquer cela chez moi. J’y suis allé beaucoup, depuis que je suis capable de me tenir debout, j’y ai joué pas mal, un peu partout, et je ne crois pas qu’il soit mort ; il est là, attendant de se réveiller.

Il manque au théâtre l’alchimie de deux ou trois personnalités capables de grandes ambitions pour le public et de beaucoup d’audace pour eux-mêmes. Il y a ici et là des tentatives qui ne sont pas rien. « Le partage de Midi » à Marigny, reprise d’une création de la Comédie-Française dans un théâtre privé avec une valeur montante du cinéma, Marina Hands. Belle incursion. Comme le reprise de « La douleur » de Duras à l’Atelier, avec Dominique Blanc dans une mise en scène de Patrice Chéreau. Juliette Binoche à Marigny. Des tentatives de Jean-Michel Ribes au Rond-Point avec des auteurs contemporains. Quelques idées au théâtre Montparnasse, à la Comédie des Champs-Elysées, au théâtre Antoine, suivant les saisons. Mais une idée colossale déplaçant les foules…

J’ai été frappé par un documentaire consacré à Gérard Philipe, star mondiale du cinéma des années 50, rejoignant Vilar pour faire du théâtre ; son nom suit l’ordre alphabétique au même titre que ses camarades, tout comme son salaire !

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Voilà l’événement que nous attendons tous. Un acteur que le cinéma s’arrache quittant ses plateaux de tournage pour incarner le grand personnage d’une pièce contemporaine, sur une scène du théâtre public, là où on ne l’attend pas. S’il y a un revival à opérer, c’est bien celui-là.

La Comédie-Française pourrait créer cela. Inviter une actrice ou un acteur français immenses, dans son théâtre, pour une création, comme jadis le fit Raimu. C’est là une grande idée qui honorerait le théâtre. Vincent Cassel, Mathieu Amalric, Marion Cotillard.

Rêver, peut-être. Le reste n’est que poussière.