Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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La petite Catherine de Heilbronn, reprise

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Dans un décor crépusculaire composé de bâtisses inachevées, peut-être détruites par la guerre et le temps, magnifiques ruines gothiques, évoluent les personnages de « La petite Catherine de Heilbronn », drame de Kleist.

Catherine quitte son père pour suivre le Comte Wetter von Strahl. Quête des origines, mystère de l’amour, puissance des songes, c’est dans cet immense puzzle où s’associent les images et les mots qu’avance ce conte fantasmatique assez rarement monté.

On comprend que l’Odéon ait programmé cette reprise jusqu’à la fin décembre aux Ateliers Berthier. Il ne faut pas hésiter. La mise en scène intelligente d’André Engel et la scénographie inspirante de Nicky Rieti donnent toute sa profondeur au texte. Les acteurs n’ont plus qu’à se laisser porter par leur talent pour nous enchanter. La force de Jérôme Kircher (le Comte), qui tient entre ses bras le spectacle pendant deux heures quinze, et la limpidité naturelle qui s’échappe de la bouche de Julie-Marie Parmentier (Catherine) comme un filet d’or pur, sont un ravissement. Ils incarnent à eux deux la grandeur et la vérité.

Le théâtre devrait toujours s’incarner ainsi, dans cette alliance du verbe et de l’humanité.

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Written by Renaud Meyer

décembre 13, 2009 at 2:17

Voir Aix et mourir

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une-lueur-dans-le-crepuscule,M24063En ce début d’été, la chaleur prend les corps sans ménagement, les fige, les trempe, les plaque au sol. Comment supporter une soirée de gala, encravaté, souriant, débordant de bonheur estival sans mourir sous le harnais de la représentation ? C’est que la musique du festival d’Aix transforme nos molécules.

« Le crépuscule des dieux » nous fait oublier qui nous sommes. Wagner préfigure le cinémascope. L’action court à la vitesse d’un cheval au galop. La baguette de Sir Simon Rattle est sans failles. Stéphane Braunschweig offre un écrin grandiose à ce drame mythologique. Les voix de Ben Heppner et Katarina Dalayman sont somptueuses. Puissantes, souples, terriblement humaines. Nul besoin d’aimer l’opéra. On est pris par le flot de ces cinq heures qui nous laissent sur le sable, ivres de spectacle et morts du plaisir d’être à peine conscients de ce que l’on vient de vivre.

Aix et son grand théâtre ne sont pas à deux pas. Alors rendez-vous ce lundi 6 juillet à 17 h 30 sur Radio classique pour la retransmission du spectacle dans son intégralité et pour ceux que l’image tenterait, l’acte III sera visible jeudi 09 Juillet à 21h50 sur France 3.

Aix était aussi à mourir de rire tant le grotesque se mêlait au désastre de cet Idoménée, mis en abîme par Olivier Py, pourtant si novateur, créatif, aventureux. Et le ministre en charge de la culture d’assister au naufrage. Allait-il retirer à l’architecte de cette embarcation pourrie les clés de l’Odéon pour les troquer contre celles de quelque cabaret ?

Fallait-il faire de cet opéra de jeunesse une ode à Cocteau sur le parvis glacial de la Défense ? Hommes aux complets noirs, barres métalliques, néons aveuglants, voix sans âme, désaccordées, minuscules. Py s’est voulu plus fort que Mozart jusque dans ce final affligeant où s’y déhanche un travesti et qui jaillit comme une boursouflure.

imagesLe rire d’Amadeus s’élevait dans les hauteurs du théâtre de l’Archevêché quand le rideau s’est baissé sur le sourire gêné du metteur en scène hué par le public. L’auteur s’est vengé avec délectation du démembrement de son œuvre. C’était à mourir.