Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Gainsbourg, pas mort

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Détesté, dénoncé, adoré, détourné, dégommé, remixé, copié et oublié, Gainsbourg s’est vendu en compils, en coffrets, en docus, en photos, en Gainsbarre, en Ginzburg, en chou, en vieil hibou et à genoux. Alors, à part réécouter en boucles « Je suis venu te dire que je m’en vais » comme à vingt ans, je n’avais plus envie de rien sur le Mister Master qui a façonné ma jeunesse.

J’ai pourtant suivi ma Lady héroïne au cinoche de quartier, latin, sans trop y penser et parce que c’était avec elle.

Le premier lancer sur péloche du jeune Sfar, Joann, auteur de la BD pluri-adorée « Chat du rabbin », vaut d’être vécu. Il y a du Jeunet, du Tim Burton et du talent chez ce pt’it gars. Quelques scènes intelligentes et belles, de vraies insolences, du neuf, du risque, de la jeunesse, un souffle qui rend rêveur.

Pourtant, quel agacement en quittant la salle. J’aurais presque détesté. Mais quoi ? Le grand film à côté duquel passe Sfar, assurément. Par une absence criante, grinçante, navrante de scénario. Pas d’histoire dans ce qui s’annonce comme un conte. Des scènes, des vignettes, des envolées qui retombent.

On se console en s’abandonnant à la performance exceptionnelle d’Eric Elmosnino. Tandis que ses partenaires donnent chair à Bardot, Birkin ou France Gall avec plus ou moins de bonheur, Elmosnino accomplit une chose rare, unique, presque inexplicable. Il parvient à évoquer sans jamais incarner, prend l’autre à son compte, en se disant tout bas : « Adieu, Lulu. Maintenant, Gainsbourg, c’est moi ». Le résultat est un prodige.

Written by Renaud Meyer

février 23, 2010 at 6:39