Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Ecrire

with one comment

les-lieux-de-marguerite-duras_referenceVoilà la grande question de la littérature.

Je me suis longtemps posé le comment.

Construire le roman, avec classicisme ou renouveau, d’un seul trait ou comme un patchwork, à tous les temps, ailleurs et ici, raconté par moi, par la femme, l’homme, l’enfant, irréel, historique, long, court.

Et puis le théâtre, à deux ou à dix, hier chez les autres ou bien aujourd’hui chez moi, avec des tirades ou des répliques courtes, dans le silence ou la logorrhée, et puis les acteurs, en tête pendant l’écriture ou bien oubliés.

Comment écrire la radio, aussi. Et le scénario. Penser en images. Penser en voix. Penser au temps. Aux modes.

Longtemps hanté par la forme, et cette phrase de Valéry en incipit de mon blog.

Il y a des ouvrages magnifiques sur le comment. « Lettres à un jeune romancier » de Vargas Llosa, chez Gallimard. Véritable boîte à outils intelligente du romancier.

Il y a l’essai de Kundera, « Le rideau », toujours chez Gallimard, pour comprendre ce qu’est un vrai romancier.

Et puis cet article paru dans le Monde des Livres du 25 mai 2007, signé Hédi Kaddour : « Romancier, un métier de pointe ». Qu’on en juge : « Le roman a horreur de l’éditorial, cette plaie de la prose… Un vrai romancier, ça ferme sa gueule, pour que quelque chose puisse enfin parler : le montage… Le roman est un lancer. Et, pour tendre la trajectoire, il y faut l’invention d’une langue. Le simulacre d’une langue, paroles sur des feuilles. Ne pas écrire comme on parle, ne pas parler comme un livre, aller de l’avant. »

J’ai longtemps médité ces phrases qui parlaient de ma solitude.

Et puis, il y a quelques jours, j’ai découvert « Ecrire », de Marguerite Duras, paru en 1993 chez Gallimard, tandis que je lisais « l’Amant » pour la première fois. Je me suis senti fils, de Duras et de sa solitude, immédiatement, irrémédiablement.

La question du comment n’existe pas en écriture.

Me serais-je égaré, depuis sept ans que l’écriture m’a capturé ?

Duras nous livre l’écriture dans la chair. Je ne résiste pas : « Je crois que c’est ça que je reproche aux livres, en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. On le voit à travers l’écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. Une fonction de révision que l’écrivain a très souvent envers lui-même. L’écrivain, alors il devient son propre flic. J’entends pas là la recherche de la bonne forme, c’est-à-dire de la forme la plus courante, la plus claire, la plus inoffensive. Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres charmants, sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. »

Avancer dans l’inconnu de cette nuit de l’écrire, il faudra s’y résoudre, désormais.

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