Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

Archive for juillet 2009

Le papier au secours de la toile

leave a comment »

The_Reader_afficheIl y eut d’abord le roman, avant le cinéma qui donna à la littérature un coup de vieux. Les réalisateurs firent du théâtre filmé, et très vite s’en affranchirent pour créer un art neuf, indépendant et sans égal. Les romanciers ont alors cherché à rompre avec le genre et firent des histoires construites comme du cinéma avec travellings et plans séquences. Depuis quelques années, chacun était retourné en son jardin afin de cultiver son art. Mais le roman ne payant pas son homme et le cinéma étant à court d’idées, voilà à nouveau les deux mondes qui se cherchent. Les romanciers construisent des histoires scénarisées et le cinéma achète à tour de bras les droits audiovisuels de tous les livres à succès.

Le Liseur (the reader) qui vient de sortir en salles est un bon exemple de cette déferlante. Le livre de Bernard Schlink sorti en 1996 chez Gallimard est d’un abord facile, le style est dépouillé, l’histoire avance avec ce qu’il faut de rebondissements et le fond humaniste est fertile. Il y a tout ce qu’il faut pour produire un bon film. Inutile de déconstruire l’histoire pour transformer le roman en scénario.

Le film est fidèle au livre et tout à fait captivant. Juste ce qu’il faut de stars hollywoodiennes pour donner envie. Kate Winslet a obtenu l’Oscar ! Ralph Fiennes est formidable ! Par le réalisateur de Billy Eliot !

Que faire, alors ? Voir le film ?  Lire le livre ? Ensemble ?  L’un après l’autre ?  L’un ou l’autre ? Ni l’un ni l’autre ?

Commencez par le film, et le livre n’aura plus aucun intérêt car de littérature il n’y en a pas en dehors de l’intrigue. Lisez le roman avant d’aller au cinéma, et le film vous paraîtra fade, comparé à l’imagination qui aura guidé votre lecture. Pourtant, l’un et l’autre sont un tel plaisir.

Pic et pic et colegram…

Le temps viendra certainement où les romanciers penseront à nouveau la littérature et où le cinéma cessera de lorgner vers les best-sellers plutôt que de dénicher des auteurs de talent.

Alors un conseil : Repassez-vous un bon Capra et relisez Proust, la tension baissera d’un cran !

Publicités

Written by Renaud Meyer

juillet 8, 2009 at 5:14

Voir Aix et mourir

with one comment

une-lueur-dans-le-crepuscule,M24063En ce début d’été, la chaleur prend les corps sans ménagement, les fige, les trempe, les plaque au sol. Comment supporter une soirée de gala, encravaté, souriant, débordant de bonheur estival sans mourir sous le harnais de la représentation ? C’est que la musique du festival d’Aix transforme nos molécules.

« Le crépuscule des dieux » nous fait oublier qui nous sommes. Wagner préfigure le cinémascope. L’action court à la vitesse d’un cheval au galop. La baguette de Sir Simon Rattle est sans failles. Stéphane Braunschweig offre un écrin grandiose à ce drame mythologique. Les voix de Ben Heppner et Katarina Dalayman sont somptueuses. Puissantes, souples, terriblement humaines. Nul besoin d’aimer l’opéra. On est pris par le flot de ces cinq heures qui nous laissent sur le sable, ivres de spectacle et morts du plaisir d’être à peine conscients de ce que l’on vient de vivre.

Aix et son grand théâtre ne sont pas à deux pas. Alors rendez-vous ce lundi 6 juillet à 17 h 30 sur Radio classique pour la retransmission du spectacle dans son intégralité et pour ceux que l’image tenterait, l’acte III sera visible jeudi 09 Juillet à 21h50 sur France 3.

Aix était aussi à mourir de rire tant le grotesque se mêlait au désastre de cet Idoménée, mis en abîme par Olivier Py, pourtant si novateur, créatif, aventureux. Et le ministre en charge de la culture d’assister au naufrage. Allait-il retirer à l’architecte de cette embarcation pourrie les clés de l’Odéon pour les troquer contre celles de quelque cabaret ?

Fallait-il faire de cet opéra de jeunesse une ode à Cocteau sur le parvis glacial de la Défense ? Hommes aux complets noirs, barres métalliques, néons aveuglants, voix sans âme, désaccordées, minuscules. Py s’est voulu plus fort que Mozart jusque dans ce final affligeant où s’y déhanche un travesti et qui jaillit comme une boursouflure.

imagesLe rire d’Amadeus s’élevait dans les hauteurs du théâtre de l’Archevêché quand le rideau s’est baissé sur le sourire gêné du metteur en scène hué par le public. L’auteur s’est vengé avec délectation du démembrement de son œuvre. C’était à mourir.