Le blog littéraire de Renaud Meyer

Les belles oeuvres sont filles de leur forme, qui naît avant elles. Paul Valéry

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Les personnalités culturelles 2010

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Mélanie Laurent et Jérôme Kircher

Le Figaro a demandé à ses lecteurs internautes de voter pour les personnalités culturelles qui ont marqué cette année 2010. Belle initiative, d’autant que le panel des candidats, établi par le journal, était plutôt bien vu, entre figures installées et jeunes surdoués.

Les résultats dessinent une préférence forte des votants pour la jeunesse, les vainqueurs étant Laurent Delahousse pour la télé, Guillaume Canet pour le cinéma, Jérôme Kircher pour le théâtre, Jonas Kaufmann pour la musique, Raphaël pour la chanson et le photographe JR pour les arts.

On ne peut que se féliciter de ces choix – notamment concernant Jérôme Kircher dont le talent rare s’est imposé sur les scènes publiques autant que privées -, même si Raphaël, Canet, Delahousse sonnent un peu consensuels… Enfin, cela vaut mieux que Dany Boon, Drucker et Johnny.

Ce qui saute aux yeux pourtant, c’est l’absence de femmes dans ce palmarès. Les hasards du vote, me direz-vous. Question de panel, pourrait-on répondre. Il faudra y penser en 2011…

 

 

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Written by Renaud Meyer

décembre 7, 2010 at 7:46

La Parisienne

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Qui n’a jamais été jaloux de façon maladive, intempestive, incontrôlable ? Qui n’a jamais été trompé ? Qui n’a jamais désiré sans être désiré ? Ceux-là, peu nombreux, ne seront pas nécessairement touchés par « La Parisienne » de Becque qui vient de débuter au Théâtre Montparnasse. Les autres peuvent s’y précipiter.

Cette pièce créée en 1885 au théâtre de la Renaissance, et entrée au répertoire de la Comédie-Française quelques années plus tard, est devenue un classique du genre. Pourtant, que l’on ne s’y trompe pas. Le genre en question est tout en clair-obscur, demi-teintes, faux-semblants. S’y glissent la comédie, le drame, la peinture de mœurs. Nous ne sommes ni chez Feydeau, ni chez Dumas-fils, ni chez Ibsen. Nous sommes chez Becque. Et même si la modernité du propos n’est plus aussi neuve, même si la structure dramatique n’est pas très solide, le jeu en vaut la chandelle, car derrière cette glace sans tain dans laquelle se regardent La Parisienne, son mari et son amant, c’est nous que l’on devine. Personne n’est heureux en ce monde-là et personne n’est malheureux complètement, pour peu qu’il accepte son sort. Un peu de fatum dans la comédie de mœurs.

Barbara Schulz est merveilleuse de finesse et de naturel, Jérôme Kircher drôle, fantasque, étonnant, jouant tous deux cette partition de façon résolument moderne sous la baguette du metteur en scène, Didier Long, fin stratège des sentiments. Quant à Didier Brice, il campe ici un mari idéalement innocent qui nous réjouit. Les ombres passent, et l’on entend tout ce qui se trame grâce à la musique de François Peyrony, valse grinçante d’une boîte à musique détraquée.

« La Parisienne » nous laisse comme au sortir d’un rêve, avec le sentiment étrange d’avoir assisté à quelque instant intime qui nous concerne et que l’on a peut-être vécu, dans une autre vie.

Drôle d’endroit pour une rencontre

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Premier filage avec quelques spectateurs dans la salle. Mes étudiantes en écriture théâtrale à Paris III sont heureuses d’être là ; elles mesurent avec une certaine fébrilité le privilège que leur accorde l’équipe du spectacle : accepter les premiers inconnus et leur montrer un travail pas fini, comme une pierre encore brute, taillée en seulement quelques semaines.

Nicolas Bedos, auteur et metteur en scène, nous accueille de son sourire enfantin. Le sentiment d’être reçus par un cousin éloigné. Guy est derrière moi. Pas star, lui non plus. Il discute avec une étudiante. Mélanie Laurent passe devant le rideau, détend l’atmosphère, brise son trac à coup de sourires en direction de notre petite assemblée. L’étoile montante du cinéma français, qui vient de tourner avec Tarantino, s’offre cette aventure théâtrale qui la grise et la fragilise. Cette petite tempête intérieure, à peine perceptible, est touchante.

Ils commencent mardi leur « Promenade de santé » à la Pépinière théâtre. L’histoire incandescente de deux êtres que l’internement va réunir dans les jardins d’un hôpital psychiatrique. Des âmes sœurs déterminées à brûler la vie par les deux bouts. Elle par le sexe, lui par l’alcool. Quelle place pour l’amour, quand le corps embrume à ce point la tête ? A se demander si ces deux oiseaux trop frêles n’ont pas pour tout cadeau à s’offrir que leurs névroses. On n’en dira pas plus…

Mélanie Laurent accorde sa beauté adolescente et son naturel sans fard à ce personnage qu’elle habite comme un second moi. Elle est certainement ce que le cinéma peut proposer de mieux au théâtre. A ses côtés, Jérôme Kircher, enfant chéri du théâtre subventionné, hier encore à l’Odéon, incarne de sa voix mouillée et ses regards perdus, ce quadra torturé par la vie. Et le moindre de ses gestes est une séduction pour le spectateur. On ne le quitte pas d’une réplique.

Ils n’en sont qu’à leurs premiers pas, mais cette rencontre du cinéma et du théâtre, grâce à cette pièce moderne et vive tricotée par  Nicolas Bedos, court inévitablement au succès.

La pépinière théatre – 7 rue Louis Le Grand 75002 Paris (Métro: opéra) Loc. : 01 42 61 44 16

Written by Renaud Meyer

février 7, 2010 at 1:59

La petite Catherine de Heilbronn, reprise

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Dans un décor crépusculaire composé de bâtisses inachevées, peut-être détruites par la guerre et le temps, magnifiques ruines gothiques, évoluent les personnages de « La petite Catherine de Heilbronn », drame de Kleist.

Catherine quitte son père pour suivre le Comte Wetter von Strahl. Quête des origines, mystère de l’amour, puissance des songes, c’est dans cet immense puzzle où s’associent les images et les mots qu’avance ce conte fantasmatique assez rarement monté.

On comprend que l’Odéon ait programmé cette reprise jusqu’à la fin décembre aux Ateliers Berthier. Il ne faut pas hésiter. La mise en scène intelligente d’André Engel et la scénographie inspirante de Nicky Rieti donnent toute sa profondeur au texte. Les acteurs n’ont plus qu’à se laisser porter par leur talent pour nous enchanter. La force de Jérôme Kircher (le Comte), qui tient entre ses bras le spectacle pendant deux heures quinze, et la limpidité naturelle qui s’échappe de la bouche de Julie-Marie Parmentier (Catherine) comme un filet d’or pur, sont un ravissement. Ils incarnent à eux deux la grandeur et la vérité.

Le théâtre devrait toujours s’incarner ainsi, dans cette alliance du verbe et de l’humanité.

Written by Renaud Meyer

décembre 13, 2009 at 2:17